LES MARTYRS
Les dominicains sont morts en criant : Pour le bon Dieu 1 L'archevêque est mort la main levée pour absoudre ceux qui l'assassinaient! Les jésuites et les autres prêtres, nourris du pain des forts, sont tombés en offrant leur vie pour la gloire de Dieu et le salut de la France. Dieu est vainqueur ! Il a pris des martyrs, nous aurons des miracles; nous sommes sauvés!
On a remarqué que nos troupes, ou plutôt, comme le dit si bien la langue populaire, que « les Français » sont entrés dans Paris le jour où fut publiée la loi qui demandait des prières; et le jour où l'Assemblée nationale, à genoux dans la cathédrale de Versailles, a solennellement exécuté cette loi, le même jour, à la même heure, le feu a cessé.
Les prières étaient finies, lorsque Mgr l'évêque de Versailles a su que l'archevêque de Paris et ses compagnons avaient subi la mort en haine de Dieu. <( Pour le bon Dieu. » En ce moment aussi le vénérable évêque a su que les prières étaient exaucées, la colère divine éteinte, et cette horrible guerre finie* Les martyrs ont prié avec nous, Dieu est désarmÂ.
Quelle scène, quelle leçon^ et quel triomphe! A présent nous pouvons relever la tête parmi les peuples. L'incendie s'éteindra; les scélératesses, les fourberies et les sottises immondes, toute cette immense part de Satan sera oubliée : la gloire des martyrs décorera cette nuit abominable et restera sur nous. Gomme la croix du Sauveur a plané sur les incendies et demeure parmi tant d'effondrements, elle que l'on voulait surtout abattre, ainsi la mémoire des martyrs demeurera. Leurs noms immortels et sacrés prévaudront sur tant de flétrissants souvenirs. Victimes innocentes, si lâchement, si abominablement insultées, maintenant tutélaires !
L'archevêque, les curés, les religieux sont cette Église traînée sur la claie par le vil ramas des^[écrivains et dénoncée aux haines d'une populace abrutie. Que ceux qui se sont attelés à l'injure regardent et qu'ils se frappent la poitrine ! Voilà le résultat de tant d'histoires ineptes et infâmes dont ils ont nourri ou laissé nourrir l'imbécile populaire. C'est à quoi aboutissent ces inventions des victimes cloîtrées de Varsovie, de Picpus et d'ailleurs. Qui osera dire que Rochefort et sa bande ne sont pas les véritables assassins de ces prêtres, ne les ont pas jetés à leurs bourreaux ignobles, n'ont pas suggéré ces cruautés dont les détails ne se rencontrent que dans les Actes des Martyrs.
Pour nous, nous rendons grâce à Dieu et nos|larmes coulent sans troubler notre joie. Â présent nous allons commencer de lire une autre histoire. Nous allons voir, si l'on peut parler ainsi, le dessous divin
PABIS PEJNDANT LA COMMUNE. 409
delà trame infernale. Nous savons ce que l'homme a détruit, nous saurons ce que Dieu à planté.
Môme date.
DU CHOIX DE l'archevêque DE PARIS. UN MOT SUR
LE P. OLLIYAINT.
Au milieu de la douleur et de l'admiration qu'excite la mort de Mgr l'archevêque de Paris, on se préoccupe à bon droit du successeur qui lui sera donné. Nul choix n'est plus important, plus urgent et plus difficile. Paris n'a pas moins besoin d'un archevêque que d'un préfet, et l'archevêque est plus nécessaire encore, même au point de vue politique, si l'on considère l'importance de la mission. Il s'agit de l'instruction religieuse et morale de ce malheureux peuple, où l'ignorance, l'indiflférence et la haine ont préparé et exercé tant de ravages. C'est là qu'il reste de redoutables mèches d'incendie à éteindre, d'effroyables brèches à réparer, d'innombrables édifices à reconstruire.
Tout le diocèse est à organiser. S'il faut ce que l'on appelle un administrateur, il faut encore plus un apôtre. Les pierres à remuer sont celles qui obéissent à la voix de l'apôtre et non pas aux calculs de l'administrateur.
