‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 131 sur 150 · CXC1V · texte numérisé non relu

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LE MARCHAND DE VENISE KT LE BuCtfUQUre.

Après deux guerres et deux paix dont Tune s* appelle le naufrage et l'autre l'incendie, nous nous retrouvons dans l'heureuse situation d'attente du 4 septembre , en république provisoire , avec le même personnel gouvernant. 11 ifyade moins que le jeune Gambetta et le vieil Arago, il n'y a de plus que M. Thiers et M. Dufaure. Sauf cela, et sauf deux contributions de guerre à payer et quelques réparations à faire, rien n'est changé. On convient généralement qu'il faut changer; mais, par malheur, M. Thiers ne veut point de changement et se réfute le repos.

Cependant, il faut bien que nous tâchions de savoir ce que nous deviendrons dans huit jours.

Pour le moment, ni force, ni fortune, ni amis au dehors, ni concorde au dedans, une dette terrible, un créancier inexorable, et la plus mauvaise réputation du monde, voilà notre situation. C'est celle du marchand de Venise en présence du juif Shylock, Nous devons payer au juif une somme qui n'est plus dans nos coffres, ou lui abandonner une livre de notre chair.

Ce n'est pas une image. Le juif est là, tenant d'une main la cédule signée Jules Favre, de l'autre, son couteau fraîchement aiguisé. Et point de juge pour dire, à Shylock : Prends garde ! Tu couperas juste la livre, rien de plus, rien de moins, ou tu seras pendu. Shylock est maître, il peut couper comme il voudra. Moins, il peut s'y reprendre; plus, il n'est pas tenu do rendre.

Avec quoi payer?

Point de galion en vue. Rien au large, «pi'une carcasse «l«» vieille tartane appelée la République, absolument vide; à moins de lui compter pour cargaison la peste et les poux. Shylock sourit et affile son couteau.

Cependant, une espérance demeure. Là -bas, làbas, dans une clarté de l'extrême horizon, nous voyons poindre une banderolle connue. Ce n'est pas un galion ; c'est bien plus, c'est bien mieux : c'est le Hucentaurc! C'est la fortune, la paix, la force, l'honneur, c'est le salut de la patrie. Il attend un signal d approche. Le donnerons-nous, ce signal? ee

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qui est certain, c'est que nous le pouvons donner. Aussitôt le noble navire entre au port, et tout en payé ; Shylock s'en va, nos maux sont finis.

Nous ne sommes arrêtés que par un fantôme devant lequel nous avons pris l'habitude dune vile épouvante. Délivrons-nous du fantôme en loi criant qu'il n'existe pas : il s'évanouira. Nous venons le Bucentaurc passer à travers ce spectre , il coulera la tartane pestiférée, et la vie enfin rentrera cher nous. Elle répandra ses abondances parmi nos famines et ses dictâmes sur nos plaies.

Depuis bientôt cent ans, nous formons en Franco deux peuples subdivisés à l'infini, entra lesquels U division n'a cessé de s'envenimer. Pour leur donner les noms du moment, l'un de ces peuples est lersaillcs, l'autre, Paris. Albe et Rome sa haïssaient moins! 11 n'y a plus à le cacher ni à se le cacher. Nous le savons comme le reste du monde, le reste du monde le sait aussi bien que nous et 6*arrange pour en profiter autant que nous y perdons. Eucore un peu, les difficultés de la politique européeune se résoudront à nos dépens ; un morceau de la Fran<* sera l'appoint de tous les traités. 11 n'y aura lion, ours, tijçre ni chacal en Europe qui n'obtienne sou lambeau de notre chair, le subalpin lui-même prendra sa pai t. De la France il ne restera que Paris, ville neutre, ville nocturne où l'on viendra de tou» les coins de l'univers, mais masqué pour n'être point reconnu et pouvoir encore , au retour, recevoir le baiser d'une épouse et d'uu fils.

