‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 78 sur 150 · CX Y · texte numérisé non relu

CX Y

1& janvier.

PENSÉES DE NUIT d'o BOMBARDÉ.

La Providence m'a situé sur le bon cAfé d' étroite lisière que l'obus , a dans l'état présent de U science, » n'a pu encore franchir. 11 s'efforce , il «t le Benjamin du progrès, il a sujet d'espérer. Si visite la plus rapprochée est à une minute, — ose minute de mon pas, non du sien. Je ne m'étonnerais point qu'il avalât cette distance. — Le pénie de l'homme, dit fièrement Coquelet, a aboli la distance.

PAJU8 PENDANT LE 81É6E. 117

— Monsieur Coquelet, répond l'obus, vous avez raison. A l'instant même je pars de Berlin, à l'instant même je suis chez vous. Siècle merveilleux... pour qui a des obus !

La distance était une cuirasse, et il y avait cet autre rempart qui s'appelait la crainte de Dieu. Dans un court espace de temps, on a simultanément supprimé la distance, diminué la crainte de Dieu et perfectionné l'obus. Il en est résulté des bombardements sur lesquels on ne comptait pas. Tout cela pourrait donner à penser que l'un des principaux ouvriers du progrès matériel, et peut-être le directeur général de l'usine, est « celui qui fut homicide dès le commencement. » C'est un grand artisan à sa manière. Les hommes qu'il est parvenu à diviser par la croyance, il est parvenu à les rapprocher par l'obus. Ceux qui étaient appelés à s'embrasser s'entre-tuent.

Si l'obus n'entre pas encore dans ma maison, il entre beaucoup dans ma pensée, surtout la nuit. Nous causons , lui et moi, un peu à bâtons rompus. Quoique monotone, il ne laisse pas de dire des choses qui intéressent. Il en dit aussi qui émeuvent. Entre le moment où sou départ est notifié par un certain frémissement des vitres, et le moment où il éclate, il y a quelques secondes où l'attention se réveille en sursaut 9 parfois très-puissamment. 11 vient à l'esprit quantité d'idées, quantité de souvenirs.

On apprend, ou devine, on voit clair loin en arrière, très-loin en avant. On embrasse du même coup d'œil les spectacles les plus divers, paysages tranquilles, fraîches solitudes, étangs bordés d'ombrages

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l'feS PJUU6 PBMD1KT «E «tiOK.

ot de fleurs, théâtres de dévastation, mares de san*. cadavres horriblement mutilés. On Anime des étreintes, on porte des coups, on s'envole dons la liberté. on est traîné en esclavage, on envoie à la terre du» taisers, des adieux, dos pardons, des iniiiédirftxm~ aussi, on envoie au ciel «des prières. On se. rendait sur l'espérance,, qui. est toujours lu, offrant «on bienfaisant oreiller.

La maison que j'habite est la propriété d'une obr*> tienne qui a donné à -Dieu et à saint Pierre son fik unique. Elle Ta donné deux fois : la première quand il est parti, la seconde quand dl est mort de ses blessures après Castellidardo. Elle. était là présente, vu cierge à la main, et lorsque son oher enfant eàt rendu laine, elle se mit à penoux «et bénît fliien. 'Elle a lait placer sur la porte de sa 'maison une 'médaille de la suinte Vierge ; c'est sa palissade contre l'obus. Nous donnons , ronflants on l'acte de foi d»* cette martyre. Si l'obus traverse ila palissade. c'est que Dieu aura ses raisons ; l'acte de fui ue sera pas perdu.

'En attendant, puisqu'il convient de remplir ta tâebt' et que le journaliste n'est pa&dispeiisé de faire soa article, mAme «piaud on le bombarde, je dirai quek|oet~ unes de mes penses de liombardé, la nuit. L'on m'excusera bien de ne pus les mettre tout à fait m ordre.

Jusqu'à présent bomlwirde à la plume, je le suh doue maintenant ù l'obus. Selon moi, ni l'un ni l'autre m» font le plus faraud honneur au bon sens et à la justice de l'espèce I minai ne. Des deux cAtés, les ar-

P4R1fi VKMDMWt XSL SIÉQE. i'f9

gumeuts ont un air de famille. Cependant T obus empêche mieiiK de «dormir et de répondre.

