‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 128 sur 150 · NIBLES AVENTURES DU VIEIL HUGO · texte numérisé non relu

NIBLES AVENTURES DU VIEIL HUGO

Le pauvre affreux vieil Hugo, qui a fait tant divers si beaux et tant de vers si bêtes , avec tant d'applaudissements, surtout pour les derniers, commence à se faire fusiller universellement : fusiller comme il le mérite. Ou lui crache dessus de tous les côtés. Il est bombardé de trognons de plumes chargés de trognons de choux ; et Bruxelles, où il avait pris gîte, le met à la porte sans paraître aucunement «Taimlre les représailles de l'immortalité :

Tout couvert de lauriers, craignez encor les dogues ?

Il en pleut. La giboulée est épaisse et furieuse, mélangée de savates et de bottes qui trouvent leur lieu comme les simples nazardes. Tout porte. Et l'on s'étonne de la quantité de pichenettes que peut recevoir un seul nez et du poids de mépris que peut attirer sur soi un seul homme, dans le moment même qu'il a choisi pour se faire admirer.

Il a toute sa vie travaillé à dresser sa statue pour toucher le ciel ; mais voilà que l'excrément vengeur va monter plus haut. C'est un jugement dernier.

FAH1S PESDA.NT LX CUM.MLNL. 4i«l

L'heure de tout le monde est venue. Toute hauteur qui s'élevait contre Dieu sera égalée à M. Picard!

Un accès de sa maladie constitutionnelle, la Hotline, a fait crever cet orage qui flottait depuis si longtemps sur son illustre front. Après avoir jusqu'au dernier moment, — de loin! — flatté la Commune avec une bassesse absolument idiote , mais absolument indécente, M. Hugo s'est avisé, lorsque la (Commune eut brûlé Paris et massacré les otages, de plaider en sa faveur et de lui offrir l'hospitalité.

Citons quelques traits. Le mftrceau est mal trousoé et sent le catarrhe :

lit»* art?» «Atnrag**, étant ineottteient*, ne «ml point 4et

<* l'iérut*.

J«' n'ai jamais ccinpri* BiJIioray, *i Hjjeauil ma Ht/utÈ* jy%- •|u'a l' indignation; nui* fu*iJJfr Hijcaull *i4 uju mum.

<>u\ •!♦• I.t Commune, }<Aijuu*s4 *?\ Lu ii> jjjta, *\m U/ui lumII#t un rufant de quinze iOff *o#it 4e» n*iu\i*\*'t um% 4e ! .\w*niblér «fui font fusiller Jule* VaJV-. fovjuH, PariaeJ, Viii«»uPHji. I.efrau'-ai*, Brutiei *4 l>/u*WM»rij , ></ « 4r- « niniu»-U.

!*• ur < <«n< !ure, jouant Iiodigué feutre, le- jfsuteru » m* nt }*lge qui refuw Ia>ile aux IuOmJjU rjummuîî«mix, M. Hugo leur actorde, 1uj, '*-t ani*- tv-lu** :

Si Mi h* -IL XI* »*t i*VJk J* fc*# 4JU l* *HU* 4*** AU* 14A»>ftMfc /•• tir L»- ^u; <jU* **: va! 4» J'*» ATI**!***

D» -pui* qu'il *-M r*-pul/lÂM>ju. H. liu^o 14 a pa* • * **•** dVtaJ* r de; f wj]!*» «uda.»*-* **.*txif 1** ***** Ui^/ral, *4 juh|uhj elle> a\ai*i*t paru ^uXiïWt. Mai* ta**l *â la «ru* h* a !'*au quVuiJu ♦ lie fWsuU* J b*-ur*ii*«>p

414 TARIS l'ENDAM LA COMMISE.

portunc , l'heure terrible où rien ne passe et où tout casse. M. Ilugo surpris voit sou propre pétrole s'en* Oammer dans ses mains ; la cruche éclate , le pétroleux vole en l'air. C'est comme à l'entrée de Rochefort ; on n'entend qu'un cri : « Vieillard stupide ! ■ Le voilà soudain carbonisé, pilé, éparpillé.