C'est ce que nos dissensions préparent à l'heure qu'il est, à moins qu'une vigueur de ceux qui ne voudraient pas voir périr la France ne change la route logique de 89, et ne remonte d'un bond vert une autre destinée,

La France monarchique et chrétienne, la France soldat do Dieu était l'expression d'une idée qui A*a point péri et d'un besoin du monde qui ne fut jamais si grand. Cette idée créa la force, procura sa gloire* En l'abandonnant, elle a dégénéré jusqu'à devenir le scandale du genre humain, et jusqu'à toucher les portes de la mort. C'est l'épouvante de la terre. Quoi ! ce soleil s'éteindrait? Quoi! cette énergie, en* coru nécessaire même lorsqu'elle devient funeste, serait à jamais endormie ? 11 y aurait des ténèbres soudaines ; de ces ténèbres s'élèveraient des lamentations et des prières pour demauder à Dieu de rendre la France au geure humain.

Que la France donc se relève, qu'elle redevienne elle-même, qu'on la revoie sur sou chemin de gloire, dans lu lumière deux fois saine de sou bon sens généreux et de sa géuéreuse épée. La France très-chrétienne, la France des croisades et des missions, la France qui fut le geste de Dieu ! Il y aura une immense admiration daus la famille du Chri»t, remise tout <i 11 ii coup et tout entière sur pied. La Frauce est vi\aute ! On le criera d'un pôle à l'autre, et tout le viril édifice de César, si près d'être rebâti, craquera daus ses fondements.

11 ne nous faut qu'une tète. Le corps blessé, quasi gisant, guérira, se lèvera, marchera. Un vient de voir

re que c'est que ce corps français, et si Dieu l'a orjranisé pour les œuvres maîtresses de la vie ! En somme, voilà un siècle entier qu'on lui tire du sanp, tpi'on le charge de chaînes, qu'on l'empoisonne d'infernal venin, qu'on cherche à le dissoudre. Quel autre peuple fut mis à pareille épreuve et eût ainsi résisté ? A travers tant de coûteuses victoires avortées dans la défaite ; malgré la permanence , depuis quatre-vingts ans, de cette guerre intestine qui Ta perpétuellement soumis aux dictatures ennemies de sa foi ; malgré la proscription formelle ou latente de Vesprit chrétien, invariablement écarté de ses conseils, ce peuple n'a jamais manqué de soldats, il a toujours fourni en abondance des religieuses et des prêtres, il a toujours rebâti ses églises, on voit toujours la croix sur son front, on retrouve toujours le Christ dans son cn»ur. Non, non, le Christ ne dit pas que ses Français l'ont abjuré! Dans Paris embrasé la feummite au faite des palais, et il les dévore. Les Tuileries, palais du roi fait par le peuple, r Hôtel de Ville et les théâtres, palais du peuple-roi, sont en cendres. Devant les églises, spécialement vouées à la destruction, l'incendie prosterné se contente de lécher le mur extérieur. Le Christ est là ! Et pendant que la Révolution massacre elle-même ses soldats ivres, Charettc consacre au Sacré-Cœur ses soldats confessés.

Il nous manque un chef, voilà tout. C'est beaucoup, sans doute ! Il nous manque un chef pennaiiont à opposer une fois pour toutes à ces dictatures

permanentes, que fait, défait, refait et nous impose depuis quatre-vingts ans la Révolution. Le chef une fois appelé et installé, mille difficultés tomberont aussitôt, le spectre rouge s'évanouira pour longtemps.

Nous savons ce que doit être ce chef, nous savons qu'il existe, nous savons où le prendre. Dieu nous Ta réservé et nous l'a montré.

11 nous faut un homme qui soit la monarchie indépendante sans être la monarchie absolue ; qui soit au peuple sans être du peuple; que le peuple reconnaisse et n'ait pas créé; qu'un plébiscite n'ait pas fait et qu'un plébiscite no puisse pas défaire, car autrement la Révolution continue son oeuvre et achève notre destruction.