•Gomme j'ai savouré l'impuissance de répondre à la plume de M. Havin, je savoure fnnpnissance de répondre à l'obts de M. de Bismark. M. Havin nfa imposé sa statut de Voltaire, résumé de beaucoup d'antres insolences, symbole et annonce de beaucoup de périls plus grands, fl a "fini par me procurer la visite «de M. de Bismark, pour lequel il ne manquait pas*d'eHtime, et M. de Bismark pourna m 'imposer j ne sais quoi qui sera dur à digérer. En attendant, dérange mon somme, ce que le digne Havin et tout ce qu'il va H 'havin ries sur la terre n'obtenaient pas, san* excepter le pasteur Pressensé. Néanmoins, il existe dos consolations et même des compensations.

Gel insondable fonds de bêtise qui constitue la richesse du sol bavinion, je le vois apparaître sur le sol hisinarkien. L'instinct de M. Ilavin ne le trompait pas. Ll avait ilairé son Bismark. M. de Bismark, les mains pleines de tonnerres, n'est pourtant qu'un ha vinite. C'est la consolation.

Apre* tout, qu'est-ce que cela fait que M. de Bismark écrase Paris, orné de la statue de Voltaire par M. Havin ? .Et qu'ent-oe que cela fait aussi qufL m'empêche de répondre en me jetant sur le dos les ruines de Paris? 4e n'ai pas besoin de répondre pour être plus fort que M. de Bismark, le suis avec la conscience humaine, qui répondra pour moi. Les tonnerres «le M. de Bismark n'écraseront pas la conscience humaine. Ils la réveilleront au contraire, et M. de Bismark sera écrasé.

Que M. de Bismark soit écrasé par la conscience humaine, ce ne serait pas la compensation. Certaine* ment il se moque de la conscience humaine. Celte qualité est nécessaire à son personnage, comme son personnage à la civilisation où il apparaît. L'avantage de ne tenir aucun compte du jugement de Dieu procure l'avantage de se rire absolument du jugement de la postérité. C'est ce qui permet aux grands hommes de cette sorte une telle exécution des grands desseins qu'ils peuvent concevoir. Avec cela on bombarde tranquillement une ville, afin de procéder ensuite avec méthode et sécurité à la destruction d'un peuple. Et c'est ce qui me permet, à moi, d'expri* mer tranquillement la conviction où je suis que M. de Bismark est d'ailleurs une franche brute , comme au surplus beaucoup de personnages bien notés dans l'histoire, entre lesquels la plupart des conquérants.

Je ne crois pas téméraire de considérer à peu près tout conquérant comme une bète à deux jambes, qui enfourche une béte à quatre pattes ; et ces deux bêtes n'en font plus qu'une pendant un certain nombre d'années qui lui sont données et qu'elle ne connaît pas. Il est donné à la bète d'aller devant elle à droite et à gauche, farouche, inquiète, dévorée d'orgueil, de dépit , même de terreur, pataugeant dans le sang humain , à la recherche d'une certaine provende qu'elle ne trouve jamais. Après quoi elle tombe et crève, et va pourrir.

Mieux vaut goujat debout...

Et puis accourent les bétes d'encre : poètes , penseurs, historiens, qui disent là-dessus ce qui vient de leur fonds, généralement frivole, ou ce qu'on leur commande, ou ce qu'ils trouvent de meilleur débit sur le marché Ilavin, populeux, et amateur de bêles rares et terribles. Ainsi Napoléon Ier fit sa fortune posthume, qui ne l'empêche pas de faire banqueroute dans son tombeau redoré. Grâce à la béte d'encre, l'immense brute populaire caresse les conquérants. Elle admire en eux plusieurs de ses qualités : ils bousculent, ils détruisent, ils pillent, ils étalent leur force, et ils en abusent. Ils foulent aux pieds particulièrement la force morale. Un conquérant, cela traite de si haut tout droit, tout titre, toute justice, toute majesté! Cela passe d'un pied si dédaigneux sur les barrières, sur les trônes, sur les autels! Et il faut à un conquérant tant de laquais de toutes sortes ! Les conquérants font les beaux triomphes de la démocratie. Et enfin la brute populaire a un goût pour être dévorée.

La vérité est que la bête qui a cherché sa provende idéale et qui ne Ta pas trouvée a fait un travail de Dieu. Elle a défriché et labouré. Elle a exercé des justices, opéré des châtiments, relevé des vertus; elle a enlin réveillé la conscience humaine. C'est le grand ouvrage, le grand travail de Dieu nécessité par le travail contraire de la liberté humaine.

