‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 11 sur 150 · INQUIÉTUDES SUR ROMS · texte numérisé non relu

INQUIÉTUDES SUR ROMS

Les nouvelles touchant l'évacuation du territoire pontiûcal parles troupes françaises sont moins mauvaises. L'on dit que rien n'est encore décidé. Notre gouvernement, averti de la gravité d'une telle mesure et n'ignorant pas entièrement l'effet irrémédiable qu'elle produirait parmi les catholiques et dans le monde entier, demanderait à l'Italie des garanties qu'elle peut difficilement donner. S'il on veut de tout i fait sûres, elle no les fournira pas.

En attendant, la négociation ou, pour mieux dire, la machination se révèle. C'est H. de Beust qui proi. I

2 l'AÏUS PENDANT LE SIÈGE.

pose ce coup de maître. Il ne se borne pas à presser la France d'abandonner la garde du Saint-Père pour la confier à l'Italie, ses conceptions sont plus vastes : selon le programme garibaldien, il veut que l'on donne tout de suite Rome à l'Italie ; et pour payer de sa personne, il offre de donner aussi le Tyrol. Par ce moyen, assuré du suffrage de l'Italie qui lui vaudrait le suffrage des révolutionnaires allemands, M. de Beust dormirait tranquille au milieu de toutes les difficultés vaincues. Mais M. de Gramont croit que la France ne verrait pas du même œil. A son avis, si elle pouvait dormir tandis que Pie IX dépossédé chercherait un asile à travers le monde, elle n'aurait néanmoins qu'un sommeil court et agité.

On demande donc à l'Italie des garanties. Quoi qu'elle promette, il n'y en aura jamais qu'une bonne et conforme à notre honneur : c'est la présence du drapeau français.

Rome est un rempart de la France. Le factionnaire que la France tient à la porte du Vatican est le soldat le mieux posté de l'Empire. C'est lui qui empêche la barbarie et la honte de passer, et qui fait reculer la malédiction.

Après Caste! fidardo, un catholique français causait avec un homme d'Etat autrichien. 11 lui disait que les souverains ont deux manières de tomber : qu'ils tombent d'un coup d'épée dans la poitrine, en défendant le droit et la justice, et alors ils se relèvent; ou d'un coup de pied ailleurs, lorsqu'ils se détournent pour négocier l'abandon de la justice et la trahison du droit, et alors c'est fini. Ce catholique ajoutait : —

Savez-vous ce que Dieu se dit à l'heure qu'il est dans le ciel? — Vous savez cela? demanda railleusement l'homme d'Etat. — Oui, reprit l'autre. Dieu se demande à quoi lui sert un empereur d'Autriche en Italie. — Il lui sert, dit à son tour l'Autrichien, à garder le quadrilatère.

Mais Sadowaest survenu, et l'empereur d'Autriche a ouvert lui-même le quadrilatère à l'Italien, et beaucoup d'autres portes à d'autres.

Si nous abandonnons Rome, rien n'ôtera de l'esprit des catholiques que c'est une bataille perdue. Prions Dieu de détourner ce calice, et continuons, quoi qu'il arrive, de souscrire pour subvenir aux besoins spirituels de nos soldats qui n'offrent pas leur sang dans le but d'agrandir les Piémontais.

7 août.

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