ET LEUR COMMUNE SOTTISE
M. HamonJ'un des curés de Paris, fort àgéet vénérable, fut, avant-hier, insulté dans la rue. L'insulte venait d'un de ces groupes, généralement altérés, qui traînent par la ville, fréquemment en fiacre, et assez fréquemment aussi avec des dames, hurlant qu'on veut leur mettre « des fers dès longtemps préparés, » et qu'on vient
Jusque dans leuro bras Égorger leurs flls, Jour* compagnes.
Le bon curé passait, ne songeant nullement à leur appliquer a d'ignobles entraves; », mais ces utiles citoyens trouvèrent agréable de lui appliquer leurs propos. Un certain courage est nécessaire pour injurier ce visage et ces cheveux blancs. Ils retirent. Le digue ecclésiastique s'approcha d eux et interpella celui qui avait encore l'outrage h la bouche : « Vous m'insultez, mon ami, lui dit-il ; je voudrais savoir si vous avez plus que moi aimé vos frères et fait davantage pour les secourir J'ai bitli
une maison de refuge pour environ cent vieillards : elle est pleine, et ceux qui l'habitent y sont vêtu*, nourris et soignés. J'ai bâti et doté aussi des écoles pour deux cents enfants. Elles vont bien. Le tout m'a coûté plus d'un demi-million, et je me suis mis pour cela dans les dettes, sans compter d'autres soucis que j'ai encore. »
Il aurait du en dire plus long. Ces œuvres ne sont pas les seules de sa vie sainte et laborieuse. Hais il n'eut pas besoin de prolonger le discours. Son insulteur, nous devons le dire à la louange de cet homme, eut la dignité de lui demander pardon»
Nous ignorons si l'illustre citoyen meunier et député, M. Girault, du Cher, aurait voulu se donner le même mérite. Nous en doutons un peu* M. le citoyen Girault, qui a su si bien moudre, qui sait lire l'imprimé, et qui dégoise hardiment ce qu'il a lu dans les gazettes; un meunier qui s'est fait du pain si blanc, un savant qui s'est fait des opinions si rouges, ne croira jamais qu'il se soit pu tromper. M. Girault, n'ayant pas eu besoin de prêtres pour faire ses moutures, est naturellement convaincu que les prêtres sont de trop ; qu'ils sont mémo gênants dans le maniement et le trafic du moulin, moulin à grains et moulin à paroles.
M. Girault sait de science certaine que l'homme vit seulement de pain, et qu'une civilisation est parfaite lorsqu'elle ne manque pas de meuniers, sur* tout quand les meuniers ne manquent pas d'éloquence, c'est-à-dire de salive. En conséquence, M. Girault décrète qu'il faut aviser à supprimer les
prêt* es ; et pour arriver à ce but philosophique, patriotique et (\ri\ favorise la meunerie, il parle des prêtres à la tribune de façon à les faire insulter dans les rues. Tout cela est selon les moyens intellectuels et oratoires de M. Girault, meunier et homme d'État. C'est tout juste ce que Ton peut apprendre de politique sur le chemin du moulin ; et c'est tout juste aussi oe qu'il faut pour être ramené au moulin, comme M. Girault en fera l'expérience.
Oue M. Ferry et d'autres, moins innocents que M. Girault, parlent comme lui et comme les bons citoyens qui insultent les prêtres dans la rue, en ce moment bien choisi pour de tels actes de bravoure et de telles manifestations de concorde, nous n'en aeramespas démesurément étonnés. C'est ainsi qu'ils peuvent se signaler, et c'est ainsi que nous les connaissons. Comme le gouvernement qui a mis nos affaires dans le brillant état où nous les voyons, ils trouvent l'occasion excellente pour abandonner Rome.
Le fond de leur sac, le fond de leur énergie, leur grande ressource pour établir la République, c'est de faire la guerre a l'Église. La liberté de ne plus croire eu Dieu ne leur suflit pas, il leur faut la liberté de le proscrire. Alors tout est bien; alors les peuples seront grands, seront libres, seront purs. Et des anges jusqu'à présent cachés, les mains pleiues d'un blé qui n'aura pas été semé, le verseront au moulin de iM. Girault, où il se moudra et même su pétrira tout seul. En sorte que M. Girault n'aura plu* qu'à fumer sa pipe aux pieds de M. Ferry, qui
lui apprendra l'éloquence cultivée. Et si ces messieurs s'ennuient, l'un de la rusticité vaniteuse de son auditeur, et l'autre de la platitude vaniteuse tle son orateur, les peuples viendront se livrer la guerre au bas du moulin, pour donner au meunier et à l'avocat l'occasion d'exercer leurs connaissances militaires. Ainsi faisaient les patriciens de Rome antique lorsqu'ils régalaient. Ne sachant pas beaucoup causer, ils dépensaient quelques paires de gladiateurs.