410 PAB» miDiflT hk C0MM!J2IB«
Mais leâ fidèldft^ témoins des immenses besoins do rÉglise de Paris, désirent surtout une réparation pouar les ordres religieux qui ont eu Thonneur de fournir de si nombreuses et si saintes victimes. Aux calomnies infâmes qui ont assassiné les dominicains, les jésuites et les membres de la congrégation des Sacrés-Cœurs, le gouvernement devrait répondre par l'élévation d'un religieux sur le siège de Paris. Ce siège sanglaht n'est-il pas d'ailleurs désigné pour un de ces hommes qui vont au-delà des frontières de la civilisation chercher le martyre?
Si l'on songe aux persécutions qui ont rempli Tépiscopat de Mgr de Quélen, à la mort de Mgr Afifre, à celle de Mgr Sibour, à celle enfin dé Mgr Darboy, on trouvera que le siège de Paris n'a pas été moins meurtrier que celui delà Corée, dans le même espace de temps.
C'est le vœu le plus ardent des fidèles et du clergé de voir un religieux sur le siège de Paris. Nous l'avons entendu exprimer mille fois, et jamais, assurément, circonstance ne fut plus opportune pour rompre enfin l'injurieuse pratique qui écarte de l'épiscopat tant de prètres'éminents, les plus dignes d'en accroître le lustre pour le plus grand bien de lIÉglise et de la patrie.
Le R. P. OUivaint avait été maître des eonférences à l'École normale , et l'un des élèves les plus distingués de cette institution, où il sut non-seulement conserver sa foi , mais la défendre et la répandre. Je
PARIS PENDANT LA COMMUNE. 4il
Tai connu en ce temps-là, dans une petite société de jeunes gens qui s'était formée autour du vénérable M. Edouard Dumont, et dont faisait aussi partie Pierre Hernscheim, juif converti. Celui-ci, peu de temps après, est mort prêtre et frère-prêcheur, laissant une mémoire bénie.
Le i" mai 184S, je rencontrai OUivaint. C'était quelques jours après le vote rendu par la Chambre des députés contre les jésuites, sur les interpellations de M. Thiers, qui, d'accord avec la gauche et pour tuer le temps, s'était amusé à provoquer là persécution. Ollivaint avait l'air joyeux. Je lui demandai où il allait d'un pas si allègre. c( — Aux jésuites, me dit-il. J'hésitais, je n'hésite plus. M. Thiers m'a indiqué mon chemin. C'est par là que la persécution se dirige, c'est là qu'il faut aller. J'entre aujourd'hui. » Maintenant il est arrivé.
Un quart d'heure avant son arrestation, il, se promenait dans le cloître de la rue de Sèvres, disant son bréviaire. Un ami vint le prévenir de la prochaine visite des socialistes. Il répondit avec sa sérénité et son sourire ordinaires : « Je les attends. »
Ils sont venus, ils l'ont emmené, ils lui ont donné la mort , et quelle mort ! Mais assurément, ils n'ont pas un moment réussi à troubler son âme, et tout son cœur leur a pardonné.
Ami, frère, père, priez pour nouB î
4{4 FAR» PENDjmr LA COMMUNE.
portime , Fheure terrible où rien ne passe et où tout casse. M. Hugo surpris yoît son propre pétrole s'enflanmier dans ses mains ; la cruche éclate , le pétroleux vole en l'air. C'est comme à l'entrée dé Rochefort ; on n*entend qu'un cri : « Vieillard stupide ! » Le Toilà soudain carbonisé, pilé, éparpillé.
Véritablement, la Belgique pouvait bien hiî passer la fantaisie de recevoir en son logis quelques assassins. Il n'en aurait pas reçu beaucoup. Il est économe et n'aime pas à nourrir les Thénardier, pouilleux de grand appétit et de détestable odeur, très-enclins à démoraliser les serrures. Mais il a paru trop insolent : la vieille probité brabançonne , dès longtemps indignée, s'est révoltée tout à fait :
Pour être plus qu'un roi, tu te crois quelque chose !
On s'est rassemblé devant sa porte, on a crié : A la porte I On l'a mis à la porte, — et il est à la porte.
