UN MOI SI H LVALGÉH
L'Algérie est en péril. L'insurrection que les dernières nouvelles disaient éteinte, les nouvelles plu> dernières et plus vraies la disent générale.
Cette insurrection est le présent particulier de M. Crémieux. 11 l'a déterminée par deux petits décrets qu'il a rendus en se jouant à désorganiser la paix pendant que M. Gambetta organisait la victoire . Ces deux décrets, dont l'un bouleverse les conditions de la propriété et dont l'autre donne aux juifs le droit électoral, ont inquiété le> Arabes sur leurs propres droits. Ils ont pris les armes.
Depuis longtemps l'Algérie civile appartenait en très-grande majorité aux idées du jwirti révolutionnaire, lequel s'y montrait violent, irréligieux et dtsorganisatcur comme partout. De son cùté, le gouvernement l'avait garnie de fonctionnaires et de petits employés qu'il uaurnU pu déceuimout fourrer ailleurs, quoique sous ce rapport il ne se gênât utilement.
Le principe gouvernemental de l'Algérie était de n'y point permettre l'acclimatation de la religion catholique. Là-dessus l'administration impériale vi
PARIS PENDANT KE SM&Gfc. 255
l'opposition 'républicaine travaillaient d'accord et avec émulation.
On se souvient des difficultés véritablement imbéciles que le gouvernement, en dernier lieu, opposa au zèle intelligent et charitable de l'archevêque.
Lu'.ile Crémieux est venu à point pour ajouter par décret ce qui manquait au mal, et pour détruire par décret une des rares mesures dont on pouvait attendre du bien.
Ce n'est pas que M. C rémieux soit méchant. Mais le pauvre homme est vieux, avocat, révolutionnaire, libre-penseur et juif; et tout cela était si bon pour faire un douzième ou un treizième de dictateur !
Dans le gouvernement de la défense nationale, M. Crémieux était de ceux dont la présence rassurait les honnêtes gens modérés, les gens d'ordre et de bon sens, comme ils se nomment.
Envoyé à Tours, il a donc, pour s'occuper, expédié on Algérie ses deux petits décrets réclamés par les révolutionnaires et par les juifs, lesquels sentaient également le besoin de tondre les Arabes, et il a ainsi mis le fru aux poudres dans le moment le plus opportun.
Quant à ses amis les patriotes de l'Algérie, ils font des avances à l'Angleterre. A leur avis, l'Angleterre s'entend à coloniser beaucoup mieux que la France; et leurs propriétés, arrosées de tant de sang français acquerraient une grande valeur, une fois couvertes du pavillon britannique.
l'AMS IKMMM LE SIÈGE.
Rordeaux, 5 mars.
L7i DOCIJIEM ll|' i.AlBMLKUUUi LIBERAL.
\uu- avons récemment publié un travail sur la possibilité ■ l'établir en France la démocratie ordonnée el pondérée ou, -i l'on veut, la monarchie démocratique, qui seule aujourd'hui •■I île longtemps peut nous donner la République <tt (ont U monde.
lians ce travail, le point qui regarde l'Eglise, a notre avi« I* plus important, est ainsi formulé :
i L'Église est pleinement libre et investie de toutes les Un- I udes du dniit commun. Elle a le droit de posséder, d'acquérir, d'hériter; elle a l'usage de son droit gtarticulier, de ses tribu- 11. im intérieur!!. I-Ile jouit du la liberté d'association, de la li* lierlé de la charité, de la iilierlé d'enseignement i tous les degrés. Klle a le .irait de fonder des universités canoniques, une .m moins par province. L'État ne se môle en rien du gouvernement propre à l'Eglise.
■ Les propriétés île l'Eglise sont soumises aux. charges communes, et elle devra, dans un temps donné et moyennant le* dispositions transitoires nécessaires, subvenir aux dépenses du mite.
» En raison du service public et gratuit qu'ils foui comme hospitaliers, instituteurs et < barges du culte, et pour bonorer la religion, les bouimcs engagés dans les ordres sacrés et liés par le* vieux sont dispensés du service militaire. Ils eu reprennent l'obligation lorsqu'ils rentrent d.un l.i vie laïque, et sont alors privé* de la plénitude du droit électoral, comme célibataire*.
« Lu V ranci' étant un pays chrétien, la Constitution exige l'observation générale du dimanche, non pas tant a cause de
l'utilité sociale si reconnue de cette institution, que pour rendre hommage à Dieu qui nous l'a imposée. »
Notre « projot de Constitution)» dans son ensemble a été diversement, mais en général assez favorablement jugé. 11 n'a pas réussi "auprès "des catholiques libéraux. Leur journal, le Français, sans marquer s'il le trouvait trop libéral ou pas assez, en a parlé comme d'une simple extravagance, disant que probablement Y Univers avait voulu « égayer la situation. » Le Journal des Débats ne lui a pas été plus gracieux : aux beaux mépris du libéral et catholique Français, il a ajouté que V Univers demandait la séparation de l'Église et de l'État, et que sans doute il avait pris son mot d'ordre à Rome!
Dans la presse, il ne faut pas s'attendre à rencontrer toujours des adversaires qui lisent bien ce qu'ils réfutent et qui réfléchissent bien à ce qu'ils disent eux-mêmes. Cependant ils surprennent parfois le jugement des esprits les plus distingués. Un célèbre prélat, qui a su se garer de l'opinion du Français, semble avoir accepté l'erreur plus étrange du Journal des Débats.
Mgr Dupanloup, représentant du peuple pour le département du Loiret, consultant un certain nombre d'évèques sur la question de la séparation de l'Église et de l'État, allègue précisément ce fait invraisemblable d'une consultation que nous aurions nous- même demandée et reçue à travers les lignes prussiennes. — M. Louis Yeuillot, dit-il dans une lettre dont on nous communique l'analyse Lfidèle, n'a pu proposer cette séparation sans s'être d'abord a?« h. 17
Et, il ce propos, nous publions ici un petit document qui ne manque pas d'intérêt. Par une coïncidence singulière, il nous est communiqué dans le même moment que des informations venues d'un autre point de la France nous avertissent des consultations demandées par Mgr Dupanloup.
C'est le texte d'une inscription gravée sur marbre dans la chapelle du château de la Rocbe-en-Breuil, appartenant à feu M. de Montalembert :
In hoc sacedo Félix Âuretianemis episcopns panem vcrbi tribuit et panem vitœ christianor. amicor. pusiflo gregi gui pro Eccletia libéra in libéra patria commilitarc jamdudum soliti annos vilœ religuos itidem Deo et liber ta ti devovendi pacttcm instaurdre
hic octob. XIII A. D. M. DCCC. LXII.
Aderant A/fredus cornes de Fallocx, TheophUus Foisset, Awjiistinus Cochin, Carolus cornes de Montàlembeht, absens quidem cor pore prœsens autem spirùu Albertus princeps de Bkoglie.
Profitant de l'occasion, nous envoyons à Rome ce latin plus libéral que lapidaire. 11 y soutiendra la renommée plaisante de l'épigraphie gauloise, mais en même temps il montrera ce qu'il y avait de naïveté dans rame de Montalembert, toujours enthousiaste et toujours disciple.
Smar*.