‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 105 sur 150 · SÉANCE DE L'ASSEMBLÉE · texte numérisé non relu

SÉANCE DE L'ASSEMBLÉE

La séance de nuit n'a été ouverte que pour être levée. Il y avait à discuter une proposition ambiguë de M. Arnaud (de TAriége), homme bienveillant, qui se flatte de contenter tout le monde. On a déclaré

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d'abord que le rapport n'était pas prêt, puis qu'il ne devait pas l'être, et qu'il ne fallait pas toucher à ces poudres, crainte d'une c étincelle qui pourrait faire couler des torrents de sang. » M. de Peyramont la dit avec gravité, M. Arnaud avec émotion. Rumen» favorables, clameurs contraires. M. Thiers a insieté pour la remise avec un redoublement de gravité et d'émotion, et une teinte marquée de mauvaise humeur, ajoutant qu'au surplus le gouverneront oavait rien à craindre dû jugement de l'opinion. Hélas ! le jugement de l'opinion... Et où est l'opinion, et qu'importe le jugement de l'opinion?

Depuis longtemps, en France, il n'y a guère que les gouvernements qui s'efforcent un peu de compter avec l'opinion, et il n'y a guère que les gouvernements qui ne puissent pas compter sur l'opinion.

EnGn, la parole d'un chef du pouvoir exécutif, mémo le plus incapable d'exécuter quoi que ce soit, ne laisse pas de produire son impression. Lorsqu'il affirme que l'on est au moment de sauter, il y a un léger temps d'arrêt. M. Grévy a saisi le cheveu de l'occasion et levé la séance.

Dans les tribunes, on cherchait h se rendre compte. La scène était manifestement concertée. Le gouvernement parlementaire est essentiellement un gouvernement de coulisses; persouue ne l'ignore plus. Ayant préparé le thème, les acteurs, se cachant en général leur vrai dessein, s'abandonnent à l'improvisation, et remettent plus ou moins consciencieusement le dénouement au hasard.

Et nuu*, fiour notre urgent, nous giflions les

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Plaisir immoral et très-coùteux.

Enfin, on cherchait le secret de U terrible eentédie, et Ton flairait quelque plan de conciliation. U était bruit de plusieurs bataillons * dissidents » qui donnaient des indices d'un esprit plus pacifique, et l'on entrevoyait l'espoir de rompre ce qu'il est devenu si urgent et si difficile de dissoudre.

Les nouvelles de ce matin ne confirment pas cette

attente. L'angoisse est grande. Elle doit l'être pairtout. Mais si l'angoisse est égale» la résolution ne l'est pas.

11 y a trois jeux : celui de la Sédition, celui du Gouvernement, celui des députés et des maires de Paris, lesquels se font entremetteurs et sont parties.

La Sédition et le Gouvernement ne veulent ni ne peuvent rien partager; les maires et les députés veulent et croient pouvoir tout prendre, à la Sédition, la force, au Gouvernement, la légalité. Réussirontils? Tout est possible, et ce ne serait pas la première fois que la a conciliation » ferait avorter définitivement lu bien, en désarmant le mal pour le réaliser correctement . Le triomphe de la révolution, c'est-àdire de la destruction, l'anéantissement du principe de salut, est dû à l'esprit de conciliation. U concilie par la mort.

La politique des maires citera à la Sédition Paris, et lui donnera la France.

C'e nYst |»as fait néanmoins. Les séditieux ne semblent pas disposés cette fois à travailler par procuration. Us ont de l'audace, de l'audace, de l'audace.

Ces trois choses manquent à Versailles et sur le chemin entre les deux camps.

Les séditieux ont intérêt h traîner jusqu'à ce qu'ils aient fait leurs élections. Ensuite ils se diront légitimes. C'est un grand point! Alors ils s'installeront législateurs et juges, et ayant enflammé les villes, Us allumeront les campagnes.

C'est ce qu'il faut pour que la Prusse institue en France un intendant fidèle, qui lui assurera la perception de ses rentes, et qui sera Napoléon III.

L'armée de Catilina finit toujours par servir César. Les insurgés, après le succès de leur conspiration, prendront leurs invalides au soleil de Cayenne, et nous, France, nous aurons notre repos dans la honte. Le généralissime Garibaldi, devenu l'allié de la Prusse, nous emportera la Savoie, Nice et la Corse..