On pourrait, je crois, dire que le libre arbitre n'a point de souci qui le presse autant que celui d'endor-

Que M. de Bismark soit écrasé par la conscience humaine, ce ne serait pas la compensation. Certainement il se moque de la conscience humaine. Cette qualité est nécessaire à son personnage, comme son personnage à la civilisation où il apparaît. L'avantage de ne tenir aucun compte du jugement do bien procure l'avantage de se rire absolument du jugement de la postérité. (Test ce qui permet aux grands hommes de cette sorte une telle exécution des grands desseins qu'ils peuvent concevoir. Avec eela on bombarde tranquillement une ville, afin de procéder ensuite avec méthode et sécurité à la destruction d'un peuple. Et c'est ce qui me permet, à moi, d'expri* mer tranquillement la conviction où je suis que M. de Bismark est d'ailleurs une franche brute , comme an surplus beaucoup de personnages bien notés dans l'histoire, entre lesquels la plupart des conférants.

Je ne crois pas téméraire de considérer à peu près tout conquérant comme une béte à deux jambes, qui enfourche une béte à quatre pattes ; et ces deux bètes n'en fout plus qu'une pendant un certain nombre d'années qui lui sont données et qu'elle ne connaît pas. Il est donné à la béte d'aller devant elle à droite et à gauche, farouche, inquiète, dévorée d'orgueil, de dépit , même de terreur, pataugeant dans le sang humain , à la recherche d'une certaine provende qu'elle ne trouve jamais. Après quoi elle tombe et crève, et va pourrir.

Mioux vaut goujat oYlxmt...

Et puis accourent les bêtes d'encre : poètes , penseurs, historiens, qui disent là-dessus ce qui vient de leur fonds, généralement frivole, ou ce qu'on leur commande, ou ce qu'ils trouvent de meilleur débit sur le marché Havin, populeux, et amateur de bêles rares et terribles. Ainsi Napoléon Pr fit sa fortune posthume, qui ne l'empêche pas de faire banqueroute dans son tombeau redoré. Grâce à la bête d'encre, r immense brute populaire caresse les conquérants. Elle admire en eux plusieurs de ses qualités : ils bousculent, ils détruisent, ils pillent, ils étalent leur force, et ils en abusent. Us foulent aux pieds particulièrement la force morale. Un conquérant, cela traite de si haut tout droit, tout titre, toute justice, toute majesté ! Cela passe d'un pied si dédaigneux sur les barrières, sur les trônes, sur les autels! Et il faut à un conquérant tant de laquais de toutes sortes ! Les conquérants font les beaux triomphes de la démocratie. Et enfin la brute populaire a un goût pour être dévorée.

La vérité est que la bète qui a cherché sa provende idéale et qui ne Ta pas trouvée a fait un travail de Dieu. Elle a défriché et labouré. Elle a exercé <les justices, opéré des châtiments, relevé des vertus; elle a enfin réveillé la conscience humaine. C'est le grand ouvrage, le grand travail de Dieu nécessité parle travail contraire de la liberté humaine.

On pourrait, je crois, dire que le libre arbitre n'a point de souci qui le presse autant que celui d'endor-

MM FBNlKAirr TE SIÈGE. *f23

Malgré le caractère IbHftique de -leur collaborateur Ppesseosé, ministre du parfait "évangile, les superfins et >les entretins tin Journal 'des Débats se sont 1ant moqués de moi, pour avoir comparé le roi de (Prusse à Seimachérife 1 1 e -pme Hf . le ^pasteur 4e refendre ces « 'libertins. * 'Qu'il repasse sonlsàle : en ces jours de 'bombardement, c*e!rt une lionne et lumineuse lecture, tft il leur justifiera ma comparaison. SennachéTÎb est envoyé pour Téveîller la conscience (ThraPl endormi dans l'orgueil, dans l'impiété, dans 'le luxe, dans favamee , dans la mollesse, dans le lâche consentement qu'il donne aux crimes de se* roisdevem» quasi -prêtres des iddles.11 s'agH précisément d opéreren^srafllle fameux « relèvement moral » que M. de^ressensé reconnaît nécessaire et prêche avec tant d'efficace sur les planches de la Porte-Smnt-Martin, où il remjflace la Biche aux Vois. Purifier 4sraPl, tel était le but divin de l'expédition d'Assur. Isaïe le dit en propres termes vingt îois. Certainement <M. de Prcsscnsé ne niera pas que ce-ne soit aussi le but de l'expédition prussienne chez TIsraël moderne. Il invoque le « relèvement; » donc il atteste le rabaissement. Etnous voilà d'accord.

