UN ROI AU PALAIS DES CÉSARS
La voie publique longe les ruines du Palatin. Une porte bâtarde s'ouvre dans un mur croulant. On y lit cette inscription : Ingresso al Patazzo dei Cesari; entrée du palais des Césars.
La porte s'ouvrit ; nous vîmes descendre ou plutôt dégringoler du palais des Césars un vieillard cbétif. Il gagna lentement sa modeste voiture.
Quelqu'un me dit : a Voilà plus qu'il ne semble. Vous voyez
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Sa Hajestè Frédëhc-^uillaume, roi de Prusse. Il y«. 4ix aas, an voulut le faire empereur d'Allemagne; il pouvait s'en passer la fantaisie. »
Ce roi me fit songer. Il a régné, il règne encore nominalement sur une nation de 16 millions d'iiommes, qui se proclame essentiellement militaire et savante^ et qui est assez ces deux ekoses-là.
L'armée prussienne se laisse dire^ comme une autre, qu'elle est « Tarmôe la plus brave du monde; » les académies prussiennes ne se croient pas les moins illuminées.
Le roi que voilà est général de cette arni ie, président de ces académies; il est, en outre, pape de son Église. Mais il a use maladie fâcheuse. Il se croit siôus-licutcnant.
Il a été fort savant, fort éloijuent, fort érudit, vraiment fait d'une bonne pâte, excellent particulier prussien. Mais, pauvre honmie ! — protestant et pape, — il est tombé en enfance. >
H îe promène dans Rome, environné partout d'une compassion respectueuse. Ailleurs on le tiendrait prisonnier. Les rois devraient encore protéger Rome pour avoir une Retraite eu cas d'accident.
Qusmd il passait pour un sain d'esprit, ce roi acheta un palais sur le Capitole. 11 projetait d*y établir un temple et un ppâtre de sa religion. Il a eu toujours de certaines idées!
Néanmoins, dans la question do 'l'empire, il vit qu'on ne lui piDoposait rien d'honorable. Il dit une loyale parole^ forte pour un protestant.
C'était son « cher Arndt » qui lui offrait l'empire au nom du parlement de Francfort. Il répondit : (c Mon cher Arndt, vous êtes mon vieil ami, et vos amis de Francfort, qui se disent assemblée nationale, sont tout ce qu'il y a de plus estimable en Allemagne, ha les oonsidère beaucoup.
«• De concert avec eux, vous me faites une proposition malbomnête. Quel mandat les autorise à mettre un roi au-dessus des autorités' légitimes auxquelles ils (mt prêté serment?
a Notiliez-leur cela doucement. Ils m'inspirent de l'orgueM et.de la veconnaissaace.ooinaie à; toute l' Allemagne, et> je se-
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sais désolé de leur faire de la peine. La véiite est quCiisnei aa^ ¥ent ce qu'ils disent.
« Que m'ofirent*-ils? Get.enfcmtementdes réiFotnt'Kmai de i^48 est-il une couronne ? Il ne porte pas la croix sainte, il n'imprime pas sur le £roni k sceau de la grâce de Dteit. Ce n'est pas une couronne.
a C'est le collier de fer qui réduirait au rôle d'esclave de la Révolution Je iils de vi;igt*quatre princes^ le chef de seize miU Jions d'hommes et de l'armée la plus brave et la- i^us dévouée du monde.
« Pour prix de ce bijou, je devrais violer la parole que j'ai donnée,, d'essayer de m' entendre avee les autres princes etatec l'assemblée sur la constitution de l'Allemagne. Je ne vi<^eraâ ni cette promesse ni aucune autre.
« Vous s( mblez croire que la Révolution n'est que la démagogie et le communisme. La Révolution est l'abolition de l'ordre divin, le renversement du droit et de la justice. Elle soufflera la mort tant que l'ordre divin ne sera pas rétabli, w
Voilà qui.est noblement pensé, noblement dit. Le roi ajouter « Le Parlement n a rien à oifrir que des mains pures puissent toucher. » U termine par ces mot» solennels : Dixi, et salvavi cadmam meam.
Mais, en même temps, pour rétablir « l'ordre divin » il propose un congrès des puissances allemandes et de l'assemblée de Francfort afin de constituer l'Allemagne.
Il croit que les puissance^ allemandes, les unes catholiques^ les autres protestantes de divers lainages, d'accord avec \e Parlement, qui renferme tous les filaments d'antichristinnisme, ourdiront l'unité!
