ARRIVÉE DE ROCIIKFOHT A VERSAILLES
Kochefort est arrivé ce soir. Une foule considérable l'attendait, très-sérieuse, ne ressemblant en rien aux attroupements qui se forment tous les jours sur le passage des piètres prisonniers qu'on amène de Paris, et qui haussent les épaules à l'aspect de ces pleutres défrisés.
Ce soir, la foule offrait la physionomie d'un peuple réuni pour faire justice. Elle se composait d'homme» graves : chefs de famille, artisans, marchands, bourgeois, militaires; on y remarquait un grand nombre île députés. C'étaient des gens qui voulaient être là, et qui avaient leur but. On sentait partout un fluide d'indignation. Lorsque la voiture qui renfermait l'homme est apparue, le fluide a éclaté.
Livide, la tète basse, l'œil éteint, le misérable a reçu une décharge de mépris capable d'en tuer dix autres.
Un cri, un seul, mais qui roulait et éclatait en ton* iKTre : lk lâche:! le lâche !! le lâche !!!
Un voyait des visages pales, des mains frémissantes, des cheveux hérissés, un vrai transport d'horreur.
M. le comte do Hochcfort-Luçay, tils adoptîf (au
i»Aiiis m:m»am la iommim:. 38t
moral) «le M. le comte Victor Ilu^o, a pu longtemps clouter •[u'il existât une conscience publique. 11 no l'ignore plus, et il peut «lire ce que c'est.
S'il eut été à pied, on l'eût écrasé comme un reptile.
CLWXII
22 nui.
VOIK ht PKIKKKS PlBLIolK.S.
Ou a remarqué le singulier partage des ministres date* le vote sur les prières publiques.
Cinq, MM. liufaure, Le Ho, l'otbuau, de Larcy, Lambrccbt, ont voté/so///*.
Cinq, MM. Thiers, Jules Favre, Jules Simon, Picard, Pouwr-Ouerlier, se .sont abstenus, c'est-à-dire ont voté nmtn\ Kn pareille matière on ne s'abstient pas par uirizarde, mais parce que la question semble de peu d intérêt.
Or, dans b» fniid, coinine il sa^i>sail de dvmnnder aux cbeP* religieux // ordomirr «b's prières, suivant leur compétence, l'Assemblée avait à faire un acte «le foi à l'existence de Dieu et à son intervention dans
les cho>es de ce monde.
Il s'ensuit donc que cinq ministres sur dix, formant la majorité à «anse île la présence du chef, ont voté que l)ii'ii n'existe pas. «m qu'il n'intervient pas
dans les affaires humaines,™ qui est la même chos*; ou qu'enfin peut-être il existe, et peut-être il intervient, mais qu'alors une sage et discrète politique exige de n'en rien dire publiquement et même conseille de ne point invoquer son secours; et c'est la même chose encore.
Car on ne peut supposer M. Thiersf M. Favre et M. Simon, ni même MM. Picard et Pou ver assez peu raisonnables et assez peu raisonnants pour admettre un moment l'existence d'un Dieu qui ne se mêlerait de rien et qui m; servirait à rien.
S'ils étaient convaincus «pie Dieu existe, ils seraient également convaincus qu'il se mêle de tout et qu'il peut tout. Des lors ils l'invoqueraient, en privé pour leur propre compte, en public pour le compte de l'Etal et atin de donner l'exemple. S'étant au contraire, par leur abstention, mis effectivement du côté de ceux qui ne [nient pas, ils ont en principe rote l'abolition de Dieu. Véritablement, à leurs yeux, Dieu ne peut être qu'une pièce très -superflue qui occasionne dans le monde beaucoup de disputes pi beaucoup de dépenses, et qu'il convient doublement d'abolir, pour raison de paix, et pour raisou d'économie.
Celte opinion des ministres est un heureux Irait d'union entre eux et la Commune. M. RoehefoH a exprimé son avis formel contre la provocation à la prière. Nous n'en avons pas reproduit les termes par horreur pour la langue spéciale de cet ancien député, mais il n'y manquait rien. Quant à la Commune, on voit sa hâte à procurer l'abolition àe
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Dieu. Avant-hier encore, en séance publique, un citoyen Mortier ou Pottier prononçait ces belles paroles, qui dérivent trop du cerveau de M. Jules Simou, pour ne pas aller à «on conir : <c Si la sûreté « générale faisait évacuer ou fermer toutes les églises « «le Paris, elle ne ferait que prévenir mes désirs. Ce « que je pourrais lui contester, ce serait la fermeture « complète, de ces maisons, car je désiro les voir ou- «« vertes pour y traiter de l'athéisme et anéantir par « la science les vieux préjugés et les germes quo la « séquelle jésuitique a su infiltrer dans la cervelle « îles pauvres desprit. »
K\ idemment, entre la Commune et la majorité des ministres il reste des terrains où Ton pourrait s'entendre, et rien ne sera plus facile un jour que d'y signer la paix... Cette ile des Faisans sera sans doute remplacement d'uue église démolie.