Et nous pensions avoir épuisé le calice, lorsqu'après cette résistance plus longue que haute, nous avons enfin subi le joug!

Voilà ce que devient un peuple à qui ses philosophes se sont flattés de montrer comment les dogmes périssent.

Mais heureusement les dogmes ne périssent pas, et c'est pourquoi, malgré tout, le monde verra comment les peuples renaissent.

Versailles, f* mir*.

SÉANCE DE L ASSEMBLÉE. LOI SCR LES JT^ES ftÉYO&CÉS

PAR M. CKÉMIEUX. M. I>CFAC*E-

Pour la première fois depuis la veille du 2 l»re 1851, je suis entré ces jours-ci dans un local législatif. Je n'ai trouvé d'un peu changé que la salle. L'.AssemMée, également souveraine, est en proie aux mêmes préoccupations, aux mêmes émotions. Elle cherche également le moyen d'exercer sa souveraineté, elle est troublée delà même incertitude de vivre . Kilo sent planer sur elle la dictature, elle e» est déjà fascinée et paralysée. Elle est divisée; elle n'a poôf de tète, ou, ce qui revient au même, elle en a plusieurs; elle veut et ne veut pas; elle est trahie en eilemême et trahie par elle-même ; elle s'en va, oa plutôt ••Ile s'écoule.

Décidément, la solidité, l'accord, 1 aféurarae de durer ne sont point l'apanage de cette forme de la souveraineté, et l'expérience lui est de peu de profil!

\ "oiri M. Thiers, M. Favre,M. Dufaureet (Tantre*^ déjà connus et en pleine lumière il y a vingt au>M euil»arra>sés pour le moins qu'il y a vingt et l'on peut, hélas! prédire que, s'ils sortent d\ r,i>, ce >era, comme il y a vingt ans... parla

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Mais ainsi le veut la logique! 0 sagesse humaine, ta n'es qu'un mot, et le plus vain et le plus menteur des mots, quand tu ne veux pas reconnaître que le diable est logicien.

On parle. Liberté, ordre, république, patriotisme, concorde, etc., etc., tous ces mots sonnaient très fort il y a vingt ans, sonnent très-fort aujourd'hui; al aujourd'hui romine il y a vingt ans, la sonnette dn président se mêle très-fort à cette sonnerie oratoire; et c'est un concert qui ressemble très-fort an On s'agite, on crie qu'il faut éteindre le feu, et, leur empressement à bien faire, ceux-ci allument to torches, ceux-là vident les réservoirs. La sageme humaine, en ce temps, s'est soumise à nnelogiqne qui le veut de la sorte et qui marche innniiMlMMl à son but de destruction.

Le parti de la destruction monte à la démence il ne voit plus rien d'impossible ; le parti de la coPSêf vation descend au-dessous de l'imbécillité et parait incapable d'essayer quoi que ce soit. U faut voir ee désarmi, cri affaissement imlescriptible,cet universel effondrement. Tout le monde y sent quelque chose de surnaturel. Ou se récrie, <m s'indigne, ona laeonrietion qu'il ne faudrait qu'uni1 main, qu'une voix, qrtu signe peut-être pour dissiper l'humide fantôme, suis tout manque, la main, la vcix, le geste; et il devient vraM'iiihlahleqiieee gouvernement et cette assemblée issu- du >\i\\v iije universel vmit périr au milieu d* leur armée, étmiffés par la terreur d'un ennemi qm n'ose pas attaquer.

Au milieu de cette angoisse et à travers le vaci

ou par erreur, trahi les convenances de la justice, et ceux qui les ont frappés se sont mis eux-mêmes andessus de toutes les lois et de tous les intérêts de 1a société.

Cependant M. Gré mieux ne les avait que persécutés, et M. Dufaure, qui veut les réintégrer, les déshonore. Il ne les réintègre pas, il les replace. C'est leur place et non leur rang qu'il leur restitue, et à condition que cette place, ils ne la reprendront pas! Ils la reprendront comme une chose qui leur appartient, et qu'on ne peut leur ôter qu'en vertu d'un jugement, qui n'est pas rendu.

27 mari.

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