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'd2i PARIS PENDANT LA COMMUNE.
leurs, ont chacun leurs raisons hautes et invincibles pour ne point postuler la présidence. Ils peuvent prendre mieux que cela. Pour l'un ce serait bas, pour l'autre, drôle. L*un ne peut abdiquer la majesté de son droit, l'autre le profit et l'espèce de dignité de son audace. Tous deux perdraient trop à se reconnaître temporaires, viagers, révocables. Ils y perdraient incontinent le meilleur de leur force.
Orléans consentirait à entrer par cette porte. II y frappe. Mais qui le soupçonne de vouloir laisser ouverte la porte de sortie ? Orléans ne postule pas le fauteuil, il postule le trône. Et s'il se contente du fauteuil, il ne le mérite pas. Il n'a que son nom comme le premier venu, et pas même. Sur son nom reste une tache solennelle qu'il n'a pas effacée, et cette tache est ce qui demeure d'un honneur solennel... qu'il a gratté.
Voilà donc lés princes hors concours. Rien ne les empêchera d'être éligibles, tout leur interdit d'être candidats.
Passons aux particuliers.
Après 1848, la France ne manquait pas, en ce genre, d'une certaine abondance, outre l'abondance des illusions. Bonaparte était un particulier alors neuf. On avait des hommes d'épée: Bugeaud, véritable conquérant de l'Algérie, véritable paysan, plein d'expérience, de fermeté et d'honnêteté, victorieux de toutes les injures, couronné de respect; Cavaignac, vainqueur de juin ; La Moricière, soldat d'épopée. On avait aussi des hommes de tribune, dits hommes politiqim^ en ce temps-là présentables.
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Lamartine immédiatement, M. Thiers plus tard, M. Guizot encore, même M. Ledru-RoUin, dans Tayenir, et ce qui mûrirait et se formerait avec le temps. Les affaires n'étaient point difficiles comme aujourd'hui, ou du moins les difficultés n'étaient point connues, pesantes, écrasantes et immédiatement mortelles. On possédait un trésor, une armée, une administration, une sorte de classe politique victorieuse et assise. Point de Prussiens attendant leurs milliards et prenant leur nourriture en attendant. Enfin, les socialistes ne formaient qu'un ramas de pleutres sans lettres, sans pécune, sans crédit, sans organisation, sans chassepots et sans victoire. C'é* tait chose de rien que trouver un président. On pouvait changer de président comme on avait jusque-là changé de ministère^ et tout marchait sur les vieilles roulettes.
Présentement il n'y a plus de roulettes, et il faut d'abord que le président les reconstruise ; même il faut qu'il les invente, car le sol a changé ; et ce n'est rien encore : il faut ou reconstituer le sol ancien, ou créer un sol entièrement nouveau. Rude besogne, qui exige un maître homme poxurvu d'une maîttesse main.
Or, de tous les anciens^ qui eussent pu suffire autrefois et pour les faciles choses d'autrefois, que nous reste-t-il pour les terribles et innombrables besoins d'aujourd'hui? Et entre tant de nouveaux, surgis de ce tremblement de terre qui commence à M. Emile OUivier et qui ne finit pas à M. Cluseret, où est l'homme ?
3ifi INLmS VENDANT Ul GOHMONB..
Parmi les aneiens, il y* a M* Thiers monarchiste, et parmi les nouveaux, ML Thiars républicain.
Pas un autre ! pas un seul l
Ee 4 septembre, on a encore trouvé M. Jules Favre, on du moins M.Jules Favrc, se trouvant lui-même, a trouvé Crémieux, Glais-Bizoin, Gambetta,il. Picard, plus l'agréable Rochefort, qu'il ne chesdudt pas. La. Commune a ensuite ramassé Pyat et fieleseluze, ses plus beaux ornements. Depuis^ rien ! La bourgeoisie a expiré en donnant ces fleurs.
Cest donc M. Thiers qui sera président, avec ses deux inséparables, M. Jules Favre et M, Picard, pour assesseurs. C'est à M. Thiers qu'il faut donner la France à refaire.
