‹ Paris pendant les deux siéges (volume 2)Chapitre 15 sur 77 · MÊME SUJET · texte numérisé non relu

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M. le pasteur Pressensé est entré dans une dissertation en trois chapitres sur les besoins constituants de la France. Le premier chapitre traite de la nécessité du « relèvement moral, » en d'autres termes, du réveil de la conscience individuelle favorisé par les

'paris penda?it le siège. 8S

institutions politiques, ou plutôt leur communiquant une vie véritable. » Je n'ai point lu ce morceau ; le résumé qu'en donne l'auteur sonne creux. Le second chapitre, consacré à la recherche des institutions qui doivent « favoriser le réveil, etc., » affiche l'amour de la république et dénote le goût de la monarchie. L'auteur penche manifestement pour la variété bourgeoise du régime révolutionnaire qui a prévalu cahin-caha de 1830 à 1848. Au fond^ c'est la monarchie parlementaire, système orléanien. Ce système ne manque pas de partisans. Néanmoins il a é(îlaté dans les mains de son inventeur Louis-Philippe, et dans celles de son restaurateur Louis-Napoléon. Le reconstruire en l'absence de La Fayette, le manier quand Louis-Philippe et Louis-Napoléon n'y sont plus, c'est une difficile entreprise.

M. de Pressensé n'aborde point la difficulté. U n'avance que des maximes généralement honnêtes, mais défraîchies, trouvailles sans rareté aucune d'un conservateur républicain et d'un déiste modéré. Rapproché de l'article où M. David célèbre naïvement la déchéance de la théologie, c'est-à-dire des vrais principes sociaux, le travail de M. de Pressensé ne laisse rien entrevoir qui puisse aider au « relèvement » en question, ni mettre le monde à couvert de la main de César.

César s'annonce volontiers républicain conservateur et déiste modéré. Son rôle est d'apporter la mcr-j' dération et de garantir la conservation. Octave et Napoléon étaient conservateurs de la république ^ sans afficher l'impiété, ils se montraient discrets sur

4e Morrice divin. Sieuleinent il m fsSmt pâs l<e8 géœr -en politique ni en religion» deux choses, quoi «que Ton àisse, to<uj<ourft liées étfoiteoM^iit^ Or, nous oto*- «iK)as à trouver ce qui peut empèeher César de supprimer la république lorsqu'il vient à penser qu'elle le gène, et ce qui peut empêcher le monde «de se OMttre à genoux: ^krvaM Gésar, lorsque €ésar Tient à croire les dr61es qui M pa.rlent de sa divinité. Aagui^e et Tihère se feis^aient prier pour Aceep- <)^ des temples, Nércm et Domitien s'en faisaient bâtir.

Contre ces éventudités imminentes qui se formaient hier aux Tuileries, qui se forment aujourd'hui dans les clubs et qui naissent et renaissent de la température politique du monde comme la giace et la neige de Tair du temps^ M. de Pressensé ne propose tien de topique. 11 se fie à la valeur des institutions politiques futures, à la tribune, à la presse, à la bonne et intelligente nature humaine restaurée par la dure leçon des événements. Je fais cas de ces choses

précieuses, mais il faut tenir compte aussi du péché, Ton pourrait dire des péchés originels. Les littérateurs du vieux fonds des Débats ^ un peu légers, estiment que les hommes , débarrassés de la théologie, sont en général parfaits. M. de Pressensé ne saurait partager cette illusion. 11 n'ignore pas que l'influence persistante des péchés originels exige un remède à part , en religion tout à fait surnaturel, en simple morale souvent héroïque, en politique ub peu suriiumain, faiiite de quoi les constitutions , les institutions, les lois, le» m<«urs, la raison, l'intérêt même,

tout peut terriblement faillir. Les preuves abondent, anciennes, récentes, actuelles.