Il nous faut un homme qui soit la monarchie tempérée, mais non pas la monarchie sujette, telle qu'elle nous est apparue dans la personne de Louis XVI, de Louis XVIII, de Charles X, victimes de la Révolution, et plus encore dans la personne de Louis-Philippe, son fondé de pouvoir temporaire, qu'elle n'a élevé que pour la servir, et pour être ignominieusement chassé.

11 nous faut un homme qui soit la monarchie militaire, ear où il n'y a pas d'épée il n'y a plus de France; mais qui ne soit pas la monarchie de camp, de bivouac et de complète comme Napoléon 1", ni la monarchie de caserne et de corps de parde comme Napoléon III, mélange de tout ce que 1rs régimes, l'absolu, le tempéré, le militaire et le révolutionnaire, ont eu de plus mauvais. Je le dis sans

42i) PARU PENDANT là COMMUNE.

vouloir offenser ni même accuser ce prince : les horreurs présentes et la suite qu'elles laissent entrevoir l'excusent presque jusqu'à le justifier.

il nous faut un homme qui soit la République : non pus Robespierre, ni Barras, ni Lamartine, ni rien de ce que nous avons eu sous ce nom de malheur ou de dérision, mais ce que nous pouvons appeler la république de tout le monde, parce que ce serait le règue équilibré do tout droit, la concorde civile par le concours régulier du suffrage universel.

Il nous faut enfin un homme qui ne soit ni la ferre brutale, ni l'intrigue, ni la ruse, ni l'aventure, ni le crime avéré et effronté ; mais qui soit au contraire l'éclatant et invulnérable honneur, et qui nous relève pur la majesté de l'honneur.

La France s'est décriée à la face du monde. Elle est devenue comparable à cette prostituée de l'Ecriture, sur le seuil de laquelle toute souillure humaine u passé et qui ue s'est pas refusée aux derniers goujats. Pour la relever, il lui faut ce que la coutume appelle « un l>eau mariage. » Dans l'Ecriture* le prophète dit à la prostituée : Parce que je t'aime, j'effacerai ta honte, je t'épouserai et j'aurai de toi des fils. C'est le langage de Dieu à la nature humaine : Si' Deus dilcrit mundum.

Eh bien! la France, si elle le veut, a tout cela dan* un seul homme, qui seul est tout cela. C'est Heur) de Bourbon, tils de Prunce, de la race de saint Louis, le premier des Français et en même temps le premier gentilhomme du monde.

iNous umjii:». pour noire compte, l'opposer et le

préférer à M. Thiers, lequel, entouré de M. Picard, de M. Favre et de M. Simon, s'offre à régner sur nous, pour continuer ce qui s'est fait à notre profit depuis 1789 et la Bastille prise, jusqu'à 1871 et Paris brûlé sous les yeux des Prussiens par les communeux, — M. Thiers régnant.

La France a le choix.

Le jour des Hameaux, au retour de la procession, le célébrant frappe à la porte de l'église avec le bâton de la croix. Il dit au peuple : a Princes, ouvrez vos portes, et lo roi de gloire entrera! » Ainsi, d'une certaine manière, Henry de Bourbon, sans se méconnaître et sans s'imposer, frappe aux portes de la France qui a besoin de lui : — Je n'ai pas le moyeu et je n'aurais pas la volonté de forcer vos portes ; mais je suis là. Ouvrez et j'entrerai.

Ou peut ouvrir, ou peut fermer. Le roi entrera avec la paix et la gloire, ou s'en ira, emportant lu gloire et la paix.

Et alors nous gardons M. Thiers entouré de M. Picard, attendant que quclqu'autre s'élève de n'importe quel lieu.

Lt alors ou entendra encore une fois ce terrible cri des ange* qui n'avaient exécuté les vengeauces de la justice que pour frayer le chemin aux miséricordes, et qui voient que les misérieordes seront refusées : Curavunus liabylunan, et non est sanata. Derdinfjuamus t'am! ...

S juin.

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