Vieillard, va-t'en donner mesure au fossoyeur.
A présent, c'est fini, et c'est bien fait, et il faut laisser M. Hugo cuver cette absinthe qui fait passer l'appétit. Il est sifflé pour toujours. U est de ceux qui demain se réveilleront morts.
Il laissera de beaux morceaux, mais rien d'entier, et quelle biographie ! C'est là qu'on verra bien le petit et périlleux présent que reçoivent de Dieu ceux à qui il donne ce brin de l'arbre de science qu'oîi appelle le génie.
Hélas, vieil Hugo! déplorable citrouille à demi pleine de diamants !
VàBiS PENDANT LA GOBIMUNB. 4lS
Le fils de M. Hugo fsài xme relation dramatique de la nuit du 27 au 28 mai , sur la plaee des Barricades à Bruxelles, où demeurait son père. Il en résulte que les Bruxellois ont cassé les vitres de papa, lequel fut admirable. Mais Fifi, qui battait le Rap* pel communeux dans Paris (par procuration, d'ailleurs), est indigné, et demande justice au genre humain, l'attentat lui semble inouï. Paris cependant a vu des choses plus tragiques, et les Hugo ne cessaient pas de battre le Rappel communeux.
La police a invité le vieux à s'en aller tranquillement. Il a, ma foi, résisté. Alors on lui a fait la grâce de le pousser par les épaules, et il a filé sur Londres.
On persiste tout de même à ne le pas croire courageux au-delà du strict nécessaire. Pour bien établir sa réputation de capitaine Fracasse, il aurait besoin de se faire pendre. Et encore !... Mais tout le monde est convaincu qu'il préfère dégorger ce qui peut lui rester de matière poétique. Jamais il ne pourra assez haïr le bourgeois, qui seul le lit, pour le priver d'une dernière charretée de littérature, prose ou vers. C'est d'ailleurs sa plus sûre vengeance.
Le Sénat belge et la Chambre des représentants se sont occupés de la petite affaire. Le Sénat a approuvé Texpulsion, unanimement. Rarement il marque cet accord. Miracle de la lyre !
Dans la Chambre des représentants, ils ont été cinq pour blâmer le décret évacuateur. On en nomme quatre : Desruisseaux, Demeur, Jottrand, Couvreur. Les voilà immortels. Le cinquième est resté sous le
éléments nomades, rapprendre la vie de famille à ceus qui Vont oubliée, inspirer et encourager l'épargne, aider le prolétaire à faire souche de petits capitalistes, instruire les ignorants, redresser les esprits faux, contenir les malintentionnés, surveiller les cabarets, fermer les clubs.
Somme toute, il faut que la France s'applique, dès demain, à instruire, à /Ixer, à enrichir par le travail et à moraliser les prolétaires des villes. Et tant que ce résultat ne sera pas manifestement acquis, la société doit les soimiettre à une tutelle salutaire : c'est leiu* faute, si nous sommes réduits à nous tenir en garde contre eux.
Bien entendu, tout cela doit se faire sans le concours du bon Dieu. Ni Saint-Esprit^ ni plébiscite^ c'est la devise de M. Hector Pessard, vespertin considérable. Mais, surtout, point de Saint-Esprit!
Dans le même numéro du Soir, pour rafraîchir l'esprit de Tami lecteur, assommé de grande politique et de fumée d'incendie, on trouve la risette suivante, empruntée à la gaieté prussienne :
Tram de plaisir pour le ciel, — La Oermania^ de Berlin, fait un appel aux catholiques bien pensants pour se rendre àRorn^ le i 6 juin, à l'occasion du jubilé du pape. Indulgence plénière ; absolution générale ; le bon Dieu sans confession. Tout sera accordé aux pèlerins. — Prix des billets : 70 thalers en première classe : 40 thalers en seconde. C'est pour rien !
Il est certain que les joies de la civilisation parisienne et libre-penseuse coûtent plus cher. Mais la France est assez riche pour payer la gloire d'avoir créé le Parisien !