Et alors la fabrication d'une couronne impériale sera l'opé* ration la plus simple du monde ; et cette couronne recevra naturellement de toutes ces mains divisées « la croix sainte qui confère la grâce de Dieu ! » %
Ou, peut-être, la couronne allemande pourra se passer de la croix et de la grâce de Dieu, puisque « l'ordre divin » sera rétabli...
Mi^rveilleuse déraison de ces bonnes têtes ! L'archevêque Say
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Unis disait: « Ce qui manque^ c'est la théologie. » Quoique énidit, le roi de Prusse n*a pas connu les conditions de l'empire. Il y a une érudition où parviennent difficilement les rois modernes.
L'empire était institué pour être }€ bras^ de l'Église et la garantie des royaumes chrétiens. Ainsi les Électeurs l'ont euxmêmes déiini^ lorsque Rodolphe de Habsboiu*g fit confirmer les actes de Pépin et de Charlemagne touchant l'inviolabilité des États du Saint-Siège.
Écoutons l'esprit qui fait les choses grandes et durables : « La mère Église de Rome, embrassant depuis longtemps « l'Allemagne d'un amour quasi paternel, l'a honorée d'ime « dignité terrestre dont le nom est au-dessus de tout nom c parmi les pouvoirs temporels.
a Elle y a établi des princes comme des arbres choisis, ellt» « a répandu sur eux des grâces particulières, afin que, soute- « nus par l'autorité de cette Église, ils fissent germer par leur « élection, comme une semence précieuse, celui qui devait te- « nir les rênes de l'empire romain.
« C'est lui qui, œmme Vastre secondaire à la voiite de l'Église « militante, reçoit sa lumière de Vastre suprême, le Vicaire du « Christ. C'est lui qui, à la volonté de ce demieTy prend et dé- « pose le glaive matériel, afin que, aidé par son secours, le « Pasteur des pasteurs donne la paix et la vie aux brebis, en « les protégeant de son glaive spirituel, et qu'avec le glaive «c temporel il réprime et corrige, punissant les coupables, honc»- « rant les bons et les croyants,
« Afin donc que toute cause de discussion ou même toute a occasion de froideur disparaisse entre cette Église et l'em- « pire, et que ces deux glaives établis dans la maison du Sei- « gneur, unis par une juste alliance, puissent concourir à l'utile « direction du gouvernement du monde, et afin que notre vo - « lonté et nos actes montrent que nous sommes des fils dé- « voués et pacifiques, nous qui sommes tenus à défendre en- « semble, dans notre amour, l'Église et l'empire, etc. »
Tel était donc l'esprit de l'ancien empire, l'esprit qui l'avait fondé, qui l'animait; l'esprit qui le ramenait dans la voi«
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lorsque l'ambition des empereurs Ten avait écarté. L'empire, »'claii'é de la lumière apostolique, devait maintenir la paix, < 'est-à-dirc le droit et la justice dans le peuple de Jésus-Christ.
Si le roi^de Prusse avait su cela, s'il avait eu ce qu'il faut de jour théologique pour voir clair dans Thistoire , il aurait compris, que le pape prussien ne pouvait pas être empereur d'Allemagne, même avec l'adhésion des autres princes, même avec l'adhésion du Parlement.
Il aurait compris qu'il n'y a plus d'empereur ni d'empire d'Allemagne possible, ni même d'Allemagne vivante d'où puisse « germer comme une semence précieuse celui qui doit « tenir les pênes de l'empire romain. » L'esprit qui faisait ces grandes choses n'est plus, el ces grandes choses ne sont plus que des noms sans vie, cadavera noininum. " Et quand même on décréterait des résurrections et l'on simulerait des couronnements, on ne parviendrait qu'à organiser de vaines pompes, tout au plus à évoquer des fantômes. . Ces fantômes apparaitrçiient comme des messagers funèbres, pour signifier que les sépulcres sont rouverts et demandent une grande proie.
Allemagne, Allemagne, à qui le ciel avait tant donné ! quand tu verras reparaître un fantôme d'empereur qui ne sera ni l'élu de tes princes, ni l'oint du Christ, et qui ne tiendra pas le glaive pour proléger la justice et défendre le vieux droit, mais qui so dira l'empereur du peuple et le glaive du droit nouveau.
Alors, ce sera l'heure de la grande expiation (1).
(1) I.e Parfum de Rome,
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