Véritablement, la Belgique pouvait bien lui passer la fantaisie de recevoir 'en sou logis quelques assassins. Il n'en aurait pas reçu beuucoup. U est économe et n'aime pas à nourrir les Thénardier. pouilleux de grand appétit et de détestable odeur, très-enclins à démoraliser les serrures. Mais U a para trop insolent : la vieille probité brabançonne, dès longtemps indignée, s'est révoltée tout à fait :

lNmr être plus qu'un rui, (u te émis quelque cbos«!

Ou s'est rassemblé devant sa porte, on a crié : A 1a porte ! Ou Va mis à la porte, — et il est à la porte.

Vieillard, \a-fcn doimrr meHirv nu fos«oveur.

A présent, c'est Uni, et c'est bien Tait, et il faut laisser M. Hugo cuver celte absinthe qui fait passer l'appélit. Il est sifflé pour toujours. 11 est de ceux qui demain se réveilleront morts.

U lassera de beaux iuon*eaux1 mais rien d'entier. et quelle biographie! Il'est là qu'on verra bien le petit et périlleux présent que reçoivent de Dieu ceux à qui il donne ce brin de l'arbre de science qu'on appelle le tjnnv.

Hélas, vieil Hugo! déplorable citrouille à demi pleine de diamants !

PAUft PEWDANT LA COMMUNE. 415

Le fils de M. Hugo fait une relation dramatique de la nuit du 27 au 28 mai , sur la place des Barrietdes à Bruxelles, où demeurait son père» H en résulte que les Bruxellois ont cassé les vitres de papa, laqucl fut admirable. Mais Fifi, qui battait le Rappel eommuneux dans Paris (par procuration, d'ailleurs), est indigné, et demande justice au genre bumain, l'attentat lui semble inouï. Paris cependant a vu des choses plus tragiques, et les Hugo ne cessaient pas de battre le Rappel eommuneux.

La police a invité lo vieux à s'en aller tranquillement. Il a, ma foi, résisté. Alors on lui a fait la grâce de le pousser par les épaules, et il a filé sur Londres.

On persiste tout de même à ne le pas croire courageux au-delà du strict nécessaire. Pour bien établir sa réputation de capitaine Fracasse, il aurait besoin de se faire pendre. Et encore !... Mais tout le monde est convaincu qu'il préfère dégorger ce qui peut lui rester de matière poétique. Jamais il ne pourra assez haïr le bourgeois, qui seul le lit, pour le priver d'une dernière • charretée de littérature, prose ou vers. C'est d'ailleurs sa plus silre vengeance.

Le Sénat belge et la Chambre des représentants se sont occupes de la petite affaire. Le Sénat a approuvé l'expulsion, unanimement. Rarement il marque cet accord. Miracle de la lyre !

Dans la Chambre des représentants, ils ont été cinq pour blâmer le décret évacuateur. On en nomme quatre : Ilesruisseaux, Demeur, Jottrand, Couvreur. Les voilà immortels. Le cinquième est resté sous le

116 l'AKIS l'EMUMT LA COMMISE

voile; c'est Y Homme qui rit. Quatre-vingt-un uni applaudi avec feu.

M. Hugo se rend à Londres, où un meeting monstre se dispose à gratter les crachats de Bruxelles. A Londres, la càinaille ne manque pas, et M. Hugo sera salué, acclamé, toasté. On boira à la Commune Je Paris. Un correspondant de Paris-Journal lui écrit que la bourgeoisie londonniennc, qui fêta si bienfiaribaldi, est « préoccupée, t A Londres, où la aùnaUk ne manque pas, le pétrole ne manque pas non plus.

Selon ce correspondant, « l'incendie de Londres serait plus dangereux que celui de Paris. » Les monuments, on les refait, ou Ton s'en passe. Mais dans les docks il y a des marchandises !

Les Loiidoniiieus rêvent là-dessus. Les bonnes tètes bibliques, qui ne seraient pas autrement désolées du désastre accompli de Babylone, commencent à se dire que Tyr aussi pourrait avoir bien des comptes à épurer.

Ce vieux joueur d'orgue de Barbarie, qui \ient les visiter avec ses ballots *de chansons sanguinaires ri de chansons lascives, prend une tigure qui leur ilépluit.

( )n ne peut se dissimuler que le monde est bâti sur pilotis et non plus sur pierre, que les eaux de la foi sont basses, qu'il y a du feu, et qu'il fait du vent!

Même date.

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