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moment lui fait honneur. Elle inspire une confiance qui devient une force considérable. L'opinion est une puissance dangereuse. Elle brise aisément qui lui résiste et plus encore qui lui obéit; mais elle a cela de bon qu'elle ne hait pas d'être vaincue, et au contraire elle se porte alors volontiers au service de son vainqueur.
Le gouvernement civil de M. Trochu juoua a paru mériter de graves reproches, et nous les lui.avans adressés. Il a donné trop de marge à la 'méchanceté et à la sottise révolutionnaires. Cependant, sauf l'immense tort moral dont nous restons chargés dans la question religieuse,. il faut coovemrjpour tout le reste que le mal n'est pas aussi grajad qu'il est hideux et révoltant. Si le gouverneur a deviné que les clubs, les journaux et les maires rouges n'auraient qu'un moment, il a pu compter comme bénéfice le spectacle répugnant de leurs doctrines et de leurs essais. Ce ne sera pas un petit profit d'avoir vu ces ignominies bêtes et d'en avoir tâté Timpuissance.
M. Trochu pourra toujours dire qu'en sonune il ne s'estpas trompé sur le bon sens public, qu'en somme la paix civile a été maintenue, et qu'il n*avaît pas besoin d'opposer au léviathan démocratique la baïonnette de son fusil, puisque la crosse suffisait. Nous vivons en un temps où cette wison paraîtra suffisante, et il ne s'agit pas de parler de justice et de principes à des hommes qui n'ont pris le pouvoir de les défendre qu'en donnant l'exemple de les violer. Contentons-nous de réserver ce point.
Quant à la conduite militaire du gcmvemeur de
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Pari^j.iious nous sommes abstenus de toute critique, «t BOUS nous en félicitons aujourd'hui. Nous tenons à grand honneur de l'avoir toujours cru là- dessus plus compétent que la multitude de ses censeurs, même caporaux.. Ces grands tacticiens n'ont pas peu contribué à accroître le principal obstacle du général en chef, qui était l'indiscipline du peuple et de l'armée, obstacle que sa situation et peut-être même son caractère le portaient à ne pas attaquer vigoureusement. Il lui était difficile d'appliquer aux soldats indisciplinés les rigueurs du Code militaire, lorsqu'il d^yait les éparga^r aux gardes nationaux militariaés.,.!!» est tels chefs de bataillon de la garde nationale dont l'intérêt a couvert les délits et les crimes que Van a pu imputer à la troiype. Chacun nomme les héros démocratiques qui ont été le bour clier des insoumis et des fuyards.
En résumé, sous le commandement de M. le général Trochu. Paris, investi d'une armée victorieuse et placé, à l'intérieur, surl'abime de la sédition, s'est rendu inaccessible et a tenu quatre mois, donnant à la France le temps de se relever, ce qu'elle a glorieusement fait. Voilà qui coUrVJS^ les .fautes de détail. Ceux-là nous semblent hardis, mais peu croyables, qui ne balancent pas à publier qu'ils se fussent mieux tirés d'une semblable improvisation.
Si M. Trochu réossït, il aura pris une belle place dans notre histoâpe. S'il échoue, la postérité, plus juste que ses contemporains, hii pardonnera d^avoir été malheureux. Quoi qu'il arrive, nous ne succoxnberons pas sans bonneiur, et nous lui devrons une
bonne partie de cet honneur qui tombera dans notre fosse comme le grain dans le sillon, c'est-à-dire comme une semence de vie et de gloire.
Quant à la proclamation des membres du gouvernement, elle est ridicule, comme tout ce qui sort de leur fabrique. Pour l'acquit de notre conscience, nous protesterons jusqu'au dernier moment contre ces plats et pâles sonneurs de fanfares païennes. Au moment du suprême combat, sur le bord de la fosse où peut sombrer la pairie, ils ne savent pas, ils ne veulent pas , et peut-être ils n'osent pas se souvenir de Dieu. Ils mettent leur gloire à nous faire mourir comme dans l'ambulance et dans les bras de Cadet.
Et ils ont peur !
Vous entendre exhorter à mourir par Dréo pâle et Laver tuj on qui verdit !
Même date.
CONSEtLS POÉTIQUES DE M. BVGO.
S'il en faut croire le Journal çf/iciel, M. Hugo a fait « les vers suivants : »
DANS LE CIROrE
Le lion du midi voit venir l'ours (K»laire.
L'ours couit droit au lion, grince, et, plein décolère»
L'attaque, plus gmndant que l'autan nid^ien.
