‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 85 sur 150 · SUPPRESSION DES CLUBS ET DES JOURNAUX INCENDIAIRES · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DES CLUBS ET DES JOURNAUX INCENDIAIRES

La suppression des clubs et des journaux incendiaires était une mesure inévitable après l'émeute T. C'est une loi de la République d ériger ces sorte» d'œu vres, et de les détruire lorsqu'elles ont amené le mal qu'elles doivent nécessairement enfanter. Rien n'est plus connu, et tout le monde sait comment l'opération se pratique, depuis le commencement jusqu'à la fin.

La graine de club et de journal se sème dans la période d'opposition, sous le gouvernement régulier ou supposé tel. On dit alors qu'il n'y a point de liberté plus nécessaire que celle-là, ni plus innocente; qu'elle est proprement le droit de l'homme, le droit de la vérité, la lumière de la vérité ; qu'elle fait connaître les besoins, les vœux, les aspirations du peuple ; que le mal en est simplement apparent et le bien réel ; que le bon sens populaire fait justice des excentricités et profite du reste, etc., etc. Personne n'en croit un mot, mais aucun bon républicain ne manque de le dire, et aucun bon libéral n'y contredit.

(I) Émeute du 21 janvier, conduite par Flourens et Sepia. et où furent tués plusieurs individus.

Ce concert d'impudence et de lâcheté est invincible. La république est proclamée , incontinent les clubs et les journaux incendiaires sont en besogne. C'est l'heure des drôles, des gredins et des fous. Tout le monde en a bien vite assez et plus qu'assez ; mais la machine est montée, il faut qu'elle fonctionne. Elle remplit de haine, d'orgueil, de convoitise et de délirt la foule que Ton vient d'armer. Les coups de fusil suivent de près, la suppression est prononcée avec un applaudissement général.

On doit rendre cette justice au gouvernement de la défense nationale qu'il a tardé autant qu'il a pu. Avant de porter la main sur la liberté innocente et sacrée des clubs et des journaux, il a loyalement voulu laisser exécuter la peine de mort, prononcée implicitement contre les auditeurs des clubs et contre les lecteurs des journaux par la création même de l'institution.

Quelques pauvres diables, qui n'avaient pas suivi les clubs et qui ne lisaient pas les journaux, ont pu être estropiés ou tués par l'éclat prévu de la machine. Mais le devoir les ayant amenés là, ou le hasard les ayant fait passer par là, ces coups malheureux n'entrent point en ligne. On les inscrit, à profits et pertes, au compte du « jeu régulier de nos libres institutions. » Et il faut avouer que nous en sommes quittes à bon marché; car enfin, si les clubs et les journaux réussissaient, ce serait bien autre chose.

On a remarqué que M. Flourens et M. Sapia étaient de la partie. Nous avons parlé des princes

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populaires qui figurent dans nos troubles, où U* jouissent de privilèges au moins égaux à ceux que l'ancienne constitution monarchique pouvait faire aux princes du sang. Le Flourens, en dépit de sa folie manifeste, et même le Sapia, en dépit de son histoire ignominieuse inutilement révélée, font figure dans l'histoire de la' révolution de 1870, h côté des Eudes, des Mégy et des Ara go. Quand ces princes ont géré les fonds publies, ils s'en vont sans aucune reddition de compte, avec une bonne petite sinécure en guise de pension. Lorsqu'ils ont violé la paix, conspiré en plein jowr les armes s la main et fait quelque autre tour de hante fantaisie, s'il faut les mettre à l'ombre, ils en sortent à lenr gré. Ils ont des gens au dedans et an dehors poor leur ouvrir la bastille, ils exécutent une promenade militaire en ville, ils pillent les provisions, ils tirent des coups de fusil, et ils n'en seront que pins recominandables aux élections prochaines. \oilà des princes ! Leurs moindres domestiques font arec le même laisser-aller de semblables fredaines. Par exemple, s'ils ont eu jadis quelques démêlés avec la justice ou correctionnelle ou consulaire, une petite faillite, une légère tricherie, s'ils ont tourné le rmk la grecque et fait une vole indue, ils se donnent des lettres d'abolition. Et vive la République démocratique et sociale, une et indivisible!

Il y a quelque chose de charmant dans une lettre de M. Jules Ferry, citoyen maire, ou maire général, aux vingt maires ou sous-maires de Paris. Leur racontant la tentative des séditieux, — laquelle ne dît

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fere guère de celle qu'il a exécutée plus habilement le l septembre, — il fait cette réflexion, en son style ému et maearonique :

Ainsi, par le crime de quelques-uns, cette extrémité douloureuse n'aura pas été épargnée à notre glorieux et malheureux Paria. Lue agression aussi Itcke qutfolU a seuWé une page si pure. Vous eu serez comme moi pénétrés 4e la plus profonde douleur.

Paris traité de « page *i pure, » c'est certainement une des pins grandes hardiesses de la rhétorique municipale; le yieil Arago n'aurait pas osé cela, et la signature de M. Ferry y ajoute le je ne sais quoi... a Uno agression aussi lâche que foHe a souillé cette page si pure! » — Jules Ferry.

M. Ferry n'est pas doué de ce genre de tempérament qui fait que Ton reste de sang-froid dans les occasions chaudes. C'est pourquoi sans dojite la lettre en question, écrite d'une main secouée par l'impétuosité du pouls, a été exclue du tournai officiel. Nous demandons qu'elle y soit recueillie. Liberté, fraternité, égalité!

CXXIf

Î3 janrier.

M le contre-amiral Touchard a prononcé quelques aroles d'éloquence sur la tombe du jeune lieu'e îant

de vaisseau Kdgard Saisset. Elles respirent la piété, le courage et l'amitié. Nous les reproduisons comme un hommage rendu à ce noble jeune homme, l'un de ceux en qui nous pouvons au moins nous glorifier de nos défenseurs, qui tiennent d'une main également vaillante et innocente le drapeau de la patrie, et qui ont le privilège de l'arroser en même temps du sang de leurs veines et du sang de leur cœur. Ce sont ceux-là qui auront le droit de ne jamais désespérer. Deux choses purifient l'air empoisonné que Ton nous fait respirer : l'obus qui tombe sur nos péchés, et la parole ou plutôt la prière et l'acte de foi qui montent de nous vers Dieu :

Encore un deuil, encore une mort ajoutée à toutes ces morts glorieuses, à ce long martyrologe de la défense de Paris !

Chaque jour, officiers et matelots, matelots et officiers, tombent côte à rôle, unis dans la mort comme ils le sont dans la vie, par une étroite solidarité de péril et d'honneur; ils tombent, et la patrie reconnaissante recueille leurs noms pour Jes garder, pour les honorer dans l'histoire de cette lutte suprême.

Adieu, jeuue et généreuse victime d'une cause juste et sainte! Dieu a des miséricordes infinies pour ces défenseurs du pays qui tombent sur le champ de bataille. Déjà il vous a recueilli dans son sein. Implorez-le à l'heure présente, implorez sa bonté et sa justice pour le triomphe de la cause que rous avez vaillamment défendue.

Messieurs,

En présence de ce cercueil, qui renferme tant de jeunesse et d'espérances anéanties d'un "seul coup, mon cœur est saisi d'une indicible tristesse; mais il s'en dégage en même temps ce crid'énergi'j i ; espoir et d'ardent patriotisme:

Dieu sauve k* Trance!

24 janvier.

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