Nous possédions à plein tout ce qui affermit l'espérance de M. de Pressensé : élections, tribunes, chaires, livres, jourjiaux et le reste, et la longue expérâance, et rinteUigence humainse au ^complet, réparée par tous les outils lumineux ou san^ants de la science et de la politique. En dépit de tout cela, ou plutôt par W concours de tout cela , l'empire a surgi de tous nos essais. Il a surgi sous toutes les formes, les plus hautes , les plus basses , les plus brillantes , les plus effrontées. Nous l'avons eu prince , peuple, populace, bourgeois, et grand hojnme, et aventurier, et au-dessous. Nous l'avons eu par la force, par la légalité, par le sophisme, par le tour de main. Les uns ont pris la puissance comme dans un bois , les autres comme dans une poche, et l'empire s'est fait de la même façon que l'on fait le mouchoir. Il existe en Europe une bande qui faitVemipire. Les procédés sont divers, le résultat est le même, c'est-à-dire que les peuples sont dépouillés de la patrie, les individus de la propriété, les consciences de Dieu et de la liberté.

Or, il est à remarquer que toutes ces entreprises, une fois couronnées de succès, ont reçu le sacre moderne du consentement populaire et du fait accompli. Le peuple dépouillé accepte sa spoliation, le droit européen accepte le brigandage. Chacun chez soi^ chacun pour soi^ disait le césarien Dupin. C'est le cri du monde. Il écrase la plainte de quiconque a perdu quelque chose, souvent après avoir gagné. Il

venge la justice contre l'égoïsme qui Ta méprisée^ et néanmoins il continue de livrer le droit aux brigands. Mauvaise condition pour le relèvement moral !

Je voudrais savoir quelles institutions futures, quel relèvement moral actuel, quel accord des esprits^ des consciences et des cœurs, soit chez nous, soit en Europe, nous peuvent mettre à l'abri ou d'un conquérant heureux, ou d'un soldat heureux, ou d'un émeutiier heureux ?

Pour moi , la vigoureuse prolongation du combat matériel m'inspire sans doute des espérances que je n'avais pas il y a quelques mois. Néanmoins, dans la condition présente des âmes, j'ai encore la cruelle conviction que le monde appartient au fait brutal, et que le victorieux, quel qu'il soit, dans le monde fera ce qu'il voudra. Sa fortune lui livrera des multitudes tellement avilies par la libre-pensée, qu'il pourra leur imposer même la pratique des vertus. On ne peut , je pense , donner une plus large idée de la dépravation universelle. Je vais jusque-là.

Je ne craindrais même pas de dire que l'on verra ce prodige. Le victorieux , quel qu'il soit, imposera le respect, l'obéissance, la décence s'il en a le goût, la prudence, la modestie des opinions, la sobriété, le sacrifice des biens et de la vie. Que tout cela soit le « relèvement moral, » je n'en réponds pas, je ne le crois pas. Ce sera la vile crainte, avant-coureur d'un plus profond abaissement. A la place du trône arraché, dit ^'^liakespeare, se forme un abîme, et tout ce qui existait alentour s'y précipite et le remplit de

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sang. Ce phénomène ne se reproduit pas à l'égard des trônes que Ton balaie. Mais lorsque c'est l'autel qu'on arrache, T abîme est de honte et plus vaste, la conscience humaine s'y engloutit , l'intelligence humaine s'y souille, le sang vient se mêler à la honte. Il y a toujours plus de honte et toujours plus de sang, et l'abîme n'est jamais plein. Pour le combler, il faut que la clémence de Dieu permette d'y rebâtir l'autel.