Et il aura pour instrument unique les restes d'une voix qui tombe et d'une ardeur révolutionnaire qui, hélas ! ne s'éteint pas.
Voilà le présent; là-dessus, rêvons Tavenir.
Les amants de la République, M. Thiers tout le premier, peuvent tenir pour certain qu'il y a une dictature au premier coin du bois. Quand M. Thiers nouveau de sa petite voix criera : Vive la Répubh" que! il entendra la petite voix de M. Thiers ancien qui répondra : V Empire est fait I
Bientôt l'ea^-France, soumise à son sort, ne cherchera plus un maître qui dépasse si peu que ce soit l'humble niveau de la stature humaine; et même l'ignoble envie, première et dernière passion de la démocratie, exigera que ce niveau ne soit point dépassé. Si faudra-t-il néanmoins que le candidat Tatteigne, que l'on voie en lui la stricte étoffe d'un sergent de
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ville ei d'un boulanger. Tout le monde à présent n'j. est pas ; et M. Thiers (c'est un clia;^rin de le.du:e)ii'y; arrivera jamais*
3 lûai.
L EM^IBSB DE LA COUBTlSAKfi.
La jument de Roland, bien née, bien découplée^ sobre, forte à franchir fleuves et monts, n'avait qu'im défaut : elle était morte. Notre assemblée nationale est vivante, mais elle a rencontré un Roland civil qui ne monte pas à cheval et qui se prétend, hélas ! parfait cocher.
Elle voulait faire rapidement une course hardie au pays des traditions et des merveilles. Il s'agissait d'aller là-bas et là-haut tuer un monstre, délivrer une Andromède captive qui se nomme l'Autorité et qui possède un trésor qu'on appelle la Paix. Il fallait au cheval des ailes, au cavalier une lance. Mais le cavalier n'est pas venu; et le cocher, s'étant emparé du cheval, «'est empressé de Tatteler à son vieux coche, en cotnpagnie d'un vieil âne rouge qu'il ché-rit dès longtemps. Il a pris son vieux fouet et il a en^ filé la vieille ligne mal pavée où son cher vieux âne rouge a coutume de l'aider à verser. Fouette^coch^, et nous versenons bientôt ! Bientôt, la belle, jeune.
et fringante assemblée sera tout juste dans Tétat de l'incomparable défimte jument.
Le plus triste, c'est qu'une certaine logique ne manque pas en cette malencontre . De toutes parts, avec douleur, avec épouvante, avec rage, on se demande comment il eût été possible défaire mieux; de toutes parts on se ré pond qu'il eût fallu du cœur, et laisser là et le fiacre et l'àne rouge. Maiis du cœur, où en trouve-ton? et quant au fiacre et à l'âne rouge, la légalité les impose, ainsi le veut le p^ys. Or, par comble de malheur, il est vrai que le pays le veut ainsi, et, par surcroit de malheur, il est vrai encore que le pays ne le veut pas ainsi. Nous vivons dans un décousu qui force la langue à déraisonner comme la raison. — Le pays veut ceci, disent les uns. — Le pays veut cela, disent les autres, et c'est le contraire, et c'est la vérité ici ef là. Pour dire la vérité tout entière, le pauvre pays, totalement dérouté, ne sait plus ce qu'il veut, et lorsqu'il sait ce qu'il veut, il ne sait pas le vouloir. Voyez ce que l'on appelle Paris et ce que l'on appelle Versailles : c'est le pays. Voyez ce que l'on appelle le gouvernement : vous y retrouverez Paris et Versailles. Voyez M. Thiers : il se demande en qualité de Versailles s'il a parfaitement le droit de se bombarder en qualité de Paris? Et l'on explique parfaitement son scrupule : il a été, il est encore, en plus d'un recoin de son intelligence, Paris contre Versailles, autant pour le moins que sa situation le fait Versailles contre Paris.
Le pays veut ce qu'il ne veut pas, et ne veut pas ce qu'il veut. On peut le comparer à cette triste ban-
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lieue parisienne, où la mort fait pleuvoir des deux mains les feux des deux bombardements, — et qui ne sait quelle main de la mort elle hait le plus.
