CX'LII
i 7 Cévrier. :
au Journal des Débats : si un journaliste peut citer la sainte -écriture.
Le Journal des Débats me fait quantité de reproches qui ne semblent pas dictes par l'amitié. Suivant l'usage, ils sont signés David, c^est-à-dire personne,
c'est-à-dire tout le monde. Au Journal des Débats^ quand ils sont irrités, ils s'embusquent. David n'est que le nom de la fronde, les cailloux demeurent anonymes. Chacun jist caillou à son tour, et chacun, pour être plus caillou, se dépolit. Cette fronde est fée. Elle ôte à celui qui l'emploie une certaine fierté qu'il pourrait avoir. Il triche sur les textes et manque à d'autres bienséances de la profession.
Je suis flatté de voir tomber sur moi tant de Davids. J'aime leur émulation. Malheureusement, je n'ai pas toujours le temps de répondre. Ce serait une distraction innocente. Un David dans la main droite, un David dans la main gauche, cinq ou six autres en l'air décrivant un arc régulier, je me composerais une auréole tournoyante de tous les œufs d'or que pond la fortune de M. Bertin. Ils monteraient, descendraient, se croiseraient. Je les ferais reluire, et je veillerais à n'en pas casser un seul , car ce sont pièces de prix.
M. Lemoyne est une fauvette aiguë qui s'oublie parfois à des mélancolies fort douces; l'ancienne queue rouge de M. Caraguel s'est allongée en queue de morue, très-décemment ; M. le pasteur Pressensé, réformateur de la P. R., est le cric du relèvement moral. M. Louis Ratisbonne lui-même, versificateur inconsidéré, devient recommandable en prose. Lorsqu'il se glisse dans la fronde, il fait voir comment savent rugir les moineaux.
Néanmoins, je les trouve trop appliqués à ne pas citer correctement, et parfois aussi un peu précipités.
Le David d'avant-d'liier me reproche violemment de consulter l'Écriture sainte et d'y chercher des leçons politiques sur les choses du temps. J'espère que ce David-là n'est pas M. de Pressensé.
La vérité est que j'aime à lire la Bible et Dante. J'y trouve mille renseignements y mille lumières sur . nos aventures présentes, que les journaux de Pyat, . de Blanqui, de Havin, et même le brillant faisceau bertinesque ne me fournissent pas. Le style me plaît davantage. On est assez malheureux, on a bien le droit de lire aussi quelque chose qui n'assomme pas. Je n'interdis point au Journal des Débats de s'instruire en Puffendorf et Grotius, de méditer en Pressensé sur le relèvement moral, de se régaler et aiguiser en Voltaire ; qu'il me laisse les prophètes et l'Évangile. De meilleurs et de plus forts que nous ont étudié là leur chemin en des temps politiques moins décourageants.
Est-il nécessaire d'apprendre au Journal des Débats que Bossuet a fait un livre intitulé : Politique tirée des paroles de t Ecriture sainte? Ce livre n'est point ridicule. Fénelon également s'est appuyé sur cette base, et quantité d'autres. Je me contenterai do nommer encore de Bonald et Joseph de Maistre; ils me semblent plus a forts » que tout notre siècle de « publicistes » éminents, y compris M. Ratisbonne, M. Lockroy et les autres bourgeons du printemps qui s'avance.
Si Ton dit que Bossuet et moi, c'est autre chose, j'acquiesce. C'est autre chose aussi que M. Ratisbonne et Dante, autre chose que M. Lockroy et le roi Vol-
taire, autre chose que Luther et M. le pasteur Pressensé. Ce temps est rapetissé, même rabougri. 11 n'y a dans le monde contemporain que Pie IX qui soit au niveau des anciennes statures. Le progrès révolutionnaire n'a amplifié que le poignard et le canon, et encore a-t*il encanaillé le poiguiard et enlaidi le canon.
Toujours est-il que tous les vrais génies de l'Europe, depuis Charlemagne jusqu'à Pie IX^ ont cher* ché leur voie politique dans l'Ecriture sainte. Si.Bossuet et Joseph de Maistre, pour nous borner à L'ordre des publicistes, venaient à reparaître, c'est là encore qu'ils s'alimenteraient. J'ajoute quH, comme ils feraient des journaux, ils seraient assurément des polémistes durs. Dans la Bible, tant de bâtons noueux^ tant de mèches de fouet n'ont pas été mis pour ne servir à rien. Ils sont faits pour certains dos qui les attendent.
Ce reproche sur l'emploi de l'Ecriture n'est qit'incoHfiidéré, mais le David d'avant-hîer y enveloppe une pensée perfide. J'ai parlé deBabylone, des causes morales de sa ruine, de la façon dont elle ftît livrée àCyms, par lui-même încapablé de la prendre. Le Journal des Débats s'arrange pour en conclure que je me réjouis du triomphe delà Prusse, ce qm serait' antipatriotique au premier chef. Chez Btenqui, l'on excelle à tirer de ces conclusions- maisTart n'en est pas honnête.