C'est précisément l'opération politique que M. le pasteur Pressensé ne propose pas. Il est vrai qu'elle serait en même temps théologique, et le Journal des Débats ne peut admettre que la théologie gouverne le monde. Le Journal des Débats est un homme fier. Il n'entend point que la théologie le mène à la suite de l'Église, lui faisant faire la figure d'un enfant (fii tient la robe de sa mère. Il préfère marcher les mains et les yeux libres sur son chemin aventureux, rectifié seulement par le bâton de César. Quand le bâton lui semble un peu vif, et quand César se fait payer un peu cher, il dit pour se consoler qu'au moins il marche en avant , qu'il n'emboîte point le pas de l'Église et qu'il a choisi César. Si d'ailleurs le besoin d'un relèvement moral se fait sentir, maints évangéliques de sa connaissance ont des réserves de cette denrée et lui en céderont à juste prix ce qu'il faut pour la durée du siège.

Je veux bien honorer cette fierté, mais je crois plus que jamais qu'elle n'a rien d'inquiétant pour aucune tyrannie, rien de rassurant pour l'avenir de la liberté dans le monde. Elle n'embarrassera nulle-

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meut le soldat heureux, prussien ou français, ni même Témeutier heureux, s'il parvient à durer plus d'un jour.

Ce qui embarrasse la puissance de l'homme, ce qui le contraint à garder les limites de la justice «t à ne point dépasser son hut légitime et nécessaire, qui est la défense du droit, c'est la puissance de Dieu communiquée à l'homme de foi. Il faut donc revenir à la théologie et lui rendre, en dépit de M. David, les rênes du monde. Or la théologie est tout entière renfermée dans le mot des apôtres : Mieux vaut obéir ÂDzeuqu'uiur hommes. Mais pourquoi il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et comment on parvient à remplir ce court programme, aussi politique et social que religieux, c'est ce que la théologie de M. de Pressensé ne peut enseigner, par la raison qu'elle l'ignore, ot, par conséquent, ce que sa politique ne peut pratiquer. Point de relèvement moral à espérer de ce côté-là.

Affirmer et nier ne sont nullement identiques , en dépit de toute l'habileté de la négation à simuler l'affîrmation. Affirmer, c'est faire; nier, n'est jamais que défaire. La révolution est la fille du protestantisme et la mère du césarisme. Aucun protestant, quelle que soit sa couleur, ne fera rien qui vaille contre ce dogme de la séparation et de la servitude. L'homme ne se sépare de Dieu que pour s'emparer de l'homme, et l'homme ne s'empare de Tbomme que pour être Dieu. C'est le principe et le mécanisme générateur de César, et la théologie à rebours qui gouverne aujourd'hui le monde, quoi

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que dise M. David et «quoi que fasse M. de Preasentsé.

J'ai une querella persounelle à vider avec M. de Pressensé ; laaift elle est en dehars du suj et de cet article. Ce sera Tobjet d'un pelit discours que je lui adresserai demain .

ex

8 janvier.

FLECRS PâSTOKALES.

Eu m' occupant hier des vues de M. de Pressensé , j*ai négligé une partie du morceau, peut-être à son gré la plus brillante, et ivelle-là même qui d'abord m'avait excité à répondre. L'auteur traite de mes torts particuliers envers la religion, envers la philosophie et envers mes adversaires, généralement si bénins. Cette matière est connue. Il y a peu de choses dont il ait été plus souvent question que de ma politique violente, dont la grossièreté, dont le cynisney etc., font le plus grand tort à l'Évangile. On en a composé des livres. M. de Pressensé reprend cela, et ne déguise pas que je suis un terrible obstacle à son fameus « relèvement moraU » S'il veut con-

dure, il devra dire qu'un bon moyen de sauver la France, et peut-être le meilleur, serait de s'interdire la lecture de l' Univers. Je ne peux m'expliquer comment notre libre-pasteur oublie de bénir Napoléon m, qui a su pendant sept années procurer cet inappréciable bienfait à la nation française et au genre humain.

