II
Si PABIS PENDANT LE SIÈGE.
contraire. La conscience humaine leur crierait : Parlez pour vous; nous autres, nous avons besoin de Dieu ! Et je leur fais cet honneur de croire qu'ils finiraient par imiter ces conrives et ces diambellans de César qui se plongeaient dans les catacombes pour communier avec le Pape et se tirer à jamais des festins de l'empereur.
Telle éiait donc la conception de l'empire chrétien : un bras armé de la justice, un vengeur du droit, un protecteur de la vérité, disciple soumis de la vérité, un défenseur des croyants qui croyaient que Dieu seul est Dieu, et que Jésus-Christ, fils unique de Dieu, est le roi juste et éternel du monde. En réalité, point d'empereur et rien qui ressemblât à César. Le chef élu de l'empire continuait de s'appeler empereur et César ,^ comme Rome continuait de s'appeler Rome,; ce n'était plus ni Rome ni César.
Quant à la formule ridicule de M. Veuillot, dont M. David, ancien plaisantin du Charivari, s'amuse tant, elle n'est pas ridicule et elle n'est pas de M. Yeuillot. J'ai tiré cette formule, comme je l'ai (fît, de l'acte même par lequel les Electeurs et Rodolphe de Habsbourg, dans la seconde moitié du treizième siècle, ont confirmé les donations ou pJutôt les restitutions de Pépin et de Charlemagne. Ils ont alors défini les conditions de l'empire, le voulant ramener à son institution.première d'où l'ambition des Hohenstaufen l'avait fait dévier. Afin de mieux ressaisir la tradition, ils empruntèrent eux-mêmes le langage de la célèbre bulle Unam sanctam, de Boniface VIII, ce que M. David ignore probablement. Il ignore sans
doute aussi que la bulle Unam sanHam ne passe pas du tout pour une pièce ridicule.
Mais comme ce langage peut paraître assez étrange et même extravagant dans la bouche d'un journaliste du dix-neuvième siècle, M. David, pincé d'un retour de l'esprit charivarique, a imaginé de me l'attribuer. Il efface la date, les Electeurs, Rodolphe de Habsbourg et mes guillemets, et me prête, sans le savoir, le style de' la bulle Unam sanctam. C'est un peu manquer de respect pour la culture des lecteurs du Journal des Débats^ mais c*est si drôle ! Suspendu à cette ficelle, l'ancien plaisantin pantine, plaisantine, fait valoir l'agilité de ses jambes et l'agrément de sa voix.
Ce que cela prouve, je l'ignore. M. David s'interrompt au milieu de ses pirouettes et conclut subitement que l'empire d'Allemagne ne se fera pas, ou ne durera pas longtemps, parce que ce ce n'est plus la théologie qui gouverne le monde ! » Là-dessus, il tire sa révérence, c'est fini. Il passe à quelque relation des faits qui s'accomplissent présentement dans cet heureux monde que la théologie ne gouverne plus.
Avant d'écouter M. de Pressensé, je voudrais rendre une impression que me laisse l'article de M. David et que j'emporte assez souvent de la lecture du Journal des Débats, Involontairement je fredonne une chanson d'enfant qui me siîmble peindre à merveille ce genre de polémique. M. Louis Ratisbonne, qui est de la maison, gibelin et père de famille, connaît certainement l'air de cette chanson, qui vaut mille fois
sa Divine Comédie et sa Comédie enfantine, Tune et l'autre couronnées des Quarante. J'ose le prier de le chanter à ses collaborateurs, avec les gestes :
Comment font, font, font Les petites marionnettes?
Elles font, font, font Trois petits tours, et s'en vont.
Mais, ô vieux Bertins si graves, que dites-vous de ces ébats que l'on prend maintenant en vos graves Débats?
Du reste, il est certain que la théologie gouverne toujours le monde, et ce qui se passe en est la preuve. Seulement il y a théologie et théologie. M. David se rit des c< visions théologiques qui hantent le cerveau de M. Veuillot. » Nous allons voir quelles lumières théologiques illuminent la tête de M. de Pressensé.
7 janvier.