Je plaide la cause des lois de Dieu transgressées par Babylone, et non la cause de Cyrus, lequel n'est qu'un instrument, et n'exerce qu'un ministère péril-
leux ponr lui-même. Dieu cBt souvent aux vainqueurs d'Israël qu'ils portent sa colère, et ce n est pas une faveur qu'il leur fait. Pour ce qu elle a pris de Babylone, Jérusalem est corrigée; Babylone périt.
M. de Presseneé pense là-dessus^ comme moi: H' s'empresse au « relèvement moral : » donc il trouve dans Paris du levain de Babylone (véritablement, il yen a ! ) ; le relèvement à faire suppose l'abaissemeni accompli. Il veut procurer le relèvement : donc il Tespère, il croit que les causes de l'abaissement pourront être détruites. Mais si M*, de Pressensé échoue, si le relèvement ne s'opère pas, alors les causes du mal persistent, rabaissement s'accroît; c'est la mort. Est-ce que David ne comprend pas Pl^essensé, ou lui destine-t-il secrètement l'épigramme qu'il dirige vers moi?
Je le prie de remarquer qu'en attribuant à Dieu la victoire de Cyrus, je fais à Babylone tout le compliment et tout l'honneur possibles, puisifu^enfin Babylone fût complètement vaincue. Croire que Cyrus n'avait pas besoin de Dieu pour vaincre, qu'il dut la victoire à sa prudence, à sa force, à son courage, à sa constance, nullement à l'assistance divine, c'est avouer que les vaincus n'avaient point de vertuségales, et que l'abaissement moral avait physiquement démuni les remparts. Tout sauvage que je suis, je n'insulterai jamais de la sorte aux pauvres Babyloniens. Dieu leur a fait encore l'honneur de les punir. Dieu lui-même, Dieu lui seul. Ainsi qu'il le dit expressément, il a pris Cyvus par la main; et il dit
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Bismark arrache cruellement un beau sujet de rire. Comme ils eussent trouvé drôle et piquante cette mascarade piémontaise exécutée à Rome, le jeudi grasdemier ! La croix insultée enpleinjourdansRome beaucoup plus qu'à Belleville, quel triomphe ! Cela ne s'était point fait encore avec cette splendeur. Mais voilât qu'en même temps M. de Bismark rédige et publie le programme dejsa.majche triomphale dans Paris. Après un si charmant jeudi gras, quel premier vendredi de carême»!'. . .
A vrai dire, la marche triomphale^ (c'est le» moi? prussien) est déjà commencée;. Elle* a comzaeniaé aussitôt après la signature de l'armistice, par le défilé de nos canons qui sej^endaient e» Prusse j même le canon desservi par M; Rochefort. Seulement cette évasion s'opérait de nuit, ài petit bruit, et les violons ranimés dans nos théâtres rouverts, d'accord avec le beau talent des électeurs parisiens, couvraient cette marche sourde. Mais M. de Bismark le veut : il faut subir son aspect, il faut subir sa fanfare.
La saveur de la mascarade piémontaise en est affaiblie.
Hélas ! pauvre France ! Et il faudra eni^ite signer la paix; et par-dessus le marchéj il faudra^ écouter les bravaches qui, sans avoir pa^yé de leur personne et sans se proposer aucunement d'ex|)oser leur peau, déclameront contre la paixs Après quoi il3accepteront la paix.
A Rome, le roi vaincu a ouvert* la fenêtre d«e' sa» prison. Par delà le Tibre ^ par delà les^ montagnes ei par delà les mersj il à jeté dans le monde entier la
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parole tranqaîllfe de sa conscience r Point de paix! Et il n'y aura ni traité, ni paix acceptée, ni trêve consentie. Mais, durant la suite des siècles, la majesté du visage de ce vaincu jettera l'ignominie vengeresse sur ces masques et leur fera l'épouvantable privilège de ne point périr.
Quel temps ! quelles guerres ! quels vainqueurs ! et sauf ce grand immortel de Rome, quels vaincus ! Voilà ressuscitée toute la brutalité païenne et barbare; voilà 1q vainqueur sans justice, sans lumière et sans miséricorde, se donnant le plaisir de dévorer et d'insulter là victime sans dignité !
Que laissent espérer au genre humain tombé sous le joug^ de la force, cette victoire sale et lâche du Subalpin, cette victoire sauvage et avare de l'AUemané et cette ignoble aptitude des peuples à devenir ou la bête dévorante ou ïa bête dévorée ?
Sfais après tout, c'est la perpétuelle scène du monde; elle n'est en ce moment que plus illuminée et plus retentissante de foudres. Les époques d'échéance ont ce caractère encore miséricordieux : les hommesy sont plussolennellement avertis de choisir, et suivant leur choix, ils sont suppliciés ou martyrs; Suppliciés par le châtiment de la défaite ou parle leurre de la victoire, martyrs par leur constance dans' Famour de la justice, et ceux-là seulbmient sont heureux. Ils recueillent le baume des larmes qui auront leur consolation; parce qu'ils ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés.
Guillaume, Vîctt)r-EmmHnuel, Pî^IX! Ces trois noms font connaître le vrai prixdfes choses de' ce'
monde et la conscience humaine sait ce qu'elle doit tonorer et ce qui vivra.
28 février.