Une autre idée de M. Âbout^ moins bonne : c'est qu'il y a danger à laisser diBs of&ciers généraux dans rAs«amblée naiioiiale. A vrai dire, il y a èanger par-
tout et en toot. G'est un danger aussi de laisser dans IfAssemblée nationale' des s^ocats^ des gens de let^ très etideB gens de rien; et TAsBemblée e&ehmèm^ e^ m» danger.
mt. About^eraint qne^ les géméraur ne mancpient àr^ la discipline par une certaine disposition- à blâmer le pouvoir; il a peur que nous^ ne devenions Mexicains. Hélas ! nous devons présentement nous ménager sur le compte ckes autres peuples. Les Mexicains ne pa*^ raîtraient pas, peut-être, trop orgueilleux, s'ils manifestaient la crainte de devenir Français.
Les généraux du triste Mexique, ou sont faits par ie procédé gambettin, ou se font eux-mêmes, par le procédé communeux. Il y en a qui sortent de Tordre des avocats, et d'autres de la horde des journalistes. Ce ne sont pas des raisons qui les recommandent beaucoup. Néanmoins, il faut dire qu'ils n'ont pas mis leur pays aussi bas qu'est le nôtre.
On ne peut pas accuser les généraux français d'avoir perdu la France, moralement du moins. L'on ne peut pas non plus en excuser les avocats, les professeurs et les journalistes, races funestes qui nous gouvernent et nous font des lois depuis quatre-vingts ans. La Révolution a changé la France en un pays de gens de lettres, ce qui est tout autre chose qu'un pays de Cocagne et un pays dé gloire.
Nul ne sait bien pourquoi M. About n'est pas dans l'Assemblée et même dans le ministère. Il s'en juge digne assurément, et ce n'est pas nous qui l'exclurions plus qu'un autre, à moins' que ce ne fût par amusement, vu l'extrême ennui qu'il en a. IF est
plein d'esprit, bon républicain, bon bonapartiste,^ bon conservateur, bon radical de tous les côtés, bon centripète et bon centrifuge, aussi parfait bourgeois que qui que ce soit ; il n'a pas moins de grec que M. Barthélémy Saint-Hilaire, il est énormément plus fin en français.
Avec tout cela, ce n'est pas lui qui sauvera la France. Voilà pourtant ce que nos généraux ont fait plus d'une fois, et il n'y a pas encore longtemps.
!•' juin.
LE MARCHAND DE VENISE ET LE BucentaUVe.
Après deux guerres et deux paix dont Tune s'appelle le naufrage et l'autre l'incendie, nous nous retrouvons dans rheureuse situation d'attente du 4 septembre , en république provisoire , avec le même personnel gouvernant. Il n'y a de moins que le jeune Gambetta et le vieil Arago, il n'y a de plus que M. Tliiers et M. Dufaure. Sauf cela, et sauf deux contributions de guerre à payer et quelques réparations à faire, rien n'est changé. On convient généralement qull faut changer; mais, par malheur, M. Thiers ne veut point de changement et se refuse le repos.
Cependant, il faut bien que nous tâchions de savoir ce que nous deviendrons dans huit jours.
Pour le moment, ni force, ni fortune, ni amis au dehors, ni concorde au dedans, une dette terrible, un créancier inexorable^ et la plus mauvaise réputation du monde, voilà notre situation. C'est celle du marchand de Venise en présence du juif Shylock. Nous devons payer au juif une somme qui n'est plus dans nos coflFres, ou lui abandonner une livre de notre chair.
Ce n'est pas une image. Le juif est là, tenant d'une main la cédule signée Jules Favre, de l'autre, son couteau fraîchement aiguisé. Et point de juge pour dire à Shylock : Prends garde ! Tu couperas juste la livre, rien de plus, rien de moins, ou tu seras pendu. Shylock est maître, il peut couper comme iJ voudra. Moins, il peut s^y reprendre ; plus, il n'est pas tenu de rendre.
Avec quoi payer ?
Point de galion en vue. Rien au large, qu'une carcasse de vieille tartane appelée la République, absolument vide ; à moins de lui compter pour cargaison la peste et les poux. Shylock sourit et affile son couteau.
