‹ Paris pendant les deux siéges (volume 2)Chapitre 9 sur 77 · II · texte numérisé non relu

II

M PARIS PENDAKF LE SIÉÛK.

C'est un prince protestant, et prtrtestant <Je Beriia ; la différence est considérable. Il est, em outre, pontifS» suivant Tordre de Luther, suivant Tordre de Frédéric le Grand, et suivant son ordre à lui-même. Si Ton Teut qu'il soit néanmoins chrétien, ces appendioets expliquent pourquoi il fait une guerre païenne; et quiconque est chrétien à sa façon n'a aucun droit de Taccuser, cette sorte de Christianisme ne permettant pas moins. Certainement Voltaire, le cher Voltaire du Siècle^ chrétien aussi , s'il était témoin des hauta faits dii roi Guillaume, n'y trouverait pas plus à reprendre que dans les hauts faits du roi Frédéric. II dirait, comme l'aimable aragouin Meillct : « Je ne vois pas là de quoi fouetter un Veuillot. » Le roi de Prusse est en pleine jouissance de Targument du joli Cadet de Mottu : a Veuillot me blâme, donc je suis dans la voie de l'honneur. »

Puisqu'on ne peut pas appeler le roi de Prusse un prince chrétit^n, il n'y a nul moyen de le comparer à Charlemagoe. Au sens de Tesprit comme au sens de l'épée, la taille manque, et ce n'est plus du tout la même conception de l'empire. Le «Sie^rfc exprime trèsbien cette pensée en parlant de guerre païenne pour rétablir Tempire païen.

Le magnanime Charlemagne, préparé par le grand pape Adrien 1", sacré par le grand pape Léon III, est Tœuvre politique de la sainte Église romaine. Elle le tira du chaos barbare et le pétrit de sesmains, comme Dieu avait pétri Adam du limon de la terre. Assurément les vues de TÉgliso romaine furent tout autres que celles de M. de Bismark, facteur de

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l'empereur prussien ! Éclairé de la himière aposto* lique, le nouvel empire devait maintenir la paix^ c'esfc-à-dire le droit et la justice dans le peuple de Jésus-Christ. C'était le saint empire. Aus natimisconquises, Charlemagne n'envoyait pas des proeottsuis, mais des évêques , pour défendre^, comme U le disait lui-même^ leur droit et leur liberté. Los AUe^ mands et d^autres, les profonds politiques du Tim8S{y par exemple,' peuvent dire que 1 empire prussiea est saitit. Mais il ne suffit pas qu'ils le disent^

Napoléon aussi se targua d'èbre Charlemagne. L'on trouve aujourd'hui qu'il ressembla davantage à i'es^ pèce relativement médio<îre des despotes et des avetbturiers, généralement employés comme iléaus:. Sa place diminuera dans l'histoire quand le jour renaîtra, et ce César de soudards pourra n'être qu'uit Tamerlan. Il avait du génie, ou plutôt un génie. Souvent le génie humain n'est qu'un ange déchu, condamné à voyager en ce monde sur quelque bète lourde et rétive. Voje^ M. Hugo. II est plein do génie. De l'homme d^ génie, du conquérant de génie, du législateur de génie à l'homme vraiment supérieur, de Napoléon Bonaparte à Charlemagne, pasteur de peuples et fondateur d'empire, il y a toute la distance du châtiment à la miséricorde, de la semence de mort à la semence de vie.

Napoléon, ambitieux du nom de Chariemagae, a pu se rouler un moment dans la robe du grand empereur, il n'a pu la i)orter. Elle s'est affaissée sur lui» On l'a ramassé là-dessous brisé, on la jeté sur un bateau et expédié à Sainte-Hélène. La vaste pri-

son des mers lui a été donnée plus peut-être à cause de la folie du monde el de la faiblesse de ses ennemis, qu'à cause de sa véritable valeur. 11 se comparait mieux lorsqu'il disait : Je suis la Révolution!

Entre la Révolution et Charlemagne, il n'y a pas plus de comparaison qu'entre M. de^ Bismark et le pape Léon III. La Révolution avait pour but d'anéan^ tir le reste du saint empire romain, afin d'anéantir le reste du Christianisme^ Elle a eu providentiellement pour objet, elle aura pour eflFet d'anéantir le vieil esprit césarien et anticatholique qui avait ressaisi les rois de l'Europe au mépris de leur institution sacrée. La Révolution a donc renversé les trônes : elle y voyait encore la croix, qui n'était plus qu'une image, elle n'y voyait pas son propre esprit, qui faisait leur faiblesse et qui eût irrémédiablement assuré sa victoire. Et comme, après les avoir renversés, elle les relevait obstinément pour s'y asseoir elle-même et les gâter davantage encore , elle a été condamnée à les livrer au feu. Il n'y a plus autre chose à faire de ces meubles pestiférés. Mais le feu qui doit consumer les trônes doit consumer aussi la Révolution, sinon il consumera le monde.

Si la longue miséricorde de Dieu n'est pas épuisée, si les temps de l'Antéchrist ne sont pas venus, le monde abjurera la tyrannie et la séduction révolutionnaires comme il a abjuré la tyrannie et la séduction royales. Ni César, ni Brutus, mais le Christ !

Alors, ce qui sortira intact de la poussière des siècles et dif brasiaif moderne , ce qui se retrouvera

parmi les débris de trônes, d'échafauds et de peuplée enfouis sous des montagnes d'obus et d'armes scientifiques brisées , ce sera l'idée de la sainte Église et de son fils et serviteur Charlemagne, le règne du Christ et du peuple chrétien.

