D'UN MONUMENT EXPIATOIRE
Hier l'Assemblée paraissait disposée à se déchirer sur la question de savoir si elle tiendrait séance aujourd'hui. La séance a eu lieu, et tout le monde a paru d'accord pour ne rien dire. Pas un mot des choses de Paris. Ce silence est éloquent. A Paris, en <>e moment, on vote, et personne à Versailles ne te dissimule que l'objet du vote est la création d'un gouvernement. M. Louis Blanc en a averti hier, et même il a réclamé un décret de satisfaction pour MM. les
Maires qui ont fait ce petit coup d'autorité. Le Gouvernement n'a rien dit; l'Assemblée a laissé tomber la proposition dans le sein de la commission d'initiative. Les formes sont gardées; mais la pudeur?... Qui ne dit mot consent, et il s'agit bien un peu de viol.
M. Favre, au début de son mémorable règne, parlait, non sans fatuité, du rare « effondrement » de l'empire. Et lui-même, que dit-il de la façon dont il s'effondre, et du poids de la logique sous laquelle il a placé son front fier? Adieu, bourgeois de Paris, avocat, député et membre de l'Institut! C'est fait. Comme ceux du 2 décembre, les lauriers du 4 septembre et du 31 octobre sont coupés.
Nous n'irons plus aux bois!
H est a supposer que la commission d'initiative ne se saisira jamais de la proposition de M. Louis Blanc; »*t si quelqu'un à cette heure voulait penserque l'Assemblée a tenu aujourd'hui sa dernière ou son avantdernière séance, il ne s'exposerait pas beaucoup.
.MM. les maires de Paris se féliciteront eux-mêmes.
Mais s'ils espèrent se féliciter longtemps, ils ont l«»rt. Eux aussi se placent sous la main d'une logique qui les promènera dans des sentiers rudes et peu faits pour les bottes vernies.
Cependant rendons compte de là séance de Versailles. Il s'agissait des propositions expiatoires de M. le général Trochu touchant l'assassinat de Qéiiient Thomas et du général Lecomte.
Le terrain était brûlant, on l'a franchi à la course.
290 l'Ait I» PKMJlST Li COWII/Ml.
Deuil national, service religieux, mo frais de l'État, adoption de la famille du comte, pension à sa veuve, tout a été v veloppeinents et sans contradiction, sauf et la contradiction est demeurée vlctoru position voulait le monument au Heu commis lu crime. Dans la région où Toi hier si implacable envers ces pauvres vieux péché, quelqu'un a trouvé que c inarquer la place du sang ; que cela se présaille, peut-être l'expiation.
Le mol a sufti. La commission s'e:
l'emplacement reste iudéteriniué. Le mo élevé quelque paît. Que les statuaires et tes ne fatiguent point leur imagination. pour ce iiiuiimiieut-là ne sera pas indiqi nous entrons dans une époque qui ue* se marquer par l'aliondanee des monumen pour les s*rv i«vs que les artistes ont pris 1 rendre à l'intelligence et à la morale pub serait pas graiiddommage qu'ils appris* et les avocats aussi, et les gens de lettre
Néanmoins le monument expiatoire Me. Une simple croix, sans iuseriptioi placée là. Elle coulerait peuet pourrait rai moins épargner beaucoup. tJir, cnûa, di ennuie celles de (Jémeiit Thomas et de 1 fi)rt coûteuses. Elles ne se soldent pa» ji la poudre et du plomh. Mais, d'un autrt étilcr ce qui pourrait humilier le moui cette heureuse région, herceau de lauoi
République, peut-on admettre qu'il se commet des
crimes?
Un autre point a paru louche, c'est le service religieux auquel l'Assemblée doit assister. Un membre a eu des scrupules. Il a demandé si Ton ne craignait pas de blesser Ja conscience des députés protestants ou juifs, en les contraignant moralement de prendre part à une cérémonie catholique? L'Assemblée a vu la linesse, et une sorte de huée générale a immédiatement bloqué l'objection dans la bouche du casuiste. 11 s'est rendu, comme tout à l'heure la commission, et M. Grévy, en hâte, a fait voter l'article et la loi. Ces deux assassinés sont devenus importuns. Espérons que du moins la veuve du général Lecomteaura sa pension, et que sa famille ne souffrira pas de l'adoption de la patrie.
Donc, les morts sont enterrés avec une 'certaine déeenee, les prisonniers sont rendus, et c'est une sorte de preuve que « l'armistice » est signé. Mais de l'armistice à la paix, il va encore quelquefois, en ce temps-ci, un pas assez difficile.
Et M. Grevv a levé la séance.