Cependant, une espérance demeure. Là-bas, làbas, dans une clarté de l'extrême horizon, nous voyons poindre une banderoUe connue. Ce n'est pas un galion ; c'est bien plus, c'est bien mieux : c'est le Bucentaure! C'est la fortune, la paix, la force, l'honneur, c'est le salut de la patrie. Il [attend un signal d'approche. Le donnerons-nous, ce signal? ce
ilS& PÀKIS BEtQAlIT Uà (GCttlMQNE.
^juiestKîertam, c'«6t que aoim te pou vans adonner. Aussitét le noble Biavke «fitee ^au /port, «t tout 69t ipajné.; Shylock s'en va, nos maux Bontfi&k.
Nous ne sommes arrêtés que fxar un fantôme tde- ^fant lequel nous avons pris l'habitude diime Yxk épouvante. Délivrons-nous du fantôme en lui criant xp'il n'existe pas : il s'évanouira. Kous verrons le iBueenkmre passer à travers ce spectre , il coulera la tartane pestiférée, et la vie ^eofin rentrera chez mous. Elle répandra ses abondances parmi nos famine et ses dictâmes sur nos plaies.
Depuis bientôt cent ans, nous formons en France deux peuples subdivisés à Tinfini, entre lesquels la division n'a cessé de s'envenimer. Pour leur donner les noms du moment, l'un de ces peuples est Ver^ $ailk&, l'autre, Paris, Âlbe et Borne se haïssaient moins ! 11 n'y a plus à le cacher ni à se le cacher» Nous le savons comme le reste du monde, le reste du monde le sait aussi bien que nous et s'arr^ange pour en profiter autant que nous y perdons. Encore un peu, les difficultés de la politique européenne se résoudront à nos dépens ; un morceau de la France sera l'appoint de tous les traités. Il n y aura lion, ours, tigre ni chacal en Europe qui n'obtienne, son lambeau de notre chair, le subalpin lui-même prendra sa part. De la France il ne restera que Paris, ville neutre, ville nocturne où l'on viendra de tous les coins de l'univers, mais masqué pour a'étre peint reconnu et pouvoir encore,, au retour, recevoir le baiser d'une épouse et^d'auifils.
PARIS PENIXATiT LA COBCMCNE, 4î23
d'est ce que nos disseosioas préparent à Thème qu'il est, à moins qu'une vigueur de ceux qui n» voudraient pas voir pérk la France ne change la route logique de 89, et ne remonte d'un bond yei» une autre destinée.
La France monarchique et chrétienne, la Franco soldat de Dieu était l'expression d'une idée qui aV .p(Kint péri et d'un besoin du monde qui ne fut jamaû si grand. Cette idée créa la force, procura sa gloûra* En Tabandonnant, elle a dégénéré jusqu'à devenir le scandale du genre humain, et jusqu'à toucher Iqb portes de la mort. C'est l'épouvante de la terre. Quoi ! ce soleil s'éteindrait? Quoi! cette énergie, eiicore nécessaire même lorsqu'^elle devient funeste» serait à jamais endormie ? U y aurait des ténèbres soudaines ; de ces ténèbres s'élèveraient des lamentations et des prières pour demander à Dieu de rendre la France au genre humain.
Que la France donc se relève, qu^elle redevienne elle-même, qu'oD la revoie sur son chemin de gloire, dans la lumière deux fois saine de son bon sens généreux et de sa généreuse épée. La France très-chré* tienne, la France des croisades et des missions, la France qui fut le geste de Dieu ! U y aura une immense admiration dans la famille du Christ, remise tout d'un coup et tout entière sur pied. La France est vivante ! On le criera d'un pôle à l'autre, et tout le vieil édifice de César, si près d'être rebâti, craquera dans ses fondements.