Au Jtturrtt' des i)éba$s , ils objecteront peut-être, car ils sont retors , qu'Àssur (ou 8ofmaehérib)'ne se préoccupait pas du tout de relever Israël, et, tout au contraire, voulait le battre et l'abattre, et se grandir lui-même, et surtout piller la ville et le temple et le peuple; et qu'autant s'en propose le roi de Prusse. (/est très-vrai. A&sur est plein de superbe ot d'inso-

lence. Il n'aspire qu'à ravager et à détruire les peuples, non pour un peu. C'est le vœu de son cœur. Ad conterendum erit cor ejus, et ad internecionem gentium non paucarum. Il se dit : Est-ce que je ne suis pas le plus grand prince de la terre? Est-ce que mes généraux ne sont pas autant de rois ? Numquid non principes mei simulreges sunt? Est-ce que je n'ai pas pris Calane et Charcamis, Arphad et Emath* Samarie et Damas? Je m'agrandirai encore. J'ai pris beaucoup, je prendrai davantage. J'emporterai les trésors de Jérusalem , comme j'ai déjà emporté ceux de Damas et de Samarie. Qui m'empêchera? Numquid non sicut feci Samariœ sic faciam Jérusalem?

Ainsi s'entretient en son cœur le grand Sennachérib. Il n'y a pas à dissimuler que ce discours sent très-fort son Prussien.

Mais il ne s'agit pas de ce que le conquérant sa propose de faire par lui-même et pour lui-même. Cela n'importe que très-médiocrement , le foin que dévorera cette bète ! Il s'agit de ce qu'il fait pour le compte de Dieu.

Or, Isaïe a charge de le dire, afin que nous ne l'ignorions pas. Voici donc la mission d'Assur : « J'ai mis ma colère dans la main d'Assur. Je l'enverrai à un peuple qui m'a trahi et contre lequel je suis indigné, afin qu'il en remporte les dépouilles, qu'il le mette au pillage et qu'il le foule aux pieds comme la boue des rues, quasi lutum platearum. t Tel est l'état d'une nation qui a besoin du relèvement moral. Car le relèvement moral est le but suprême de Dieu, qui ne châtie pas pour le plaisir de châtier,

nous le verrons font à l'heure ; et c'est la compensation aux horreurs que nous devons subir. J'achève de justifier ma comparaison.

Dieu donne à SennacLérib les qualités militaires qui distinguent le Prussien. U s'est bien outillé, il a bien étudié son plan de campagne et la route qull doit suivre. 11 sait par où il passera, quelles villes il prendra en passant, quelles autres il dédaignera. M. de Moltke n'aurait pas mieux tracé sa marche, et Israël l'aurait connue longtemps à 1 avance, s'il n'avait pas cru meilleur de dédaigner les avertissements divins. Assur est vigilant, ne se laisse pas surprendre, ne dort pas, ne dépose pas ses armes; il a soin du pied de ses chevaux et de la chaussure de ses soldats. Il accourt avec la promptitude des abeilles au sifflet du maître ; il est nombreux comme les sauterelles ; il envahit la Judée, il l'inonde; en un instant on le voit partout. 11 est comme un moissonneur dans les blés, fauchant l'homme; il est comme un rasoir, et il rase tout ce malheureux peuple des pieds à la tête. Le voilà devant Jérusalem. Là il s'arrête. U ne veut entrer que le lendemain, mais il ne doute pas d'entrer. 11 étend la main vers la ville et le temple, et il dit : C'est à moi !

N'y a-t-il pas là de comparaison à faire? Hélas ! puisse seulement la comparaison se suivre jusqu'au bout ! En ce moment même, en ce moment de terreur, le prophète avertit le peuple fidèle de se rassurer, et leur dévoile tout le dessein de Dieu : Malheur à Assur ! 11 ne sait pas qui l'envoie. La cognée se glorifie contre celui qui s'en sert ; mais le Dominateur,

Ï2ti PAB1S rHUNDAAT LK Sl*6£.

le Seigneur Dieu des Armées fera sécher de maigfceur les forts d'Assyrie, et sous leur victoire, il se formes* un feu qui les consumera. La lumière d'Ieraêl sert le feu, et le Saint d'Israël sera la flamme qui embrasera et dévorera en un jpur le» épines d'Assur... et le Liban tombera avec sa-oouronne de hauts cèdres... Et Libanus cwn exceUis cadet.

