‹ Paris pendant les deux siéges (volume 2)Chapitre 74 sur 77 · LES INCENDIES · texte numérisé non relu

LES INCENDIES

L'incendie du palais archiépiscopal de Bourges épouvante les honnêtes gens plus qu'il ne les étonne. Ils s'attendaient à quelque chose, il y a déjà longtemps. A Bourges, on dit : Ce n'est pas tout! comme à Paris on dit : Ce n' est pas fini ! Partout, en France, court et s'obstine un pressentiment qui fera .les affaires de la terreur et qui est déjà la terreur. La société menacée sent qu'elle n'est pas protégée , qu'elle ne sera pas défendue. Elle ne sait plus où sont ses forces, si elle a encore des forces. En tout cas, elle est coupée, tournée, sans tête et sans mot d'ordre, en présence d'un ennemi qui manœuvre avec assurance, qui est sourd à la raison comme à la pitié, et qui ne peut pas même se trahir.

Le pays se demande ce que fait l'Assemblée. L'Assemblée se demande ce que fera M. Thiers. Elle vote que M. Thiers a toute sa confiance. Elle voudr^t bien en être sûre ; mais elle le vote préalablement. Cependant M. Thiers s'occupe de reposer les balustrades de la place de la Concorde, rêve de recomposer la fortification de Paris, qui a déjà si bien réussi deux fois, et fait des .tours de son II. 33

métier pour trouver une solution de la question romaine, qui contente à la fois les évêques et M. Ganibetta. Bon pour-M. Thiers. Mais que penser de cette Assemblée souveraine qui regarde, qui s'eflFare secrètement, et qui laisse néanmoins le ronge-maille révolutionnaire couper ainsi tous les jours un peu le filet dans lequel la bête féroce, ivre de carnage, s'est par fortune laissée choir ? Encore quelques coups de dents et ce sera fait ; le filet, s'ouvrant et se renversant, retombera sur la société captive.

Quelle ironie que l'histoire de toute cette année de catastrophes, dont chaque page, chaque ligne, chaque mot, est un plus amer et plus mortel affront ! Que de Sedans politiques après le Sedan militaire ! Que de capitulations de tous genres devant toute espèce d'ennemis ! Ils ont tant crié contre les hontes du dernier régime ! Ils n'auront pas eu besoin de dixhuit mois pour dépasser de beaucoup tout ce qu'il a pu accumuler de rare et de funeste en dix-huit ans. Ils ont creusé d'autres abîmes, ilsy ont versé d'autres fanges. Des impérities et des fourberies plus basses nous engagent sur un plan de décadence plus à pic et plus inexorable à remonter.

Se peut-il que personne n'y songe, ou ne s'en indigoe, ne fasse au moins un effort, ne jette au moiosuncri? Il semble que ce serait un soulagement si une voix seulement s'élevait dans cette assemblée souveraine, et faisait remarquer, pour le simple honneur de la bonne foi, sans autre utilité et sans autre espérance, que les Chambres de l'Empire ne furent pas aussi muettes, auf^si serviles, aussi adulatrices

PARIS PENDANT LA COMMUNE. SiS

envers Napoléon III qu'on Test aujourd'hui devant M. Thiers, et n'abandonnèrent pas aussi perse véramment la cause de la société !

24 août.

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