Et le lion lui dit :
— Imbécile ! c'est bien.
PARIS PENDAxNT LE SIÈGE. 133
Noup sommes dans le cirque, et tu me fais la guerre. • Pour qui? Vois-tu là-bas cet homme au front vulgaire? C'est le nommé Néron, empereur des Romains.
Tu combats pour lui. Saigne ! il rit, il bat des mains. Nous ne nous gênions pas dans la grande nature. Frère, et le ciel sur nous fait la même ouverture. Et tu ne vois pas moins d'astres que je n'en vois. Que nous veut donc ce maître assis sur un pavois ? Quoi donc! il règne, et nous, nous mourons par son ordre; Et c'est à lui de rire, et c'est à nous de mordre. 11 nous fait massacrer Tim par l'autre, et pendant. Frère, que mon coup d'ongle attend ton coup de dent, 11 est là sur son trône et nous regarde faire. Nos tourments sont ses jeux. Il est d'une autre sphère. Frère, quand nous versons à ruisseaux notre sang. Il appelle cela de la pourpre. Innocent, Niais, viens m'attaquer. Soit. Mes griffes sont prêtes. Mais je pense, et je dis que nous sommes des bêtes De nous entre-tuer avec tant de fureur.
Et que nous ferions mieux de manger l'empereur.
Victor Hugo.
15 janvier 1871.
Paris. Pendant qu'on bombarde.
Ëa général, il n'est pas juste de raisonner contre les vers, et l'injustice serait plus grande de raisonner contre des vers de bombardement, ébauchés dans les distractions du siège par une main désormais in^ habile à porter les armes. Il est évident que M* Hugo passe à la garde urbaine. Tout ce qu'il fera de guerrier n'attestera plus que son grand cœur.
Cependant, vu la situation éminente de M. Hugo, il n'est pas hors de propos de réfléchir un peu sur cette poésie, au profit du bon sens. La question est
t3ï PARIS PENDATTr VE SIÈGE.
mal posée entre le lion du midi et Tours polaire. Si Tours savait parler., le lion risquerait d'être battu, ce qui ne coimeot pasi.
Le lion, avec peu de décence poiur le momeni, pa raphrase la chanson de Pierre Dupont : Les peuples sont poumons des frères^ des frères I L'ours pourrait répoudre :. premièrement que le lion n'a pas toujours tenu cette gamme ; deuxièmement que lui, ours, n'a jamais consîdéréles choses de ee pûintdiâvuelà;qu^il est frère des ours et non des lions; qa'il est las d'entendre le lion se proclamer le roi des animaux ; qu'à son avis la royauté appartient à Tours ; qu'il regarde le lion comme un usurpateur delà plus belle partie de la terre, et qu'il a envie de changer de logement et d'être désormais Tours du Midi. Que quant à la bêtise, le lion est libre de se dire ses propres vérités, mais que Tours a sujet de ne pas se croire si bête, étant savant, penseur, méditatif, comme le lion Ta toujours reconnu, et comme d'ailleurs il Ta fort bien prouvé en sachant prendre ses mesures pour abêtir ledit lion, devenir plus fort que lui, et finale- •' ment s'introduire dans son domaine.
On ne voit pas trop comment le lion rétonjuerait ces arguments de Tours.
L*ours dirait encore, au sujet du nommé Néron, que ce Néron est pourtant son chef, ce qui lui procure Tavantage d'avoir une tête, avec laquelle il se gouverne avantageusement, tandis que le lion, ayant pris le parti de se gouverner par la queue, s'est mis en piteux état.
Manger Tempereur ! idée de lion, c'est-à-dire de
hête. La pratique en. est aîsée> Tutilité plus qua coutestable. Le lion du Midi a maintes fois pris ce régal» sans^aucunprofit pour son estomac, ni pour sa bourse , ni pour sa gloire. A la place de l'empereur mangé, le stupide n'a- jamais su mettre qu'une espèce de cantinièrey une certaine Dalila de graillon, la nommée Eépublique, qui lui avait accommodé le défunt. Mais par le plus malheureux des hasards^ cette truande s'est toujours éprise^ de quelque soudard qui l'a rossée,, et de qui elle a.£edt un autre empereur, pire que le précédent ; et. le lion, à son. tour a été accommodé p«. la traîtresse..