Le pfiys se hait lui-même et lui-même se perd ; il se maudit de se haïr et de se perdre, et se hait et se maudit d'autant plus. Qui expliquera autrement le pis en pis inexorable où nous enfonçons depuis trois quarts de siècle ? Et cependant, est-ce possible ? Quoi ! le pays a voulu passer et repasser de monarchie en république, de guerre étrangère en guerre civile, errer perpétuellement dans le sang et la nuit, rompre de toutes façons avec lui-même, détruire ses traditions politiques, civiles, religieuses, être sans relâche et de plus en plus pillé, berné, ruiné jusqu'à perte d'honneur et dévie? Le pays %row/w cela? La France serait ce frénétique ?. . .
Certainement non, et le pays veut lout autre chose : 11 veut l'ordre, la paix; il veut ressaisir la liberté qu'il n a plus, la vie qui lui échappe. 11 veut s'arracher à cette honte de mourir dans ce marais sanglant, énervé et asphjrxié de cette peste abominable et bête qu'il appelle Vidée révolutionnaire. Il demande qu'on lui refasse un sol, il aspire à l'air pur dans lequel il avait si noblement grandi. 11 délègue des hommes à ce dessein, il leur donne mission expresse de le rétablir. Et néanmoins, il s'est fait lui-même le triste sort qu'il subit, il persiste à le maintenir, à l'aggraver. Quinze jours après avoir élu ceux qui doivent le tirer du marais, il en élit d'autres pour l'y replonger. L'idée révolutionnaire qu'il a maudite devient à ses yeux la belle figure de la liberté.
330 PAAIft J^NiUNX LA CÛMMUKE.
Qu!Qp|M)Sôr à. cetta pa&sion. tyrannique ? C'est la passion de rhomme asservi par une concubine. Yolé, trompé, vilipendé^ il j charge quelques amis de le délivrer; mais à peine la dràlesse estrelie sommée de vider la- maison, il fléchit,, elle domine :
C'est Vénus tout.entièce à. sa ]^oie attachée.
Pour lui oomplaire, le miâécable cévoque et chasse^ scsamis.
Tout peuple est mineur, voilà le mot de Ténigme ; et plus cpie tout autre est mineur le peuple qui s^esi laissé déclarer maître. Ce soi*disant émancipé, néanmoins forcé par lanature de prendre des tuteurs,, en choisit beaucoup que la nature ne lui avait pas préparés ; des incapables, des indignes-, même des traîtres. Us obscurciss^t son jugement, lient sa liberté, vendent ses intérêts et sa vie.
Fussent- ils tous honnêtes, suivant la théorie parlementaire, qui n'admet pas opie le député puisse manquera ses devoirs^ lin autre péril ne peut être évité. Par la force des choses, toute assemblée ainsi formée est nécessairement mineuce comme le peuple qu'elle est censée représenter. Le conseil de tutelle, composé d'hommes inconnus lesuns aux. autres, inexpérimentés, atteint d'incurables faiblesses, sent tout de suite le besoin, d^avoir lui-même des tuteurs. Il tombe sous le joug d'hommes déjà signalés, que la situation impose. Ces hommes oaoi; leurs vues. Deve?* nos nécessaires, ils ne résistent^ guère à la.tentation de se rendre indispensable», et travaillant d'abord pour eux. Us excellent à servir le paya contre ses oi>dres formels, mais aui gré de sa passion. Les
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<»rdt«9: doresront peu, la passion persévérera. En' France;. Toppûsition est toujours en minoritéi, mais toujours populaire* Ces* hommes ne l'igno* ront'. pas, et: se çouTement en conséquence^ ils trahiront^ mais fis restèroot «n f aveor, et la passipa qu'ils servent et qulls partagent même lorsqu'ils feif gnent. da la combattre, triomphera et les fera, triom-^ pher» TezEiblB glu pour le dépoté nouveau ! Et quand on ne trouve paseà le prendre par ses faibksse^, on a encore un ait de le prendre par ses vertus.
