‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 95 sur 150 · VUE DE LA PROVINCE PENDANT LE SIÈGE · texte numérisé non relu

VUE DE LA PROVINCE PENDANT LE SIÈGE

A présent que nous commençons à recevoir dos Lettres de la province, nous commençons à connaître l'histoire des efforts héroïques de Gambetta, l'homme aux proclamations sonores. Nous analysons une lettre qui nous est écrite du Loiret, le 11 février.

Depuis trois mois, je suis le très-humble et trèsobéissant sujet de S. M. l'empereur et roi. Je vie néanmoins. C'est tout ce que je pouvais espérer et tout ce qui me reste à craindre.

Notre département a été cruellement traité, votre village tout particulièrement. Il y ad* sang de vos cousins sur la tombe de vos pères.

Si à Paris vous avez cru aux armées de la Loire , ans armées du Centre, aux armées de l'Est, tenea-von» pour bernés, et vous le méritez bien. Vous ne connaissez pas la vantardise et l'ineptie républicaines.

Il a été formé sans doute d'énormes entassements d'hommes, de chevaux, de canons ; d'armée, point. Pour faire des corfis, il faut des tétas, îl en faut an moins une. lTn moment, une tête a paru; immédia* tement on l'a coupée. C'était une tète, donc elle pouvait n'être pas républicaine : — coupée!

La République ou la mort!... Encore s'ils di-

saient : et la mort, cola commencerait à être plus honnête. Mais ce no serait pas le vrai mot. Le vrai mot, c'est : La bourse et la vie. Et la vie, car si Ton vous laissait la vie, vous auriez l'indélicatesse de vouloir reprendre la bourse.

Contre les Prussiens, il pourrait nous rester quelque chose. Contre les révolutionnaires , nous n'avons plus que leur propre bêtise. 11 est vrai qu'elle est immense. Mais, hélas! combien cette immense bêtise est plus précieuse encore pour les Prussiens.

Us vous disaient donc qu'on allait vous débloquée, vous ravitailler? Ils mentaient autant qu'ils le savent faire, autre immensité. Ils sont bètes, mais pas assez pour avoir cru cela.

(juaud je vous raconterai ce qui s'est passé sous mes yeux, vous aurez besoin de votre longue expérience de ma probité pour no pas croire que je fais lui tableau fantasque de leur charlatanisme et de leur stupidité. Vous pensiez en savoir long à cet égard. Vous ne saviez rien, et je ne savais rien. Non, mon ami, non, avant nos catastrophes, ni vous ni moi ni aucun homme de bon sens et de bon cœur n'a suffi* sammeut haï et méprisé cette engeance ! Us sont méchants, ils sont vils, ils sont bêtes, et si la France ne se tire d<» leurs mains, elle y mourra promptement et misérablement.

Elle ne mourra pas sur un champ de bataille. On dit le champ de bataille, et c'est une juste et noble expression ; car le sang qui coule' dans les batailles est une semence. Il germe le pardon : Sine sanguinis

emissinne non fit remissio. Le sang du soldat, — tant il est beau de mourir pour la patrie même terrestn-, — reçoit quelque chose du glorieux privilège de fécondité donné au sang du martyr.

Mais la mort acceptée de ces mains crochues et velues, de ces langues d'avocats, de ces baves de reptiles, est une mort honteuse et inféconde. EJIr vient des servilités de l'esprit et du cœur. Qiîv veut- on qui naisse d'un soldat mort à l'hôpital pour s'être enivré d'absinthe? Dieu doit-il une récompense à ce sacrifice, le inonde un hommage à ce trépas? La France en mourra, vous dis-je, et le monde sifflera son agonie.

Nous faisons les élections. Quelle risée! Je crois qu'elles ne seront pas républicaines et je ne crois pas néanmoins qu'elles soient bonnes. Gangrène, gangrène partout! Assauts de vanités la plupart imbéciles, mouvements précipités d'imbéciles terreurs, d'imbéciles espérances, d'orgueil plus imbécile. Pas un élan désintéressé vers le vrai; total oubli de Dieu. Les professions de foi font ce bruit de sable secoué par le vent que Dante entendit à la porte de l'enfer. Lasciate ogni speranza!

Qu'attendre d'un pays dont le fond d'opinion est un va-et-vient perpétuel entre Bonaparte et Gain* betta?

Oh ! qu'il est dur de voir la honte et de craindre la mort honteuse de la patrie ! Dante n'ose aborder la peinture de ce supplice ; Jérémie lui-même n'exprime pas assez cette douleur!

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