LA SIATUE DE VOLTAIRE
Le Siècle raconte pieusement les disgrâces de son Voltaire <( beaucoup éprouvé par les projectiles, » La rédaction est solennellement drôle.
Un boulet pleia, dirigé sans doute contre la barricade postée à 800 mètres environ de la statue, l'a frappée à la hauteur des bras et la traversée de part en part. Uii éclat d'obus a ray<' le bras du fauteuil sur lequel est assis le piUriarche de Femey, Le piédestal, lui aussi, a souffert. On a$sure que les dégâts occasionnés par la canonnade pourront être réparés, et qu'à l'aide de ciment on pourra boucher les trous de façon à rendra son aspect primitif à ce monument.
Le Siècle se chargera probablement de réparer les dommages qu* il signale. C'est lui qui a monté le « monument, » c'est à lui de le tenir en bon état. La République ne manque pas d'autres trous à boucher.
Du reste, en raison de l'origine de la statue et des circonstances mémorables qui ont suivi son érection, nous croyons qu'il serait à propos d'enlever ce zinc estropié^ et de procéder à son enterrement civil dans le prochain égout.
Pour la statue de Voltaire, Joseph de Maistre voulait la main du bourreau. Il ne s'en est pas fallu de tant ! On y a vu celle du prince des cacographes assisté de plusieurs milliers d'imbéciles, et tous ont eu fortement sur les doigts et ailleurs. Quelles patoches, quelles taloches, quels coups de fouet tombant partout !
Certes, la ville de Paris n'oubliera pas ses noces avec Voltaire, le festin de cheval, le concert d'artillerie, l'entrée des parents de Prusse, la ronde belle viJloise, le bouquet versaillais, la carte à payer ! . . .
Puisque enfin la triste épousée a pu chanter le couplet final : Allez-vous-en^ gens de la noce ! ce serait le moment d'appeler le balayeur et de lui confier les restes du Voltaire cassé. Voilà^ selon, nous, où l'on pourrait employer le bourreau, par manière de distinction et pour rendre un dernier hommage à celui que le Siècle nomme toujours ^ le patriarche de Ferney. » Le bourreau vient cpielquefois place de la Roquette, e'est dans le quartier. A son retour, il prendrait cela, et il ferait ce qui convient.
Telle est hotre idée, à nous. Ce n'est pas que nous
y tenions, et l'idée du Siècle^ qui consiste à boucher les trous, peut se trouver meilleure. En somme, Voltaire commence maintenant à prendre j^a beautés H devient sérieux, et il sied dans Paris, non moius<qil43 les demoiselles Carpeaux. Les demoiselles Carpeaux font voir si nous savions danser, le Voltaire -Havia, que Ton peut nommer aussi le Voltaire-Napoléon, fait voir si nous savions rire. Il n'est pas seulement monument, il est document, « pièce à conviction, * disent les gens de justice.
CGIIl
9 juin,