Inutile de chercher ce que le lion pourrait répliquer à [l'ours. Cela ne mènerait à rien. L'empereur mangé, la question ne serait ni résolue ni plus facile à résoudre. Un lion qui parle en mouton et qui se met à héler : des frères! des frères! sort de sa nature. S'il persiste dans ce caractère faux, alors il sera mangé, ce qui prouve également contre sa rhétorique, et contre ses ongles. S'il redevient lion^ ses ongles reprennent leur valeur, et le premier usage qu'il en fait est de dépecer d'abord sa rhétorique moutonnière, laquelle; le réduirait au foin : il aime mieux la viande.
Pour manger un empereur^ il faut d'abord commencer ua empereur, et sitôt que Tempereur est mangé,i Tempereur est fait. Sans perdre de temps, o&ant à l'empereur son dos, le lion exige d'être mené où l'on mange, non de l'herbe^ non des compotes et des conserves de siège, mais de la bonne viande fraîche et encore vivante, ours, léopards, élé-
phants et autres grosses bêtes insolentes qui osent se dire frères du lion ; et aussi beaucoup de moutons et de bœufs, espèces manifestement destinées à nourrir le lion vainqueur.
Autrement il faudrait donc que tout changeât et se transformât de fond en comble ? L'empereur mangé, il faudrait que soudain le lion et Tours, ayant avalé aussi la couronne, le sceptre et le manteau de pourpre, afin de ne plus se les disputer, devinssent de vrais, de purs, de perpétuels moutons, — et que la même métamorphose atteignit les loups ! C'est ce que Ton appelle une idée poétique. Mais un homme d'État tel que M. Hugo ne peut ignorer qu'en politique, ces sortes d'idées n'ont pas cours.
Il se compromettrait dans son parti s'il soutenait pour de bon des idées de ce genre. Elles coulent d'une source dont ses amis et lui-même ont particulièrement horreur. Rien ne serait facile comme de lui prouver qu'il est clérical.
L'idée de changer en moutons le lion et l'ours et de faire habiter ensemble le loup et l'agneau est une idée religieuse; non— seulement religieuse, mais biblique ; non-seulement biblique , mais chrétienne ; non-seulement chrétienne , mais catholique. Le prophète Isaïe en a le premier entretenu les hommes, de la part de Dieu : « Et les peuples di- « ront : Montons à la maison du Seigneur, à la mai- « son du Dieu de Jacob ; il nous enseignera ses voies a et nous marcherons dans ses sentiers^ par cequela « loi sortira de Sion et la parole du Seigneur de Jé^ « rusalem. Il jugera les nations, et il convainca
(( plusieurs peuples ; et ils forgeront de leurs épées a des socs de charrues et de leurs lances des faulx. Un c( peuple ne tirera plus Vépée contre un peuple, et ils (i. ne s exerceront plus à se combattre. »
\oilà le vœu de M. Hugo. Il a cru ne commenter que Pierre Dupont, il a ignoré qu'il commentait aussi Isaïe. Mais faute de connaître Isaïe, que Pierre Dupont n'a point connu, il s'est jeté dans l'inextricable»
Isaie enseigne le vrai moyen de réaliser la paix. Ce moyen, c'est d'amener Tours et le lion à entrer dans le même troupeau sous le même pasteur, et de les empêcher de se faire des pasteurs à part qui les excitent à s'entre-dévorer. Le vrai pasteur a un don pour les tenir en paix.
Mais le vrai pasteur, le pasteur légitime^ le pasteur de la paix, c'est précisément ce que M. Hugo ne veut pas, peut-être parce que ses amis ne le veulent pas.
Et voilà pourquoi l'ours et le lion sont « des bêtes. » Le lion ne dit que cela de vrai :
Oui, lion ! De vieilles bêtes, « d'étemelles bêtes, » disait déjà Tertullien, qui le disait mieux.
t3^ PiaiS PKNDAKX iS astoE..
Même date.
UN AUTHE POÈTE,
M. Louis Râtisboune^ rédacteur du Journal des BéàaiSj grand gibelin, m'en veuiàla mort, et je Texr cude. J'ai lu. sa traduction de là. Divine Comédie^, y en ai. pajflé. J/y ai noté des contre-sens^ des fautes de construction, des hiatus, même un vers de treize pieds ; ces torts-là ne se pardonnent point, il Tavoue. Mais moi, j'aime à jouer avec lui, et sa vengeance passionnée ne m'empêchera jamais de lui rendre justice. En prose, il a du courage politique, du bon sens et de l'esprit.
Il en a même en vers,. quelquefois. Je me donnerai le plaisir de le montrer au moyen d'une fable que je tire de sa Comédie enfantine. Que fait là cette fable ? je n'en sais rien, et il importe peu que je le sache. La voici. Dans la forme elle est faible ; mais quel fond!