‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 121 sur 150 · CLXXXIII · texte numérisé non relu

CLXXXIII

33 mai.

m. tiïht.s bien méritant. — le baiser de m. stmoy.

Si l'Assemblée avait dit : « M.Thiers a bien mérite Yhuhtlycncc de la patrie, >» ce serait moins banal, et nous acquiescerions plus volontiers. Car il est vrai que M. Thiers a repris Paris, mais il est vrai aussi qu'il l'avait perdu. L'Assemblée ne peut se Caire illusion : en dépit de sou vote unanime, cette histoire est pleine de chapitres sur lesquels on reviendra. Il sera reparlé de la précipitation du départ, de la lenteur du retour, du dé^tU eu tout genre, etc. 11 y en a long !

La patrie, hélas ! ne connaissant plus, et depni» longtemps, l'art de façonner des hommes forts cl corrects, on pouvait dire que M. Thiers, n'ayant pas peut-être tout perdu, a bien mérité l'indulgence de la patrie. Ne rien dire du tout vidait nrioux. La formule votée parait excessive. Livrés à eux-mêmes, Ie> propriétaires piles par l'obus conservateur o'ao. raient pas tressé la couronne qui va ombrager les lunettes du vainqueur «le Paris. U vainqueur! si an peu de poussière se répand sur vos fraîches feuilles de chêne, songez qu'il y en a peur plusieurs milliards de surplus dont, avec moins de hâte à détaler, \nu> auriez pu faire l'icoiioinie. Vous direz que nou*

remplissons l'emploi do l'esclave attaché au char àe triomphe? — Oui, et nous aurions de quoi parler! À jeter tout sur le char, l'essieu craquerait.

I ne inspiration de M. Jules Simon a tempéré le fond d'horreur de la fête. M. Jules Simon tire son mouchoir, essuie ses yeux, se précipite vers M. Thiers et l'embrasse. Kléber, après les Pyramides : « Général, vous êtes grand comme le monde! » Cela desserre. Ou voit moins ces remparts éhréchés, ces cadavres, cette poussière de milliards que les sueurs des pères de famille ne rattraperont jamais. On voit moins cette citadine roulant triomphalement à travers co décomhre, et dedans la citadine, cet homme d'État, dans lequel il n'y a rien ! Vous nous soulagez, sensib'e Jules! Nous avions besoin de rire. On wi sait quoi traverse l'esprit qui rappelle drôlement le baiser de Julie, èa-bosquets de Clarens.

Ce n'est qu'un moment. La situation reparaît et reprend son poids. On se remet à songer. On s'en veut de rire, on eu veut à ce bouffi qui apporte à rire, là où pour sa part il apporta si largement à pleurer. Que vient faire ici M. Simon? Est-ce qu'il y aurait sous roche nn bien mérité pour M. Simon, et pour M. Favre, et pour M. Picard, et pour tout le reste du 4 septembre?

La détestable charretée va-t-clle être remorquée sur le chemin de Paris par la citadine triomphale? Alors, réintéi?rons-v fiarabetta, Crémieux etBizoin. ot que Ilochefort y regrimpe! Pour le coup, ce sera bi«»n la tragédie à sa première apparition, le tombereau de Thespis chargé de personnages barbouillés

de lie ! La lie figurait le sang ; le sang ne manque pas et figurera la lie.

Ce cuistre de Rousseau disait à sa Julie : Reprends tes baisers, ils sout acres! C'était son beau style. Voltaire s'en moquait. En vérité pourtant le cuistre disait bien. Et vous, Simon, reprenez, reprenez vos baisers, ils sont acres! Et allez-vous-en, s'il vous plaît. Allez-vous-en bien vite! Le scandale devient trop grand de vous voir encore où vous êtes. Il est trop grand même pour cette France si indignement tripotée, et tout Unirait d'une trop mauvaise fin.

De Bordeaux, tout de suite après la constitution du ministère, M. Jules Favre écrivait à son cher Jules Ferry de ne se point troubler, que \e faisceau subsistait et ne serait point rompu. Ont-ils donc vraiment entrepris de nous faire voir encore cela après l'exécrable guerre, après l'exécrable paix, après l'exécrable insurrection? et rien ne les pourra donc faire rentrer dans le puisard d'où ils ont surgi pour déchaîner sur nous tant de malheurs inouïs et d'ineffaçable» hontes ? ( !e serait donc certain ? Ils nous auraient donc talés, toisés, pesés, et ils sauraient qu'il n'y a plus rien, qu'ils nous tiennent dans leurs mains, qu'ils nous dé[tasst-ul de toute la tête, que nous devons les subir!

Maître J. Favre prend la France daus un pan de sa toge, la meneau combat, aux négociations, à la paix, eji perd des morceaux, en casse d'autres, garde L' rcte, et de ce reste fait ce qu'il veut. La France sera élevée par M. Jules Simon, administrée par SI. Picard; elle vivra dans le petit intérieur honnête de M. Jules Favre et aura toujours sous les yeux cet homme nu!

Elle ne peut trouver d'autres maîtres, M. Thiers Ta réglé ainsi.

Ratapoil, où es-tu, notre fierté finale et notre ultime

splendeur r

Soleil évanoui derrière l'horizon!

25 mai.

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