ARRIVÉE DE ROGHEFORT A VERSAILLES
Rochefort est arrivé ce soir. Une foule considérable l'attendait^ trèa-sérieuse, ne ressemblant en rien aux attroupements qui se forment tous les jours sur le passage des piètres prisonniers qu'on amène de Paris, et qui haussent les épaules à Taspect de ces pleutres dégrisés.
Ce soir, la foule offrait la physionomie d'un peuple réuni pour faire justice. Elle se composait d'hommes graves : chefs de famille, artisans, marchands, bourgeois, militaires; on y remarquait un grand nombre de députés. C'étaient des gens qui voulaient être là, et qui avaient leur but. On sentait partout un fluide d'indignation. Lorsque la voiture qui renfermait l'homme est apparue, le fluide a éclaté.
Livide, la tête basse, l'œil éteint, le misérable a * reçu une décharge de mépris capable d'en tuer dix autres.
Un cri, un seul, mais qui roulait et éclatait en tonnerre : LE lâche! LE LACHE !! LE LACHE !!!
On voyait des visages pâles, des mains frémissantes, des cheveux hérissés, un vrai transport d'horreur.
M. le comte de Rochefort-Luçay, fils adoptif (au
moral) de M. le comte Victor Hugo, a pu longtemps clouter qu'il existât une conscience publique. Il ne rignore plus, et il peut dire ce que c'est.
S'il eût été à pied, on l'eût écrasé comme un rep tile.
22 mai.