Cette prophétie du châtiment est liée à ht prouesse du Rédempteur et de l'extension de son règne; £lk annonce en même temps le rétablissement de IfcjuSftice en Israël, si toutefois Israël veut ouvrir les ymM* Les deux choses apparaissent mêlées dans la même vision. Si M. de Pressensé savait lire la. Bible, il aurait des idées plus nettes sur le « relèvement moral. »

Je le prie d'écouter ce qui me console la mit, lorsque j'entends siffler l'obus. Il saura, ce qui ne fait espérer que ni les Seunachérib, ni les Guittauass, ni les Bismark, ni les liavin ne seront longtemps les dominateurs du monde, mais au contraire périront et seront emportés par les conséquences mfanf* de leurs victoires d'un jpur.

Le prophète s'adresse à ceux du peuple qui ont

gardé la foi, c'est-à-dire ceux en qui le « relèvement

moral » est déjà effectué , parce qu'il» savent que 1»

justice de 1) îeu prononce le dernier mot des choses

humaines.

H leur dit qpa Dieu 1m dé livrerai de leurs prinees complices ch^s larrons, eti qu'il les purifiera en* mêmes de leur écume. Après quoir irritai) Ib* leurs

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juges, comme ils ont été d'abord, observateurs des lois divines et protecteurs des faibles. Alors leur nation sera appelée la cité du juste, la ville tidèle. Sion, rachetée par un juste jugement» sera rétablie par la justice. Sion in judicio redimetur, et redUcent eam m justifia.

Toi est l'oracle ; il est fidMe, et les canons de M', de Bismark ne le fausseront pas et ne l'aboliront pas, pas plus que ne l'ont faussé et aboli les interprétations de» sage», le» négations des politiques et les découvertes des savants. 11 est dit de toos oes gens-là qu'ib périront , «pi'ils seront confondus par les idoles mêmes auxquelles ils ont sacrifié, que leur force sera comme une étoupe sèche, et leur ouvrage comme une étincelle de feu, et que l'un et l'autre s'embrasera sans qu'il y ait personne pour l'éteindre. Ayant en main le pouvoir, ils prépareront eux-mêmes leur perte par la scélératesse et la sottise de leurs actions.

Cela s'est vu, cela se reverra, et ce que M. de Bismark fait de plus certain , c'est qu'il déracine le pays qu'il compte élever au plus haut point de puissance et de gloire. Lui aussi, il a préparé l'étoupe ; lui aussi, il allume le feu ; lui non plus, il n'éteindra pas l'incendie.

Il a tort de compter pour rien les pleurs et le sang des enfants et des femmes. Ces obus qu'il lance sur les hôpitaux et sur les églises éclateront en Phisse. Pour ceux-là, on en peut répondre : la Prusse fait

couler un sang qui sera redemandé sur la terre et au ciel.

L'obus suggère encore d'autres pensées, mais j'étais plus pressé d'exprimer celles-ci, parce qu'ils se disent entre eux, suivant leur vieille coutume, lorsqu'ils parlent de nous : UbiestDeus eorum?Oii il est, nous le savons bien, et ce qu'il fait, nous le savons aussi, et pourquoi ils sont venus, nous le savons encore, et ce dernier point les touche autant que nousmêmes : Deus regnare facit hominem hypocritam propter peccata populi.

A cause des péchés du peuple, l'hypocrite a régné multipliant les péchés du peuple. À cause des péchés du peuple, l'hypocrite est venu portant dans ses mains une justice qui n'était point de lui et qui ne venait point de son cœur. A cause des péchés du peuple, l'hypocrite envoyé par la malédiction remportera la malédiction, et elle sera chez lui comme un feu qu'il ne pourra éteindre.

cx;vi

10 janvier.

Le gouvernement de la défense nationale vient d'adresser la proclamation suivante aux habitants de Paris :

Citoyens,

L'ennemi tue nos femmes et nos enfants; il nous bombarde jour et nuit; il couvre d'obus nos hôpitaux. Un cri : Aux arm«'S ! est sorti de toutes le3 poitrines.

Ceux d'entre nous qui fteuvent donner leur vie sur le champ de bataille marcheront a l'ennemi; ceux qui restent, jaloux de se montrer dignes de l'héroïsme de leurs frères, accepteront au besoin les plus durs sacrifices comme un autre moyen de se dévouer pour la patrie.

Souffrir, et mourir s'il le faut, mais vaincre.

Vive la république !

Les membres du gouvernement,

JULES FAVRE, JULES FERRY, JULES SIMON, EU- GENE IF.LLETAN, ERNEâT PICARD, GARNIE!- PAGES, EMMANUEL ARAGO.

Les ministres,

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