CONSEILS POÉTIQUES DE M. HUGO
S'il en faut croire le Journal officiel, M. Hugo a fait « les vers suivants : »
DANS LE Cl ROLE
Le lion du midi voit Tenir l'ours polaire.
L'ours court droit au lion, grince, et, plein de colère,
L'attaqua, plus grondant que l'autan nubien.
Et le lion lui dit :
— Imbécile! c'est bien.
Noua sommes dans le cirque, et tu me fais la guerre.
Pour qui? Vois-tu là-bas cet homme au front vulgaire?
C'est le nommé Néron, empereur des Romains.
Tu combats pour lui. Saigne! il rit, il bat des mains.
Nous ne nous gênions pas dans la grande nature.
Frère, et le ciel sur nous fait la même ouverture,
Et tu ne vois pas moins d'astres que je n'en vois.
One nous veut donc ce maître assis sur un pavois ?
Ouoi donc ! il règue, et nous, nous mourons par son ordre;
Et c'est à lui de rire, et c'est à nous de mordre.
Il nous fait massacrer l'un par l'autre, et pendant,
Frère, que mon coup d'ongle attend ton coup de dent,
11 est là sur son trône «*t nous regarde faire.
No* tourments sont ses jeux. 11 est d'une autre sphère.
Frère, qu.iad nous versons à ruisseaux notre sang,
Il apf>elle cela de la pourpre. Innocent,
Niai'», viens m'attaquer. Soit. Mes griffes sont prêtes.
Mais je pense, et je dis que nous sommes des bétes
IKî nous entre-tuer avec tant de fureur.
Et que nous ferions mieux de manger l'empereur.
Victor Hugo.