Il ne nous faut qu une tête. Le corps blessé, quasi gisant, guérira, se lèvera, marchera. On vient de voir
ce que c'est que ce corps français^ et si Dieu l'a organisé pour les œuvres maîtresses de la vie ! En somme, voilà un siècle entier qu'on lui tire du sang, qu'on le charge de chaînes, qu^on l'empoisonne d'iniemal venin, qu'on cherche à le dissoudre. Quel autre peuple fut mis à pareille épreuve et eût ainsi résisté? A travers tant de coûteuses victoires avortées dans la défaite; malgré la permanence , depuis quatre-vingts ans^ de cette guerre intestine qui l'a perpétuellement soumis aux dictatures ennemies de sa foi ; malgré la proscription formelle ou latente de l'esprit chrétien, invariablement écarté de ses conseils, ce peuple n'a jamais manqué de soldats, il a toujours fourni en abondance des religieuses et des prêtres, il a toujours rebâti ses églises, on voit toujours la croix sur son front, on retrouve toujours le Christ dans son cœur. Non, non, le Christ ne dit pas que ses Français l'ont abjuré ! Dans Paris embrasé le feu monte au faîte des palais, et il les dévore. Les Tuileries, palais du roi fait par le peuple, l'Hôtel de Ville et les théâtres, palais du peuple-roi, sont en cendres. Devant les églises, spécialement vouées à la destruction, Tincendie prosterné se contente de lécher le mur extérieur. Le Christ est là ! Et pendant que la Révolution massacre elle-même ses soldats ivres, Charette consacre au Sacré *Cœur ses soldats confessés.
Il nous manque un chef, voilà tout. C'est beaucoup, sans doute ! Il nous manque un chef permanent à opposer une fois pour toutes à ces dictatures
permanentes, que fait, défait, refait et nous impose depuis quatre-vingts ans la Révolution. Le chef une fois appelé et installé, mille difficultés tomberont aussitôt, le spectre rouge s'évanouira pour longtemps.
Nous savons ce que doit être ce chef, nous savons qu'il existe, nous savons où le prendre. Dieu nous Ta réservé et nous Ta montré.
Il nous faut un homme qui soit la monarchie indépendante sans être la monarchie absolue ; qui soit au peuple sans être du peuple ; que le peuple reconnaisse et n'ait pas créé; qu'un plébiscite n'ait pas fait et qu'un plébiscite ne puisse pas défaire, car autrement la Révolution continue son œuvre et achève notre destruction.
Il nous faut un homme qui soit la monarchie tempérée, mais non pas la monarchie sujette, telle qu'elle nous est apparue dans la personne de Louis XVI, de Louis XVIII, de Charles X, victimes de la Révolution, et plus encore dans la personne de Louis-Philippe, son fondé de pouvoir temporaire, qu'elle n'a élevé que pour la servir, et pour être ignominieusement chassé.
Il nous faut un homme qui soit la monarchie militaire, car où il n'y a pas d'épée il n'y a plus de France; mais qui ne soit pas la monarchie de camp, de bivouac et de conquête comme Napoléon I", ni la monarchie de caserne et de corps de garde comme Napoléon III, mélange de tout ce que les régimes, l'absolu, le tempéré, le militaire et le révolutionnaire, ont eu de plus mauvais. Je le dis sans
426 PA1U6 JtENDANT LA Oâll3UUMS.
vouloir offenser ni même accuser ce prince : Les barreurs présentes et la suite qu'elles laissent entrevoir l'excusent presque jusqu'à le justifier.
U nous faut un homme qui soit la Républiqite : non pas Robespierre, ni Barras, ni Lamartine, ni rien de ce que nous avons eu sorus ce nom de maUuNir «ou de dérision, mais ce que nous pouvons appeler la république de tout le monde^ parce que ce s^nait le rëgue équilibré de tout droit, la concède civile par le concours régulier du suffrage universel.
Il nous faut enfin un homme qui ne soit ni la force brutale, ni Tintrigue, ni la ruse, ni l'aventure, ni le crime avéré et effronté; mais qui soit au contraire l'éclatant et invulnérable honneur^ et qui nous relève par la majesté de l'honneur.
La France s'est décriée à la face du monde. Elle est devenue comparable à cette prostituée de l'Écriture, sur le seuil de laquelle toute souillure humaîne a passé et qui ne s'est pas refusée aux derniers goujats. Pour la relever, il lui faut ce que la coutume appelle ce un beau mariage. » Dans l'Ecriture, le prophète dit à la prostituée : Parce que je t'aime, j'effacerai ta honte, je t'épouserai et j'aurai de toi des fils. C'est le langage de Dieu à la nature humaine : Sic Deus dilexit mundum.
