‹ Paris pendant les deux siéges (volume 2)Chapitre 75 sur 77 · COMPLÉMENT DES ANNÉES DE PIERRE. LE PAPE ET LE ROI · texte numérisé non relu

COMPLÉMENT DES ANNÉES DE PIERRE. LE PAPE ET LE ROI

Voilà que Pie IX a rempli les années, les mois et les jours de Pierre, et double glorieusement, toutes voiles dehors, à travers tous les orages, ce cap de la durée, que la barque éternelle n'avait jamais franchi. Dieu nous fait bonne mesure de grâce et de miracle. Certes, nous avons de justes sujets d'alarmes; mais il semble que nous n'espérons pas autant que Dieu lui-même nous y engage. Dieu pose sous nos yeux quelque chose de plus grand que tout ce qu'il laisse crouler.

Aux négations universelles du siècle révolutionnaire, l'Église, par la grâce de Dieu, a opposé l'acte de foi le plus grand, le plus absolu, je dirais volontiers le plus audacieux qui ait été fait parmi les hommes. Depuis le Tu es Christu^ de Pierre, rien de si haut n'a été dit sur la divinité du Christ que le Tu es Petrus du Vatican* Par cette alfirmation triomphante de la foi, toute négation contraire est abolie. Les rois, les républiques, les peuples, les césars et les

soudards peuvent dire ce qu'ils voudront ; les volcans peuvent s'ouvrir, les laves peuvent couler: c*est la parole de foi qui prévaudra dans le genre humain. Quoi qu'il arrive, la montagne d'erreur obéira à la parole de foi ; elle se déplacera d'elle-même et se jettera dans la mer. Jésus est le Christ fils de Dieu, et Pierre est le vicaire du Christ. Le vicaire du Christ demeure et demeurera le vainqueur et le roi du' monde.

A cette parole une autre a répondu des entrailles et des hauteurs du monde; une parole royale, un Amen retentissant. U y a dans le monde un prince selon le cœur de Dieu, et ce prince, s'unissant à la foi de l'Église, a confessé la royauté suprême du vicaire du Christ.

Il existe donc un Pape et un Roi. Ce sont les deux mains dont Dieu se sert pour régir, gouverner et au besoin refaire le monde, et ces deux mains sont d'accord. C'est tout ce qu'il faut pour que l'ordre soit rétabli dans la société humaine.

Sans doute, il y a des difficultés. Il y a M. de Bismark, il y a M. Thiers, il y a M. de La BédoUière, que je n'inscris pas ici pour rire. On sait que j'ai toujours compté M. de La BédoUière pour beaucoup. M. de La BédoUière est la langue de l'esprit d'Havin. Il est la grosse difficulté. Il est la pièce sans laquelle M. de Bismark et M. Thiers pèseraient fort peu et ne poseraient sur rien.

Mais il y a aussi l'Internationale, qui arrangera cette difficulté-là. L'Internationale dissoudra M. de La BédoUière.

Il importe fort peu que le roi soit aujourd'hui sans couronne et sans épée, comme le Pape est sans territoire. Aujourd'hui comme toujours la force véritable est dans le droit qui reconnaît et confesse le principe. Le besoin de vivre fera le reste.

Il n'y a pas de société révoltée à qui le besoin de vivre ne fasse accepter un chef, et nous le savons tous très-bien.

Et le chef qui se fera longtemps obéir sera celui qui voudra et saura lui-même obéir à Dieu. Vir obe^ (liens loquetur victoriam. Voilà le secret de la royauté. La royauté Tavait perdu ; Henry de Bourbon le retrouvera et le réapprendra au monde.

28 août.

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