M. FAVRE AKNONCE LA PAIX
M. Jules Favre, ministre de M. Thiers, est aussi maladroit dans son langage que M. Jules Favre, ministre de lui-même. En annonçant la suspension des hostilités, il se donne ^ im air de déposer la foudre. Cela lui .va bien ! Ces cuistres du 4 septembre ne sont pas nés seulement pour nous ruiner et nous assassiner, mais encore pour nous rendre ridicules. Nous le serons par eux^ jusque dans les afifres de la mort et jusqu'à la dernière scène de l'enterrement. Quand donc disparaitront-ils?
Pour les conditions de la paix, elles sont encore cachées. La redoutable notification aura lieu tout à rheure. Nous sommes convaincus que le cœur de la France se trouvera plus ferme que la voix de l'huissier. Depuis la capitulation de Paris, le plus fort est fait. Ce n'est pas le taux de Tamende qui constitue l'humiliation. L'humiliation a été de déposer les armes ; vider l'escarcelle comptera moins.
Si notre sentiment ne nous trompe pas, la France aimerait mieux ajouter quelques millions que d'en
obtenir le rabais par de trop longues prières. Ce qu'elle ne peut exiger, il ne lui sied pas de l'implorer. Puisque les Allemands ont eu l'honneur de nous battre, il est juste qu'ils se régalent. Ils nous disent narquoisement, — car ils ont pour le moment plus d'esprit que nous, — que c'est pour notre bien qu'ils nous ruinent. Cela se pourrait, et nous l'espérons un peu. En attendant, payons-leur les leçons de politique, d'organisation et de guerre qu'ils nous ont données. Si nous en profitons, le prix ne saurait être exagéré. Que leurs princes et généraux emportent un bon pourboire ! Dans les chansons grecques, le ♦guerrier couché sur le champ de bataille s'adresse au vautour qui lui déchire la poitrine : ce Mange, oiseau; c'est la chair d'un brave. Ton bec croîtra d'un empan. »
Puisse l'Assemblée nationale interdire le marchandage auquel se prépare l'essaim des mouches de club et de palais qui ont si vaillamment sonné la charge et conduit le combat! On sent poindre une sueur d'agoni 3 à la seule pensée des Marseillaises qnt vont entonner ces voix de Belleville et de Pantin, Pendant qu'elles chanteront, il arrivera quelque oukase de. Prusse qui ordonnera qu'elles se taisent, et il faudra se taire.
Epargnons-nous cette intimation dernière. Puisque les hommes aux mains de qui nous sommes tombés n'ont su employer notre sang qu'à noyer nos poudres, puisque c'est fait, pourquoi jeter de mensongères forfanteries sur im désastre déjà suffisamment honteux?
A rheure qu'il est, nous ne combattûns,pbis contse l'épée. Nous n'avons plus d'épée, et Tennemi nous use par l'angoisse et par la raillerie. N'attendonsipas qu'il nous montre le fouet. Jetons-lui ce qu'il sait trop que nous ne pouvons défendre. Que les chiens aient la curée, que les vautours se gorgent de leur proie ; qu^ils s'en aillent pleins et ivres. Ils en ont trop fait déjà pour que la vengeance ne soit pas certaine ; mais la même raison qui la xend inévitable la rend impossible aujourd'hui.
Il faut attendre. Il faut mériter que Dieu nous refasse une tête et des bras, et surtout un cœur digne de relever avec nous tant de justes causes qui vont être meurtries.
Aujourd'hui, nous ne pourrions qu'essayer de donner une revanche à M. Gambetta.
Après tout, il y a deux Prances, et l'une d'elles porte la ressemblance de M. Gambetta. C'est celle-là surtout qui est battue. LTionneur permet de souffrir qu'elle n'en revienne pas ; c'est assez pour l'autre de payer l'amende, sans se vouer à^piérir en l'honneur de cette borgnesse.
Bcn^ideam^ l«'.mars.