Eh bien! la France, si elle le veut, a tout cela dans un seul homme, qui seul est tout cela. C'est Henry de Bourbon, fils de France, de la race de saint Louis^ le premier des Français et en même temps le premier gentilhomme du monde.
Nous osons, pour notre compte, "l'opposer et le
préférer à M. Thiers, lecpiel, entouré de M. Picard, de M. Favre et de M. Simon, s'oflFre à régner sur nous, pour continuer ce qui s^est fait à notre profit depuis 1789 et la Bastille prise, jusqu'à 1871 et Paris brûlé sous les yeux des Prussiens par les communeux, • — M. Thiers régnant.
La France a le choix.
Le jour des Rameaux, au retour de la procession, le célébrant frappe à la porte de l'église avec le bâton de la croix. Il dit au peuple : « Princes, ouvrez vos portes, et le roi de gloire entrera! » Ainsi, d'une certaine manière, Henry de Bourbon, sans se méconnaître et sans s'imposer, frappe aux portes de la France qui a besoin de lui : — Je n'ai pas le moyen et je n'aurais pas la volonté de forcer vos portes; mais je suis là. Ouvrez et j'entrerai*
On peut ouvrir, on peut fermer. Le roi entrera avec la paix et la gloire, ou s'en ira, emportant la gloire et la paix.
Et alors nous gardons M. Thiers entouré de M. Picard, attendant que quelqu'autre s'élève de n'importe quel lieu.
Et alors on entendra encore une fois ce terrible cri des anges qui n'avaient exécuté les vengeances de la justice que pour frayer le chemin aux miséricordes, et qui voient que les miséricordes seront refusées : Curavimus Babylonem , et non est jsanata. Derelin-quamus eami...
428 PARIS E^DAYT LA COXMONE.
2 juin.
TESTAMENT d'uJC JUSTE.
On a bien voulu nous communiquer quelques feuillets trouvés à la Roquette, dans la cellule de M. Tabbé Bécourl^ curé de Bonne-Nouvelle. Ce sont ses dernières pensées et ses adieux. Les bourreaux^ qu'il attend de minute en minute^ ne paraissant pas, il se hâte d'ajouter un nom qui pourra toucher ou même servir quelqu'un. A ces souvenirs, il mêle des recommandations brèves, quelques avis, des expressions de son amour pour Dieu. Ce sont les pulsations de l'agonie d'un juste doux et aimant, sévère à luimême, plein de foi, craignant Dieu. Au moment de paraître devant le Juge étemel, il s'examine d'un regard inquiet, mais néanmoins confiant. II va à la justice, mais aussi à la miséricorde. Cor contritum et humiliatum non despicies.
Nous nous permettrons de donner quelques extraits de ce testament soudain, écrit sous le couteau. Dans sa simplicité et son désordre, il vaut la plus haute méditation sur la mort. On ne l'estimera pas moins comme peinture vivante d'une âme chrétienne et sacerdotale. Nous l'indiquons à tant d'hommes qui, avec plus ou moins de science et de conscience, se
font les adversaires, nous ne voulons pas dire les diflFamateurs, du clergé.
Voilà un pauvre prêtre que Ton va tuer. Il n'a rien à attendre des hommes qu'une mort cruelle et immédiate. Il n'espère du monde aucun secours, son humble mémoire n'a besoin d'aucune réparation. Désormais son unique affaire est avec Dieu. Il se confesse à Dieu. L'on ne peut imaginer des conditions de sincérité plus entières.
Il a vécu cinquante- sept ans, il a été curé, il a gouverné en dernier lieu une grosse paroisse. Voyez de quoi il s'est mêlé dans le monde, ce qu'il a fait, ce qui l^inquiète au dernier moment, de quelle façon il reçoit cette cruelle et injuste mort. Il nomme tous ceux qu'il a connus pour les embrasser une dernière fois; pas une parole, pas un mouvement de son cœur contre personne ! Il tombe assassiné comme s'il mourait par accident et ne songe à ceux qui le précipitent que pour leur pardonner.
Voilà le prêtre.