LA FRANCE IRA-T-ELLE AU CONGRÈS
Le gouvernement « de la défense nationale » ne sait gouverner ni les mairies, ni les ambulances, ni les écqles primaires, ni les corps de garde de certains quartiers, et ne sait pas beaucoup non plus se gouverner lui-même. Sous Tœil bénin du membre Favre et du membre Ferry, l'insulte au Christianisme est licite dans le centre de la ville; Mottu le maire, assisté de Cadet Tambulancier, rafraîchit son vieux blason du jardin de Gethsemani et du tribunal de Caïphe. Dans les régions éloignées de l'Empire, auprès de la muraille, l'insulte à la propriété complète Tôutrage à la religion. La partie facétieuse de la garde nationale, s'étant soûlée ^ raison de trente sous par ventre, aux frais de l'État, s'amuse à dire la messe et à piller la chapelle, comme il vient d'arriver à Issy.
PARIS PENBÂPrr CE SIËGE. Il
Mais ces mésaventures abondantes n'empêchent pas le gcmvemement de la défense nationale d'avoir toutes les belles ambitions. 11 aspire à être reconnu, ri veut entrer dans la noble^ famille des gouvernements européens et se mêler des grandes affaires dii monde. Sa petite besogne de Plaris ne Ittî suffit pas.
S'il était reconnu, le roi d'Italie, l'empereur de Russie, le grand-duc dôBade lui écriraient : Monsietx»' mon bom ami. Quel honneur pour- notfe pauvre Frafliee ! H y a si longtewrpB que» nous' ne recevons plus de ces douceurs-li!
Nous nO' sommes errcore» reconnus que par le président des Amériques et par le rt)i dltaîie, un particulier et un parvenu J Et nous n'avons d'ambassadeur qui fasse quelque chose que le vieux Senart, lequel aura peut-être l'honneur de représenter la France à l'entrée solennelle de Victor-Emmanuel dans Rome. Donc, ils cherchent à se faufiler ailleurs, et ils accepteraient pour la France un tabouret, ou un bout de banc, même sans accoudoir, dans le congrès qu'il serait question de rassembler pour régler les choses d'Orient. Ils y enverraient sans 'doute le jeune Ferry, c'est le meilleur pendant qu'ils puissent fournir au vieux Senart. Si M. le général Trochti entend parler de ces beaux projets et s'il a jamais vu la figure du vieux Senart ou celle du jeune Ferry, il doit souffiîr.
Nous savons que M. le- général Trochu a fort à faire ; néanmoins nous croyons qu'il néglige trop la partie civile de son gouvernement» Un jour il regrettera de n'avoir pas entendu parler de Mottu> de Cadet, de Senart, de la garde nationale soûle qui dit la
messe sous l'œil bénin de M. Jules Favre et de M. Feny; il regrettera d'avoir ignoré l'ardeur qui pousse ses collègues civils à se faire admettre dans la très-noble et très-auguste assemblée des gouvernements européens.
Pour l'honneur de la France, général, prenez-y garde. Si l'on vous parle du congrès, prenez la plume. Cette fois, c'est le cas. Écrivez-leur que la France aimerait d'être laissée tranquille en matière de congrès, et qu'ils règlent leur affaire d'Orient et les autres comme ils l'entendront.
Que tout cela ne regarde plus la France, qu'elle n'a plus d'affaires dans le monde, qu'elle fait l'économie des ambassadeurs et des représentants à l'étranger; qu'elle n'a plus de traités à maintenir, ni de traités à observer, ni de traités à conclure ; qu'elle remet tout cela à d'autres temps ;
Qu'elle n'a plus d'alliés et n'est plus alliée ; qu'elle ne se regarde plus comme faisant partie du corps des nations européennes; qu'en ce sens elle est morte, qu'elle veut rester un temps au fond de son tombeau ;
Que Paris est l'image de ce tombeau où la corruption n'entrera point, où tout au contraire la corruption périra. Car la France en a maintenant fait l'expérience. Elle sait maintenant quelles sont les causes de la mort, et quels baumes amers tuent les germes de mort.
La France n'a rien à dire là où elle n'émettrait qu'un avis que l'on pourrait mépriser. Elle ne signe pas des traités où aucun article ne serait écrit de sa
main. Elle ne traite pas avec les forts et se borne à ne point reconnaître les traités qu'ils font.
Elle ne livrera pas sa faiblesse présente, elle ne vendra pas sa force future.
Elle restera dans son tombeau inexpugnable. Elle y restera comme morte, mais le tombeau sera vivant. Il n'en sortira point d'ambassadeurs, et les ambassadeurs n'y entreront point.
Elle ne s'occupera de paix que chez elle et pour elle. Elle fera du fer, elle fera du blé, elle fera des hommes. Elle prendra le temps qu'il faut pour dégriser sa populace sur laquelle compte l'ennemi, et qui a pris l'habitude de ne pas compter avec les lois. Elle a l'âme et le cœur, elle se refera Inintelligence et le bras.
Et alors elle ouvrira ses portes et elle rentrera dans le monde, non pour étudier les choses qui s'y seront faites, non pour se soumettre aux arrangements qu'on aura pris, mais pouryoir si la justice règne et si quelque peuple barbare a encore son pied brutal sur quelque troupeau de la famille du Christ. Alors la démocratie chrétienne sera née.
A présent donc, arrangez-vous, et faites un équilibre européen. Faites des conquêtes, des annexions, des empires, des traités. La France n'en est pas, n'est de rien.
. Nous en reparlerons dans dix ou quinze ans, quand nous aurons ce qu'il nous faut de fer et d'hommes, quand nous aurons enterré dans la chaux vive le cadavre pestilentiel de la Révolution, et quand la race humaine sur le reste delà terre aura besoin du libérateur.
23 décemJjre.