Quoi qu'il en soit, je veux reproduire le paragraphe où M. de Pressensé s'est piqué de me peindre. Je l'ajoute à la collection assez riche de portraits du même genre que je possède déjà. On le trouvera, ainsi que je l'ai dit, scrupuleusement purgé du saindoux évangélique. J'espère que mon procédé touchera ce cœur farouche, d'autant que je ne peux prendre aucune revanche. M. de Pressensé est comme les peuples heureux : il n'a point d'histoire. Encore qu'il ait assez parlé, personne à ma connaissance n'a senti le besoin de le contredire, et moi-même, à Fheure qu'il est, je n'y sens point de goût. L'homme heureux doit s'ennuyer quelquefois !

Donc, après avoir loué ma langue, qui ne lui déplairait pas, sauf l'âcreté, M. de Pressensé me sert son miel. Je donne tout le gâteau, quoiqu'un peu long et épais. Les catholiques libéraux y reçoivent des caresses qu'ils pourront trouver indiscrètes.

On sait que le meilleur vin pris à trop forte dose monte

au cerveau et produit des effets très-désagréables. C'est ainsi que la verve du rédacteur de Y Univers aboutit à une grossièreté sans nom; il s'est grisé de ses colères, et l'on s'en aperçoit. On dirait qu'il a fait le pari de nous rendre la religion odieuse en nous la présentant comme la mortelle ennemie de

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la justice et de la liberté. Le rôle actuel de M. Veuillot mérite surtout d'être signalé. Depuis la chute de l'Empire, il tranche du prophète et nous prêche le repentir de notre patience à supporter le régime déchu. Il faut toute son audace pour oser tenir ce langage, lui qui s'était fait l'apologiste cynique du coup d'État, et qui a rompu avec ses plus illustres amis pour avoir salué de son enthousiasme la force triomphante. Je comprends Jean-Baptiste prêchant la pénitence à ses contemporains; mais il n'avait pas crié : Vive Hérode! Il élevait sa grande voix pour dire au despote : (( Il ne t'est pas permis de violer la justice. » M. Veuillot ne saurait nier qu'il n'ait dit le contraire au lendemain du 2 décembre. Qu'il se taise donc par pudeur; les anciens journaux bonapartistes ont beau lui faire écho, ses semonces actuelles sont une palinodie effrontée.

Si nous laissons de côté son triste rôle politique, nous avons en lui le chef avoué de l'ultramontanisme, si puissant aujourd'hui au sein de TÉglise de France et qui a triomphé avec éclat au concile du Vatican. Nulle école ne nous a fait plus de mal, car pour triompher il lui faut marcher sur la conscience et la raison. L'ultramontanisme, c'est la centralisation religieuse poussée à l'extrême, c'est le césarisme papal transformant les évoques en préfets, c'est cette honteuse idolâtiie que flétrissait Montalembert mourant. L'illustre chef du catholicisme libéral savait bien ce qu'une pareille tendance fait d'un peuple. Il a écrit des pages brûlantes, encore inédites, mais que la France lira un jour, sur l'abaissement de l'Espagne ultramontaine. Il montre, par une accablante démonstration historique, qu'à une telle école la conscience d'un peuple se corrompt à tel point que ses grandeurs comme ses libertés ne reposent plus que sur une base vermoulue.

Voilà les leçons que le catholicisme français doit méditer s'il veut concourir au relèvement moral du pays. Qu'il revienne à ses grandes traditions, épurées et élargies; qu'il opère sa propre réforme en résistant courageusement aux funestes novateurs qui le perdent; qu'il n'arrête pas court le mouvement d'opposition qui l'avait honoré- à Rome. Il semble qu'il soit facile de choisir entre M. Veuillot et Pascal. Qu'il n'oublie pas

que rultramontanisme est Tâme même de la servitude, et qu'il répoudrait deyaut Dieu de l'irrémédiable divcH^ee qu'il amMie^ rait en France entre la religion et la liberté s'il donnait raison par sou silence aux frénétiques apôtres du Syllabns. Je livre ces réflexions, suffisamment claires dans leur brièveté, aux hommes éminents et libéraux, que compte le catholicisme fraaiçais. Qu'ils se soucient moinsr de scandaliser ta haute dévotion du faubourg Saint-Germain que de favoriser par leur silence les préjugés de notre peuple contre TÉvangOe. Pour Dieu, qu'ils ne lui laissent plus lire dans l'odieuse traduction Veuillot. U n'écoute que ceux qui lui parlent haut; les protes* tations timorées ne l'atteignent pas, il faut lui faire oublier le canon ^ Mentana et les projectiles de YUnivers.

