‹ Paris pendant les deux siéges (volume 2)Chapitre 8 sur 77 · UN ARTICLE DU SIÈCLE SUR CÉSAR · texte numérisé non relu

UN ARTICLE DU SIÈCLE SUR CÉSAR

A propos de Noël, le Siècle^ césarien déterminé^ dit d'excellentes paroles contre le césarisme. Entre autres choses, il le nomme par son vrai nom. Il l'appelle païen. Dans cette bouche, le mot est d'or. Nous recueillons T article du iSi^cfe comme un de ces témoignages de rame et de la raison a naturellement chrétiennes » que Tertullien tirait des adversaires, mêmes de, Jésus-Christ :

L'Europe regarde avec surprise, et pour ainsi dire sans y croire> cette guerre païenne commandée par un prince qui se

vante d'être un chrétien fervent; elle n'en comprendra la terrible réalité que le jour où elle y sera elle-même en proie.

La guerre que la Prusse fait en ce moment à la France est ime guerre païenne, non-seulement dans ses effets^ mais encore dans son origine. Lïdée césarienne n'a jamais disparu d'ime façon complète de l'horizon moderne; elle a ses retours périodiques qui couvrent le monde de ruines et de désastres. Le fantôme du césarisme n'a pas cessé de planer sur nous : la religion chrétienne n'a pas eu la puissance de l'exorciser. Le rêve constant des barbares qui renversaient l'empire était de le rétablir. Charlemagne, qui parut un instant avoir réalisé ce rêve^ créa un idéal de domination générale^ une illusion d'empire universel, que toutes les leçons (les siècles et tous les mécomptes de l'histoire n'ont pu parvenir à user.

L'idée césarienne, après avoir rempli le moyen âge tout entier de guerres, de troubles, de désordres de tous les genres, finit par se dissimuler sous la pourpre honorifique des Césars de Vienne, mais elle ne disparut pas. L'idéal de Charlemagne s'incarna de nouveau dans un honune, le lendemain même de la révolution française, qui semblait destinée à en finir à tout jamais avec les vieilles idées, et à briser définitivement les moules des vieilles institutions.

Napoléon I®' bouleversa l'Europe pour reconstruire l'empire de Charlenjagne. Qui put se croire plus près que lui de réussir? Il avait le génie du fondateur d'emph^es et le génie du destructeur d'empires, il était à la fois législateur et capitaine; il échoua cependant devant la résistance de l'Europe, et surtout devant la résistance de l'Allemagne. Guillamne de Prusse, conseillé par M. de Bismark, veut recommencer l'épreuve de Napoléon I®'. C'est le progrès qu'il offre à la civilisation européenne au dix-neuvième siècle. L'Allemagne, abusée par la décevante fascination de la suprématie césarienne, approuve et suit Guillaume ï«' comme la France approuva et suivit Napoléon !«' ; mais, comme la France, elle saura bientôt ce qu'il en coûte à un peuple pour tenter de faire revenir le monde sur ses pas.

L'Europe croit devoir laisser la France exposée seule aux

coups du césarisme prussien. C'est une faute dont elle ne tardera pas 'à se repentir; elle doit voir déjà, par la dénonciation du traité de i 867 sur la neutralisation du Luxembourg, combien ce césarisme la menace.

Cette dénonciation, venant après celle du traité de Paris de <8o6, est le signe d'une longue entente entre la Prusse ol la Russie. On dirait que, dans un Tilsitt de famille, les deux souverains de ces États se sont partagé eu quelque sorte le monde : à Guillaume de Prusse Tempire d'Occident, à Alexandre de Russie Tempirc d'Orient. Napoléon I®' et Alexandre I^' avaient rêvé un semblable partage; mais leur alliance, plus fragile que le radeau qui les portait sur le Niémen, fut bientôt rompue ; l'alliance conclue entre Alexandre II et Guillaume I«' ne sera pas moins éphémère. Les causes qui les rapprochent dans le présent les éloignent à tout jamais l'im de l'autre dans l'avenir. L'Europe d'ailleurs, en présence du césarisme germanique et du césarisme slave unis contre elle, sera forcée de sortir d'un sommeil qui serait bientôt sa mort.

La France lui donne le signal de la résistance. Ce que nous allons dire aura l'air d'un paradoxe après le premier empirt^, et surtout après le second ; mais, de toutes les nations du continent européen la France est, malgré ses défaillances passagères, celle qui représente le mieux le principe opposé au césarisme. Les droits de l'homme et du citoyen formulés pai*la révolution fi'ançaise resteront comme la protestation éternelle contre les privilèges de César. Les autres peuples savent bien ce qui leur manquerait si la France venait à leur manquer; ils font tous des vœux pom* nous. Il n'est pas un cœur généreux, pas un esprit élevé qui ne regarde le troftçon d'épée que tient en ce moment la France comme l'épée de la liberté.

Tout ceci est trop sérieux pour que le Siècle n'écoute pas volontiers quelques observations sur les points qui gâtent la justesse générale de son aperçu.

Le roi de Prusse n'est cas un c< prince ciirétien . f

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