‹ Paris pendant les deux siéges (volume 2)Chapitre 58 sur 77 · M. JULES SIMON £T LSS PRIÈRES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

M. JULES SIMON £T LSS PRIÈRES PUBLIQUES

Le Journal officiel nous annonce que le jour même où il publiait la loi sur les prières publiques, te le Gouvernement adressait aux évêques et aux présidents des consistoires une circulaire destinée à porter à leur connaissance le texte de la loi votée par l'Assemblée, et qui se terminait (la circulaire) par ces mots :

« Bien certaine que^ depuis le commeneement de la guerre ciyile, vous n'avez cessé de prier Dieu pour qu'il mette fin à tant de malheurs^ l'Assemblée a voulu s'associer à vos prières, en les demandant par un acte solennel, au nom des intérêts les plus sacrés de l'humanité et de la patrie. »

Cette forme insolite nous laisse quelque cleose à deviner, m Le Gouvernement » dont plusiaurs membres se sont abstenus de voter la k)i, a-t«-i] voulu réparer le scandale de cette abstention en se réunissant pour demander les prières? Ou tout simplemeat M. Jules Simon, ministre des cultes, abstenant ^t peu porté à prier, a-t-il souhaité de ne pas signer tout seul cette circulaire où il prend comme ministre une attitude et une opinion qu'il n'a pas du tout comme particulier, comme député et comme écri>'ainî

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Pour un philosophe cLe cette taille, oa de oe diamètre, ou de cette encolure, la rencontre est véritablement ce que les Italiens appellent dispiacevoiej c'est-à-dire un peu traîtresse. Elle Toblige à faire, en qualité de ministre, ce qu'il juge, en qualité de parofesseur, inutile, en qualité d'écrivain, assez sd, en qualité de représentant du peuple, superflu.

Dans son livre du Devoir^ sans presser personne de prier, il avoue que quelques âmes naturellement disposées à la piété se portent d'elles-mêmes à la prière^ et il ajoute : ce Mais pour l'immense majorité des hommes, toute cette formalité du culte n'est pas de trop. » Ce qui, d'un côté, le montre assez éloigné d'admettre avec TertuUien que l'âme est naturellement chrétienne, — et, d^un autre côté, fait rêver sur la disposition d'esprit où il se trouvait, lorsqu'il s'est abstenu de procurer une chose qu'il estime pourtant n'être pas de trop pour l'immense majorité des hommes.

L'occasion s'étant présentée de recourir à la a formalité, » et ne lui laissant pas tout à fait la liberté d'ouvrir un avis contraire, il s'est mis à l'écart. Cela est d'un sage.

Mais après avoir évité d'exécuter le philosophe, il fallait pourtant que le ministre procurât l'exécution de la loi. Comment faire? 11 a trouvé deux biais. Le premier, c'est cet heureux masque que le Journal officiel appelle c< le Gouvernement. y> Montrez là dedans M. Jules Simon! Il y est, et il n'y est pas. Si., pour tourmenter le philosophe, vous dites qu'il y est, il n'y est pas, il n'y a que « le Gouvernement. » Si,

pour chercher noise au ministre, vous dites que M. Simon n'y est pas, alors il y est, puisque M. Simon est dans le ministre et le ministre dans le Gouvernement.

Le second biais, encore plus fin, c'est la rédaction du papier. Ici, il y a vraiment de l'art. Le « Gouvernement y> intervient comme un être impersonnel. 11 est simplement le commissionnaire de l'Assemblée : — L'Assemblée, bien certaine de cela, vous envoie ceci, afin que vous sachiez cette chose. Quant à ce que je pense de cela, de ceci et de cette chose, moi Gouvernement, ou moi Simon, c'est différent. Et, comme on dit : Ni vu ni connu, je t'embrouille!

Renvoyons donc à l'Assemblée tout l'honneur de l'acte de foi dont elle a eu seule l'initiative et dont la France, nous Tespérons, recueillera le fruit. Pour le Gouvernement, et pour M. Jules Simon en particulier^ (pi'ils reçoivent le prix du mercenaire. Il *n'y a pas lieu d'y ajouter l'éloge donné à Téconome infidèle, car ils ne savent pas plus se faire des amis sur la terre que dans les cieux.

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