Je ne sais si M. le lihre-pasteur est dévot; mais il s'emporte, et en s'emportajttt, il se fourvoie loin, trèsloin de ses principes ou du moins de ses axiomes. Saurait-il me dire où il prend qualité soit pour me blâmer d'être orthodoxe, soit pour me requérir de ne Tctre pas, soit pour me jeter tant d'anathèmes, dont les moindres sont un peu forcenés? S'il daigne y prendre garde, il verra qu'il m'excommunie du Christianisme. A quel titre et dans quel but tout cela? Veut-il que je me fasse protestant? Il devrait au moins d'abord se mettre en ét^t de me dire ce que c'est, sur quoi on le soupçonne de n'être nullement lixé. 11 devrait ensuite tâcher de me prendre par la douceur, lui qui m'accuse si haut de n'être pas doux. Il devrait enfin et surtout conserver la règle générale du protestantisme, règle aussi de son protestantisme particulier, laquelle consiste à tne laisser libre d'être ce que je veux, par conséquent catholique orthodoxe si je veux. Et alors, je lui demande bien

pardon de rexpression, que vient -il me chanter?

ComDft© catholique, j'ai des supérieurs qui peuvent et qui doivent m'avertir, me frapper, me jeter hors de ITÉgli^ dans le cas où je m'obstinerais contre rorthodoxie. Lui alors, s'il voulait prendte souci de ma querelle, n'aurait qu'une chose régulière à dire en sa qualité de bon pasteur (protestant) : c'est que j'ai, en ces matières, le droit commun de penser et de parler à ma guise, et de ne suivre que ma conscience et même que ma fantaisie.

Je le prie de remarquer que c'est son propre cas. 11 agit de la sorte, pour ce qui regarde la religion, envers les orthodoxies protestantes; pour ce qui regarde le prochain, envers moi. Libre-pasteur, il se vante de n'être pas orthodoxe ; libre polémiste, il ne peut se défendre de n*être pas courtois. Je descends, selon lui, aune « grossièreté sans nom. » Je sais, moi, très-bien le nom de la forme qu'il se permet ici : c'est simplement la brutalité.

Je ne lui refuserai pas son excuse. La brutalité, c'est-à-dire l'invective sans pointe et sans éloquence, provient d'un malheur de nature ou très-petit ou très- grand, le manque d'esprit. Ce serait un trèspetit malheur pour le pasteur, qui peut rester un excellent homme ; c'est un malheur encore léger pour l'écrivain, qui n'est pas empêché pour cela, bien au contraire, de faire de gros livres et de gros articles ; mais c'est un très-grand malheur pour le polémiste. Service pour service. M. de Pressensé me signale rétendue de mes crimes ; je l'avertis des bornes de son esprit.

M. le pasteur Pressensé manque d'esprit lorsqu'il me reproche mon orthodoxie. Premièremeat, il en est mauvais juge, vu le pitoyable état de la sienne ; secondement, elle fait ma gloire, et tout ce qu'il peut imaginer à ce sujet rate misérablement. Ce n'est pas" à moi que viennent ses reproches, ils vont à l'Église. Or, cette entreprise de bombarder l'Église est le fait d'un petit garçon. Hélas! quels abrégés de rien que tous ces obus de libre-] )asteur, et comme ils vont mourir loin du fort, sans même jeter leur mince mitraille !

