‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 12 sur 150 · PIE* 1ÈRE DÉFAITE · texte numérisé non relu

PIE* 1ÈRE DÉFAITE

Nous lisons au Journal officiel do navrants bulletins : des échecs, une défaite de Mac-Mahon, l'Empereur ordonnant de mettre Paris en état de défense, le ministère convoquant les Chambres.

L'épreuve est terrible. Elle peut grandir encore sans abattre le neur de la France. La France se sent vivante. Elle espère, de cette espérance qui ne trompe point. Elle a quelque chose à garder dans le monde,

quelque chose de plus grand qu'elle-même. Elle invoquera Dieu, elle réparera ses fautes et elle remplira sa mission.

Nous allons voir ce que valent d'indignes alliances, et nous renouerons notre alliance avec Dieu. Châtiés comme le peuple de la promesse, pour nous souvenir, nous nous souviendrons et Dieu se souviendra. Dieu gagne toutes les batailles. Il en ôte le véritable gain au victorieux qui méprise la vérité, et il le donne au vaincu qui la confesse et veut la défendre.

Nous ignorons à quelles conditions l'état de siège soumet les journaux. Quelles qu'elles soient, nous regardons comme un devoir capital de nous y soumettre. L'ennemi a franchi la frontière. Tout dissentiment doit s'imposer silence, toute récrimination serait une impiété envers la patrie. Dans le moment du péril, le citoyen n'offre pas seulement à la patrie sa fortune et son sang , il lui sacrifie encore ses opinions.

On s'attend à Rome à une prochaine invasion de l'Italie. L'agitation révolutionnaire est immense. On doute que le gouvernement puisse résister, le voulûtil, et il ne le veut pas. Les modérés, présentement au pouvoir, disent hautement que la conquête de Rome peut seule soutenir le trône chancelant de Victor- Emmanuel, seule restaurer les finances, voisines de la banqueroute. Ils croient qu'ayant pris Rome, ils pourront la vendre en détail.

Dans cette crise, que les événements militaires vont activer, il ne parait pas superflu de songer à la sûreté personnelle du Saint -Père, et il serait bon

«jiie quelque navire fût envoyé dans les eaux de Civita-Vccchia, pour que Pie IX puisse au moins trouver un abri.

Du reste, le Saint-Père n'a rien perdu de son calme habituel. 11 disait ces jours-ci à un Français : « J'ai fait ce que j'ai pu pour empêcher la guerre. J'ai dit ce que j'ai pu pour décider les Français à ne pas quitter le territoire pontifical. On m'a donné des raisons politiques auxquelles je n'entends rien. Dieu pourvoira. »

9 août.

TL'MLXTE.

Chacun fait ses propositions, nous faisons les nôtres, une fois pour toutes.

Nous proposons d'abord que l'on règle au plus vite, et sévèrement, ce droit de proposer, que chacun s'arroge dans toutes les choses qui regardent la guerre et l'administration.

Nous proposons qu'il y ait à Paris un gouvernement, et qu'il se fasse obéir.

Nous proposons que .M. OHivier parle moins du haut de son balcon, et que les premières bandes venues de blouses ou d'habits noirs ne puissent pas lui arracher à volonté des discours qui ont l'intention de rassurer les auditeurs, mais qui ont l'inconvénient d'alarmer tout le inonde.

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Nous proposons que Paris soit armé largement y mais régulièrement et utilement, et de façon à ee que cette mesure de salut public puisse nous procurer autre chose qu'une bataille de juin. Réservons notre poudre pour l'ennemi. Qu'un Français ne puisse pas avoir à tirer un coup de fusil contre un Français 1 11 n'y a point de plus mauvaise condition pour une ville ni pour une société que de subir la guerre au dehors et la terreur au dedans. C'est alors que l'ennemi peut espérer la victoire.

Nous proposons qu'il soit déclaré solennellement que la France ne traitera jamais sur son sol, quelle que soit la fortune des armes ; et si l'épreuve peut aller jusqu'à lui interdire la guerre régulière, alors aussitôt elle commencera la guerre des haies, des ravins et des bois, la guerre des Machabées et des enfants de Pelage.

Aujourd'hui, il ne peut plus y avoir de doute que la Prusse a perdu la frontière du Rhin.

Nous proposons aussi à nos concitoyens de s'interdire le blasphème, ne fût-ce que par respect pour leurs frères qui veulent donner tout leur sang à la France et qui ont pour cela deux, raisons, puisque la France est leur patrie et la tille ainée de l'Église catholique.

Point de traité, point de sédition, point de blasphème,— et la France restera ce qu'il y a de meilleur et de plus grand sur la terre.

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