On épouvante sa conscience^ on lui faitl craindre de. tout perdre en se heurtant contre Fimpossible et le prématuré. Il n'ose plus dire telle ou telle chose, proposer ou repousser telle on telle mesurcj dénoncer tel ou tel péril. A force de prudence, il laisse passer Topportunité. Il est pris^ enrôlé, attelé» Il s'entête dans sa fausse sagesse; c'est fini. Désormais, il ne pense plus, il ne vote plus, il manœuvre.,, à la suite ! Il dit, pour se défendre et peut-^tre pour se consoler, qu'il fait de la politique! Oui, vous faites de la politique; mais ce que vous deviez faire, la pensée neuve que vous deviez proclamer, la. parole hardie que le pays attendait de vous, le mot de ralliement, le jet de lumière qui éclaire la plaie,*qui révèle le bon désir, cette véritable œuvre du député, vouiK ne la faites pas !
La plus saine parde de l'Assemblée commenoa à» senttr qu'elle n'a point rempli sa mission. Nous n» disons point qu'elle pouvait la remplir ; mais enfin elle n'a point essayé. Le vieux cocher s'y oppose sans doute. Néanmoins il fallait essayer.
On dit qu'il y a beaucoup de catholiques dans r Assemblée, et c'est vrai. Mais officiellement, qu'en savons-nous ? Quel acte, quel discours l'a révélé au pays ? Il y a aussi beaucoup de monarchistes ; mais qu'en savons-nous encore? Les catholiques n'ont protesté contre aucuïie des stupides et sacrilèges impiétés qui nous couvrent de honte aux yeux du monde; les monarchistes, tout en politiquant^ se laissent aller à la République. Et quelle République? Ils n'en savent rien, pas plus que le guide qui tout à l'heure ira les verser là.
Quelque chose avertit les consciences que la France est sous le bras du châtiment, et que Dieu est comme contraint de vouloir que le châtiment continue . Les circonstances, à certains égards favorables, quoique cruelles, ont tourné subitement. Quand tout semblait fini, tout est devenu pire. Après les ennemis qu'avait provocpiés notre orgueil, les enfants de nos adultères se sont levés. Comme nous avions mis stupidement toute notre espérance dans la force, nous l'avons mise dans l'habileté politique, dans la ruse; nous avons voilé les principes qu'il fallait proclamer, et il nous a paru sage de ne rien demander à Dieu. Alors la mort a recommencé de passer sur nous, plus sourde, plus sauvage et plus insolente.
Evidemment, nous avons une coupe à vider, une coupe dont nous ne pouvons pas même sonder le fond ; et nous sommes pris d'une défaillance que les anges du ciel ne viendront pas assister. Nous ignorons qu'il existe des anges, et ceux qui le savent ne les appellent pas.
Aucune voix ne s'est élevée pour Pie IX, aucune voix n'a protesté contre les sacrilèges de Paris. Ce ne serait pas ce politique ! » On rirait!
Quoi! on rirait? Vous êtes une assemblée conservatrice, monarchique, catholique, et vous craignez ce rire. Allez ! la République est façonnée pour vous, et vous pour elle, et vous en tàterez!
Voilà un siècle bientôt que ce pays fait la guei're, et il a enseigné à l'étranger l'art de le vaincre. Voilà un siècle qu'il fait librement de la politique , qu'il ouvre des tribunes, qu'il enfante sans nombre les livres et les journaux, et il n'a plus un orateur, ni un publiciste. Voilà un siècle qu'il vote, et il est arrivé à ne pas savoir comment s'empêcher d^élire M. Delescluze et M. Pyat. Ce pays a rebâti Paris sans qu'il soit né un architecte, il a fait la guerre sans qu'un général ait surgi, il subit la persécution religieuse et ilattend encore qu'il se lève un chrétien.
décadence d'un peuple sans Dieu ! Décadence sans remède et sans espérance, si ce peuple ne fournissait encore des prêtres et si Dieu pouvait rester sans pitié !
5 mai*