M. le pasteur Pressensé manque encore d'esprit lorsqu'il m'oppose la sagesse et les autres mérites de ceux qu'il appelle catholiques libéraux. En bonne foi, quel eflfet prétend-il que fassent sur moi les doctrines qu'il leur suppose et qui seraient, à l'en croire, si voisines des siennes et si acceptables de sa part, quoique pourtant il ne les accepte pas?

Et il manque toujours d'esprit lorsqu'il m'accuse de perdre la religion, car d'abord c'est vieux^ et la religion n'a point péri; et ensuite, qu'il me dise pourquoi ses chers catholiques libéraux ne font pas d'autre bien à la religion que de le charmer lui, libre-pasteur, et certains libres-penseurs de sa corn* pagnie, lesquels n'ont souci d'aucime religion? Si les esprits délicats qui s'irritent de mon langage ont tant de zèle pour le bien de la religion, je ne parle pas seul : que ne vont-ils se convertir à ceux qui leur plaisent? Sont-ils à ce point dénués de sens que « la grossièreté sans nom » du rédacteur de Y Univers les puisse empêcher de se confesser, par exemple.

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auP.Gratry, ou àM. Loyson» professeur enSorbonne?

Dans sa simplicité, M. de Pressensé peut néanmoins se persuader que je fais le plus grand tort à la religion catholique; mais comme il croit aussi, avec plus de fondement, que la religion catholique fait le plus grand tort au je ne sais quoi qu'il appelle en général la « religion » et qui est sa religion, j'admire son désintéressement, et j'essaie en vain de deviner quel intérêt l'anime au dur travail de limer des phrases. Je' prie M. le pasteur de raisonner :

Si la religion catholique est fausse, nuisible à l'esprit humain^ nuisible à l'âme humaine, nuisible à la c( religion, » qu'importe à M. le pasteur le dommage où j'expose cette erreur? Tout le tort que je lui peux faire est autant de gagné. J'éloigne des sacrements, je décourage le fidèle, je dégoûte l'incrédule, je disperse le troupeau dans les rangs des protestants, des sociniens, des déistes : tant mieux, et c'est pain bénit! Tout cela sera ramassé parles pasteurs errants ; M. de Pressensé remplira son bercail. Mais si cependant la religion catholique, loin d'être une erreur, est la vérité et mérite comme telle d'être défendue, alors pourquoi M. le pasteur ne l'embrasse-t-il pas, et emploie-t-il au contraire son génie à la combattre?

Je l'engage à voir s'il peut se tirer de là correctement et d'une façon qui le .contente lui-même.

Et attendant ses essais, je conclus que, ne tenant nullement à me convertir, il a voulu seulement prendre le plaisir de m'injurier. Ce n'est pas un plaisir de pasteur, c'est un plaisir de polémiste, et il aurait fallu de Tesprit.

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Poixr ce^i regardée ma politique, mofh c^mtsmev mes palinodies effrontées, etc., je serai tîOHDtr. J'y prends moins d'intérêt; j« s*is où le Hbce-pjasteur a cueilli les fleurs de ce bouqueiî gou>»eii* 0&rt à mes regards» par les mains délicates qm s^'empl^oient à toutes les espèces» de journaux. Il n'est guère d'acar démiciem sur les hauteurs ni (Je truand dans les basfonds qui ne m'en ait dît t^au* aiïte»t, et par suite ne m'ait accoutumé à une égale indifférence. Ce qui a paru de plus considérable en ce genre a été ourdi par ces catholiques libéraux qui n'ont point converti M. de Piressensé, et par des ecclésiastiques de La même opinion, auxquels il ne se confessera jamais.

Leurs recueils n'on-t obtenu aucun succè» littéraire, ni aucun succès d'estime. Le mieux fiait et le plus ample n^a point réussi devant la justice. Cest dans ces étoffes» que notre libre-pasteur a taillé, oubliant que des coups de soleil y sont tombés et en ont mangé les fausses couleurs.

Avec plu-s de flair^ M. de Presscnsé eut semti la nécessité de vérifier les textes ; avec plus d'esprit,, il se fût éleigné de ces iniquités et de ces platitudes..

