‹ Paris pendant les deux siéges (volume 2)Chapitre 67 sur 77 · M. THIERS EST POUR M. TBIBRS · texte numérisé non relu

M. THIERS EST POUR M. TBIBRS

M. Thiers a prononcé un grand diacours en faveur de la République, et l'Assemblée ^ fait un graad pas vers lé rétablissement de la mouarchio. }1 pamt assez que c'était convenu* L'on doit ^marcher ains^ jusqu'à un certain point que tout. le m^nde doit igno<rer, les mains dans les poches^ l'ceil et l'oreille aux aguets. On votera de« lois Burrcacl.et aur cela; des lois à tuer le temps ^ et, s'il le fauf:, le/bon sens, Les lois ne se faisant pas avec les miins^ maU se fca^ppant par assis et levé, il est entendu que les mai^s ae sor<tiront des pocbes que pour ae donner jotes étreintes cordiales. Seulement un JQur^ ily,aiuMida$ jpainsqui

ne voudront pas lâcher. — Pris ! On cri<era Viv€ quelque chose, et ce sera fait.

Qu'est-ce qui sera acclamé î Qu'est-ce qui vivra? D'après M. Thiers, si Ton était sage, bien sage, trèssage, ce serait la République. Mais M. Thiers n'a pas l'air d'y compter beaucoup, vci Tesprit républicain, et il laisse voir percer une disposition à se contenter de la (( monarchie constitutionnelle, » qui lui semblo peut-être a la meilleure des républiques. ^ Alors,, pourquoi n'y entrons-nous pas tout de suite ? Ah ! c'est que nous avons encore besoin de la dictature du 4 septembre, transformée en gouvernement de la réorganisation nationale. Les hommes du 4 septembre ont si bien désorganisé, qu'ils sont évidemment les plus capables de réorganiser.

Si quelcpi'un se demande pourquoi ie-gouvetnement enlève, empontonne et transporte outre-mer les ouvriers de la Commune, au lieu de les employer à rebâtir Paris, c'est que, par extraordinaire, ces incendiaires ne sont point parfaits maçons.

Pour démontrer la nécessité du provisoire, M. Thiers allègue (pie, les passions n'étant point encore calmées, il faut éviter de leur donner des <k émotions nouvelles, » et qu'il importe âe faire « renaître le travail. » Peut-être qu'un meilleur moyen de calmer les passions serait -die leur-Ater reepoir d'une reprise; peut-être qu on arriverait plus vite à ranimer le travail en- faisant comprendre è ceux des ouvriers qui ne veulent pas travailler, que le travail est désormais la seule manière de se procurer du paiii. Mais personne n'en a fait l'observation. Il étaiteori-

venu que M. Thiers ne dirait rien que d'irréfutable. Le chef du pouvoir exécutif avait mis à cette condition, sa neutralité entre la république et la monarchie.

En effet, son discours est neutre. Il a été applaudi à droite, à gauche et au centre. On le regarde compie une merveille d'équilibre. Va pour merveille d'équilibre ! Véritablement, cela vous laisse l'impression d'une séance do Léotard*. Le mérite est moindre à l'âge de M. Thiers. Entre 70 et 78 ans, pour les hommes d'État, c'est le moment de la grande agilité et de la légèreté suprême : aucun fardeau de principes ne les surcharge plus, ils font les serments en perfection, ils ont l'œil tendre, la peau dure, le cœur sec, et ils sont tout à leur affaire.

Pour dire que c'est haut, lumineux, nourrissant, auguste, non ! A se représenter la situation> et ces combats, et ces-crimes, etces ruines, et cesi deux ennemis présents encore» l'ennemi étranger si cruellementvainqueur, l'ennemi intérieur si douloureusement et si mal vaincu, à regarder le noir avenir où tant de sphinx nous attendent, on souhaiterait mieux. Le bon plancher, les bons câbles, les bous fanaux des principes, rassureraient plus que ces ficelles. Mais ce n'est pas la manière de notre temps.

Enfin, l'élection des priaces est validée, la loi d'exil est abolie, et Bourbon rentre en France. Par ce vote l'Assemblée reconnaît que le suffrage universel est au-dessus de la République et au-dessus de lui-même. C'est un grand pas, 11 eût mérité d'être fait carrément.

PARIS PENDANT LA COMMUNE. ïb\

M . Thiers a stipulé (en couloirs) que les princes ne franchiraient pas le seuil de l'Assemblée. On pouvait lui accorder cette satisfaction; c'est assez qu'ils soient aux aleùtours, et que la France puisse avoir une tête. Alors il ne faudra plus qu'un mouvement républicain et M. Thiers verra remplir son attente : la République sera fondée.

La République , c'est un homme , un honnête homme, agréé des honnêtes gens : et cet homme est parmi nous.

La fierté républicaine de M. Thiers donne à entendre qu'il n'acceptera jamais «et homme pour maître. La France comprend autrement la situation : c'est précisément pour n'avoir plus de maître que la France appelle cet homme, ce roi.

12 juin.