Laissons ces hommes du moulin. Il n'y a nul espoir de les convaincre, le bon argument n'est pas encore prêt. Qu'importe le petit épisode répugnant qu'ils pourront remplir dans la catastrophe générale! Le navire surnagera, et ils resteront au fond, plusieurs sans que leurs mains parricides se soient levées vers Dieu. Quand ils auraient la joie de faire les belles actions des Danton, des Marat et des Hébert, ils en auront le destin final. Cela coule. Les monstres de la première révolution sont plus morts que ceux qu'ils ont assassinés. Ce qui nous cause plus d'ennui que les revenants rouges, c'est de voir avec eux M. Gambetta.
Selon certains connaisseurs estimables, M. Gambetta n'est pas seulement une flûte plus distinguée que M. Jules Favre et tout le reste de la musique de la chambre julienne. Ils le disent intelligent. Us disent même que c'est un homme. Alors que fait-il làdvdans, et pur quels côtés défectueux de sa raison et de son cœur peut-il s'assortir à cette bande t/iAti- M'jine, qui rêve et propose bêtement les vieilles cordes et le vieux couperet de 93?
L'impiété, l'insulte à la prière, la persécution, la rupture violente du monde avec Jésus-Christ, est-ce donc là le dernier mot des républicains, et un siècle bientôt plein de sanglante histoire ne leur a-t-il pas appris autre chose? Est-ce que M. Gambetta, l'homme intelligent du parti , eu est là , comme tout ce mortier à bâtir des dictatures, qui no cesse d être fange que pour se dissoudre bientôt en poussière, et qui demande alors qu'on le ramène à l'état de fange en l'arrosant de sang? Et s'il se distingue de ces niais désastreux et déplorables, pourquoi le voit-on avec eux? Quelle est la différence de fond entre M. Gambetta et M. Girault le meunier, ou M. Àrago, Thomme aux ailes de pigeon rouge? Que fait il parmi ces irrémédiables embourbés?
Il n'y a qu'une maladie mortelle des hommes et des nations, c'est l'impiété. Elle tue l'âme, l'Ame des peuples comme l'âme des individus. Un peuple impie est un peuple non-seulement tyrannisé, mais fait pour la tyrannie. Il livre sa conscience ; d'ineptes et infâmes dictatures prennent sa chair et la vendent à César. Ses tribuns sont de la graine de chambellans. Us se pressent à la tribune, parce que c'est le chemin le plus court pour arriver à l'antichambre.
Si M. Gambetta veut faire ce métier, qu'il renonce à l'espoir d'avancer les affaires de la République ! Pour avancer les affaires de la République, il faut être autre chose qui* de tels républicains.
Nous disions l'autre jour à un républicain : Soyez catholiques, nous serons républicains. Ce que nous «lisions daus une conversation privée, nous ne crai-
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gnons pas de le répéter à haute voix. Nous baisserons même nos conditions. Nous ne demandons pas «îx républicains d'être catholiques. Cette hauteur demande des qualités d'haleine et de muscles qu'ils n'ont pas tous. Nous leur dirons simplement : Laissez-nous être catholiques, et nous serons répubEcains. Mais s'il s'agit d'éteindre le sacerdoce et de rompre avec le Christ, non. Nous n'avons pas livré nos âmes à la monarchie, nous ne les livrerons pas à la République.
Nous maintiendrons nos âmes dans leur liberté, et nous ne vous les laisserons pas opprimer. Essayez ee que vous pouvez faire contre nous, nous verrons ce que vous saurez faire sans nous. Nous verrons ce que deviendront les moulins et les tribunes.
Mais ce sont de vieilles et abjectes chimères. Vous ne ferez rien, sauf peut-être quelques dégâts honteux et de courte durée, parce que vous n'avez pas une idée à donner au monde. Le monde est loin de vous, loin de vos sottises féroces. Le monde ne veut ni de César, ni de Brutus. Il a besoin d'un inconnu que vous ne pouvez lui offrir ; il a besoin du Christ, dont il ne sait plus le nom, ci dont pourtant il se souvient. C'est lui, c'est le Christ, qui est cet inconnu, le législateur introuvable de la liberté. Le moment n'est pas loin où vous aurez accompli votre rôle providentiel, en forçaut tous les regards de se tourner vers sa radieuse image.
faris tondant le sifcE. 27
1 6 août.