Notre cou fi ère le Soir nous saura gré de lui indiquer ce point fondamental de concorde entre Versailles et Paris. L'autre jour, voulant détruire d'un coup nos principes monarchiques, il nous révélait in.ignitiqucmcut les hases nécessaires du pouvoir. La ui/*tin' pnlit'upw, nous disait-il, rien que la science! .Ni Suint- Esprit, ni plébiscite! Kn d'autres termes, ni Dieu, ni peuple.
Le vote des ministres sur la question des prières confirme cette grande vue de M. Hector Possard, rédacteur en chef du Soir. Cette grande rue conservatrice est tout le bourgeois; et ce que Ton ne sanr lit tr*>p admirer, cette grande vue e>t aussi toute la Commune parisienne. La Commune aussi prétend
Ml PAIUS l'EMiAMT LA COMMUNE.
établir son noble édifice sur la seule science politique; elle rejette également le Saint-Esprit et !♦• plébiscite, Dieu et le peuple.
Demandez à Versailles ou demandez à Paris. questionnez M. Simon ou questionnez le citoyen (Courbet, écoutez M. Barthélémy Saint-IIilaîre ou le citoyen Billioray : les uns boivent du sirop de gomme, les autres avalent du trois-six, mais ils répondront uniformément qu'ayant « la science politique, » ils sont tout à la fois eux-mêmes Dieu et peuple, et n'ont par conséquent besoin ni d'invoquer un autre Dieu , ni de consulter un autre peuple, lesquels d'ailleurs n'existent pas.
Giuseppe Mazzini, homme intelligent, élevé en Italie où la théologie respire encore, a entrevu quelque chose. Il dit : Dieu et le peuple. Dio * popolo. C'est la vraie formule, et il l'a volée à l'Église. licatus populm, ni jus Dominus Deusejus, Heureux le peuple dont Dieu est le roi ! La Civilià eattolint a pris pour devise cette parole de David, qui contient tout le programme du vrai pouvoir et de la vraie civilisation. Dieu et le peuple. Dieu pour le peuple. K peuple pour Dieu.
Dieu veut se donner au peuple, et le peuple a besoin de Dieu, par qui seul il peut posséder la paix et la liberté et s'élever a sa vraie dignité. L'institution du pouvoir est un non-sens crael et devient fatalement l'institution même de la tyrannie, si le pouvoir n'a pas pour but de mettre le peuple en posw*sion de Dieu.
Mnzzini n'a pas compris cela. Cela ne peut étrv
PARIS PENI'ANT LA COMMl NE. 3£I>
compris que d'un catholique, et Mazzini n'est pas même chrétien. Réduisant l'auguste formule à servir son ambition impie, il en a pçrdu le sens et s'est réduit lui-même à n'être qu'un stérile agitateur. Il a pris le nom de Dieu en vain. La bête humaine, séduite au leurre qu'il lui offrait, n'a été pour lui qu'un stupide poignard qui essaie de frapper l'immortel et qui ne peut réussir qu'à noyer la liberté dans le sang.
Quelque honneur néaumoinslui est du. Il ne s'exile pas absolument des régions intellectuelles. Il a eu le mérite «l'aspirer à voler une étincelle du feu sacré, entre \ oyant (pie le genre humain ne pouvait marcher sans cette force et cette lumière.
Mais cetle valetaille philosophique pleinement incrédule, cette populace de bêtes d'encre, de bêtes de comptoir et de bêtes de sang, ces orateurs, ces incendiaires et ces bouchers perpétuellement en dispute et en guerre, mais d'accord pour proscrire Dieu et manger le peuple, voilà bien le châtiment et l'opprobre du genre humain. Us auront beau combiner les moyens a scientifiques » de dévorcrtranquilleinent leur proie ù l'abri de Dieu et du peuple. Dieu ne leur laissera jamais trouver que des combinaisons plus meurtrières du soufre et du salpêtre ; le peuple, tourmenté d'un besoin de révolte implacable, n'acceptera jamais d'eux que des massues plus lourdes pour broyer l'orgueil de leurs remparts et des ongles plus aigus pour déchirer leur caisse et leur chaii.
îlMi PAIIS l'IM'AM I.A COMniN»:.