J;'ai recueilli tout ce que j'ai écrit daii«, VUnweffs durant l'espace de vingt ans. Je n'ai trouvé rien à supprimer, ni qui dût me faire raugiv d«¥aiit.meiwidversaires. La vérité esl que j'ai micoix aimé les maoh quer que leur manquer. Je crois les aivoiir ttaiiés selon leur mérite et leur condition morale oulittéorainsi, ire touchant aux uns qu'avec des gants, aux.autr&s qu*avec des pincettes. CeiKX que j'ai touchés avec la main peuvent me donner la main. Il y a des plamtes,

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je ne l'ignore pfts.^ Il s'agît èe Savoir s'il y â des raisons^. Quand j'ai consenti à me plaindre, j^ai dontté des raisons.

Les recueils dont je vieu» dé parler sont méprisables et leurs auteurs savent qui les a méprisée. Un évêque, l'illustre Gerbet^ a fait publier un premier recueil des monuments épiscopaux qui les condamnent.

Je ne dissimulerai pas à M. de Pressensé que je tiens pour médiocres les adversaires qui vivent de répéter que je suis une sorte de fauve, un césarien déterminé, un enn^ni furieux de la liberté, un palinodiste effronté, que j'ai crié : Vive Hérode, ôtc. J'affirme tranquillement que tout cela est très-faux et très-sot. Pour me tenir â un point, Hérode, puisque Hérode il y a, s'est décidé à metiveV Univers en prison. Il ne faut pas un immense effort d'intelligence pour en conclure que VVhwersne disait pas qu'Hérode pouvait se permettre tout. Si M. TéTangélique s'était souvenu de son évangile, il se fût rap^ pelé l'autre Hérode et les Mages qui vinrent lui demander où était TEnfant. Cet Hérode leur répondit « : Tâcbeï de le savoir et venez me le dire, afin que j'aille, moi aussi, Fadarer. « Srur cette- répousè les Mages pouvaient très- bien crier Vive Hérode ! jlyattlf su plus tard ce qu'Hérode se proposait , au K«ni d'aller le voir, ils retournèrent chez eux par un antre chemin. Est-ce que M. de Pressensé, après 1^ massacre des Innocents, eût dit aux Mages qu'ayant crié : Vive Hérode, il ne leur était plus permis de regarder Hérode comme un tyraii et un monstre ? Il

est probable que Jean-Baptiste, de même, ne se croyait nullement tenu de crier : A bas Hérode! quand le second Hérode, non encore entré dans la voie du crime, le laissait prêcher une morale que sa CQur ne suivait pas. Jean-Baptiste s'interdisait l'opposition systématique. 11 prenait le gouvernement comme il était, se bornant à lui dire : Il ne vous est pas permis d'être injuste. C'est la ligne politique que Y Univers a suivie dès le commencement à l'égard de César. Il Ta suivie jusqu'à sa suppression prononcée par ce même César, qui tolérait parfaitement les autres journaux. Après sept ans, V Univers^ ayant pu reparaître, a recommencé. Lors du dernier plébiscite, le Journal des Débais et d'autres libéraux, même catholiques, ont voté oui; V Univers s'est abstenu c< parce <c qu'il ne voulait pas sacrer la dynastie. »

Si M. de Pressensé ignore ce détail, il parle de ce qu'il ne sait pas, et la pudeur devrait l'obliger à se taire. S'il le connaît, il dit donc le contraire de ce qu'il sait, et alors que veut-il que j'augure du « relèvement moral » dont il prend la direction avec le Journal des Débats ? Médecin, guéris-toi toi-même !

Or, le moyen de se guérir et de se relever n'est pas de marcher avec le Journal des Débats , mais avec l'Église.

Je quitte M. de Pressensé en lui faisant présent d'un précepte curatif que l'Église a tiré de saint Paul et m'a donné ce matin : Nolite con/ormari huic sœculo.

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