PROJETS POLR l'établissement DE M. JULES FAVRE.

Naguère M. Picard s'était laissé couler dans la Banque de France , à la place de tant de millions qu'il en a fait sortir ; mais il fut trouvé trop gros et trop lourd, si bien que le conseil a dit non, non, et non ! et l'a fait rebondir dehors, et relancé jusque dans les Réservoirs.

Voilà que M. Jules Favre, peu touché de cet exem-

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pie, ose bien, dit-on^ sofBger à s'offrir la présidence de la Cour de cassation. Il y remplacerait M. Devienne^ lequel serait prié de se démettre, pour cause de eeriiaiois petits papiers trouvés aux Tuileries et publiés par les soins^ du gouvernement de M. Jules Favre^ dans le temps que M* Jules Favre disait : Ni une pierre de nos forteresses^ ni un pouce de notre territùire.

Mais comme M. Jules Favre, assisté des hommes de grande valeur qu'il avait lui-même choisis, a cédé beaucoup plus que la pierre et beaucoup plus que le ponce, sans parler du reste, l'opinion estime généra^ lement qu'il n'y a pas lieu de le récompenser par la première magistrature du pays, «c II a gâté assez de choses déjà, dit-on; ne lui donnons pas à gâter encore la magistrature et la justice plus cyniquement que personne ne l'a su faire jusqu'ici. »

Nous ignorons si M. le président Devienne s'estime jugé par les papiers en question, et s'il entend se démettre de sa charge. C'est à quoi nous ne l'engagerions pas. Il aurait un autre service à rendre, vu le successeur qui lui semble destiné. Mais^ laissant de côté ce cas encore obscur, nous disons que la Cour de cassation aurait elle-même des mesures à prendre si le Jom'ïtùl officiel venait un beau matin lui apprendrêf ^^elle a M. Favre pour présidait». Son honneur 1 Vbii^erait à suivre l'exemple que vi*nt de donner l6< cdttô^il à» la Banque. Les booraes de justiee ne i^eWtmA pad êtrte moiu» serupuletûc que les hcmmaies d'argent.

Lo ré^âtancc^ de la Cour de (SassiotkMè serait d'au-

tant plus indispensable qu'il ne s^agit pas exclusivement de politique. Il y a aussi des petits papiers sur M. Jules Favre : les petits papiers de feu Millière.

Minière a été fusillé subitement^ et, d'apxès Rochefort, il n'était pas, en matière privée, la fleur de la probité humaine. Roehefort, qui l'a eu pour caissier, l'accusait d'avoir volé sa caisse. Ds disent tous les uns des autres, avec beaucoup d'assurance, quelque chose comme cela. Millière lui-même soutenait que Roehefort était son propre voleur^ Quoi qu'il en soit, les papiers de Millière subsistent. Apre» les avoir publiés, il est devenu député, collègue de M. Jules Favre, avec qui il avait traité jadis pour leurs communs intérêts. 11 n'a point désavoué sa publication, tout au contraire, et M. Jules Favre n'y a répondu que par de beaux dédains, très-inâufBsants.

Rencontre bizarre I A cette occasion, Roehefort, alors sorti du gouvernement et redevenu simple lanternier, protesta violemment contre l'indiscrétion de Millière» En face des terribles petits papiers, il se donna les gants de prodiguer à M. Jules Favre les témoignages de son estime privée la plus sentie. Mais l'estime privée de Roehefort, non plus que les beaux dédains de M. Jules Favre, ne saurait prévaloir contre des papiers authentiques , et les papiers de feu Millière sont toujours là. Or, ils imputent à M. Jules Favre des délits de droit commim.

Nous admirons bien, en un sens, que M. Jules Favre se puisse connaître assez de force d'âme pour braver le tapage que feraient ces papiers mal endormis, réveillés tout à fait par son élévation à la pre-

U]i FAKIS PE^DA^T LA C031MliNE.

mière présidence de notre première cour de justice. Nous avons vu des pétroleuses, traversant Versailles, ijui montraient cette vertu. Elles levaient la tête et accablaient de hautains sourires les vils réactionnaires qui les regardaient monter à Satory . On leur pardonnait cette arrogance, parce que sur les hauteurs de Satory elles allaient respirer un air austère, et parce qu'elles avaient les mains liées. Néanmoins, rindignation était dans la foule, quelques témoignages en éclataient par-ci par-là. Nous croyons que rindignation aurait été bruyante et unanime s'il s'était agi de faire asseoir ces dames sur un tribunal où elles auraient jugé le reste des mortels.

Il n'y a pas d'impudence qui tienne : on ne peut so faire à l'idée de voir l'homme de Millière présidant la Cour de cassation, toutes chambres réunies!

Cachez- vous donc, disparaissez donc, ayez donc une fois pitié de la pauvre conscience humaine !

Que voulez-vous que devienne un malheureux peuple condamné à voir de tels scandales ? On finira par trouver qu'en effet tout cela doit être lavé au pétrole.

FARÏS PENDANT lA COMMUNE. 465

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