La démocratie baptisée, la sainte démocratie, sera sans doute une création nouvelle, mais elle ressemblera beaucoup plus au saint\ empire qu'à l'empire païen et qu'à l'empire révolutionnaire, lesquels sont, au fond, le même empire et le nlême fléau. L'un et l'autre sortent de la même source empoisonnée, du cœur arrogant , cruel et bas de l'homme qui se croit Dieu.

Le Siècle ne fait nullement un paradoxe lorsqu'il dit que a de toutes les nations du continent européen la France est celle qui représente le mieux le principe opposé au césarisme. » Rien n'est plus vrai ; mais ce n'est pas parce que la Révolution française a a formulé les Droits de l'homme et du citoyen. » Cette formule n'est, comme la Révolution elle-même, qu'un médiocre plagiat de la formule bien plus ample donnée trois siècles auparavant par la révolution allemande, la vraie Révolution. Or ni en Allemagne, ni en France , ces fameuses formules n'ont empêché la renaissance triomphante du césarisme, le rétablissement de l'empire païen. Elles en ont , au contraire, relevé la base et fourni Tunique agent, qui est la' , doctrine impie de la divinisation de Thomme par luimême.

Uempire païen! Comment par ce seul mot le Siècle n'est-il pas averti de son erreur sur la véritable

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ressource de la France contre César, c'est-à-dire <rontre Thomme se faisant Dieu ?

£ar c'est là le césarisme et César. En César Thomme se crée Dieu, et il fait César afin de se voir Dieu et de s'adorer lui-même dans un homme. Ainsi il s'avilit, il se tue, iiaais il cooteirte son ingratitude et son insolence en se séparant du vrai Dieu qui s* est fait homme pour le relever et le sauver.

La France est la nation la plus rebelle au césarisme, parce qu'elle est, malgré ses défaillances, la nation la plus fidèle ou la moins infidèle à Jésus- Christ, Dieu fait homme.

C'est la nation abondante en généreux ouvriers de la pensée, la nation au olair esprit, au clair langage, en qui toute théorie devient une épée, et toute épée, <ju'on nous pardonne le mot, une aiguille, et qui {^applique à coudre aussitôt qu'elle a tranché. La France se coud ell«-même à la conception qu'elle a reçue et veut y coudre le monde , moins pour s'en faire un avantage ou une gloire que pour en procurer le bienfait. Ainsi elle s'est cousue à la conception révolutionnaire qui Ta trompée, et elle y a voulu coudre l'humanité. Dans l'impiété de la France, on ne découvre pas l'imbécile athéisme allemand, mais plutôt un certain christianisme à rebours. Sa folie, encore généreuse , rêve de refaire le (!)hrist lorsqu'elle veut le chasser. Elle ne dit pas comme l'Allemagne : Empire et domination! Elle dit : Liberté, égalité, fraternité ! Elle pousse l'ardnur de son rêve jusqu'à cesser de dire : Patrie et gloire, pour dire : Humanité ! Lorsqu'elle saura de nouveau que Jésus-

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Christ est la virai Boa et le vrai sons deoefinobleB pa* 7oles, le son et le sens à la ftfis divin ei; humain ; Iskirs^pL'eile aura réappris oe mystère qui lui fut -oonnu^ alors elle se connaîtra eJcle>-méaie et le monde la connaîtra, car «elle ne voudra plus d'affaires ni de repos qui la détournent de renseigner au monde.

La France est la nation qui a le plus aimé^ et à cause de cet ancien amour demeuré au fond de ses *veifïes, elle est celle qui versera son parfum et ses larrmes sur les pieds du Sauveur. Elle voudra mériter ie beaucoup comprendre et d'aimer beaucoup. Oh! quand éclatera le repentir de l<a France, quand cou- ■kront les larmes de la France, quand se lèvera celte nouvelle aurore à l'horizon du genre humain ! — Me voici, c'est msoL, je suis la France, et j'aononce le -Christ, roi du monde.

La tronçofu d'épée que nous tonodifô à la main, s'il n'est qu'un reste de lépée de Napoléon, ou de l'immonde coutelas révolutioamaire, ou du sabre qui a découpé la Bastille comme un fruit creux déjà rongé des vers, rentrera promptement dans le fourreau et nous laissera' gisants sur les stériles paperasses de 89. S'il devient la belle vieille et sainte épée de Clovis, il est en effet l'espoir, l'unique, mais triomphant espoir de la liberté du monde.

Contre l'empire païen, il n'y a qu'une arme victorieuse, l'épée daxétienne aux mains d'un peuple chrétien. César n'aura de vainqueur que Jésus- Christ.

Or, cherchez dans le monde ce qui demeure encore d'un peuple chrétien : c*est là France. Et si vôusre-

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gardez la France qui se lève, qui se bat, qui meurt, qui veut résister jusqu'à la dernière goutte de sang et donner encore cette goutte dernière, et en quelles mains enfin est surtout Tépée de la France : les noms et les nationalités sont connus, nommez-les, et voyez à quel rang il faut mettre ceux pour qui cette guerre n'est pas seulement la guerre nationale, mais la croisade et la guerre sainte.

Quel que soit le sort des armes, il y a un point d'assuré, c'est que ceux-ci ne céderont pas, ne céderont jamais, n'obéiront jamais à César, et moins qu'à tout autre au César étranger. En France, le patriotisme invincible, et, nous l'osons dire, éternel, est catholique. Nous ne pouvons céder à César païen ou hérétique, sans perdre comme vous l'honneur, et, de plus que vous, nos âmes.

La cause catholique est celle qui ne meurt jamais, parce qu'elle est celle pour laquelle il faUt mourir toujours : et c'est pourquoi César est vaincu.

28 décembre.

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