‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 2 sur 86 · CAI^ET · texte numérisé non relu

CAI^ET

Nous mettons sous les yeux du public l'édit du sieur Cadet, directeur général des ambulances de l'arrondissement Mottu. C'est un véritable édit dans le goût proconsulaire de la vieille Rome et de la nouvelle Russie. En Pologne, on est déclaré Russe pour les mêmes raisons qu'on est déclaré libre-penseur dans les ambulances Mottu. Nous ne connaissons pas d'acte cosaque qui ait, en ce genre, dépassé la tranquille insolence de l'édit Cadet.

Il n'y a pas d^article particulier à signaler. L'édit est d'un seul jet et égal à lui-même partout. Cadet- Mottu ne veut pas que ses ambulances puissent être exposées à l'infection d'une religion quelconque. Il faut absolument que le malade l'exige, et qu'alors

même ce ne soit pas long. Là-dessus, l'édit est minutieux, La mort chrétienne est précieuse devant Dieu; mais la mort civile est précieuse devant Cadet, premier-né de Mottu. Il fait tout son possible, qui va loin, pour s'en procurer le plaisir et la gloire. Il y intéresse les parents. Il accorde la prime d'un enterrement gratuit au malade qui meurt dans le sein de Mottu. Il impose les frais de sépulture au culte qui ose lui ravir un mourant.

Si M. Cadet opérait dans nos quartiers catholiques, les religieux qui tiennent et desservent à leurs frais un si grand nombre d*ambulances n'y pourraient pas entrer, ou devraient jurer, ès-mains de Cadet, dé ne pas parler de Dieu aux malades, à moins que ceuxci ne leur en fissent commandement exprès par l'organe dudit Cadet. La République eût exigé ce serment de tous les prêtres, comme la monarchie voulait qu'ils jurassent d'enseigner les quatre articles. Cet épisode a manqué au carnaval aragouin de 1870, lequel, hélas ! n est point fini.

^ Assurément, l'édit Cadet ne nous inspire pas la moindre alarme. Nous ne craignons pas du tout que les Mottu, les Asseline, les Clemenceau et le citoyen Cadet, qui les dépasse de plusieurs coudées, puissent durer longtemps. On aura raison de ces entrepreneurs d'athéisme, et ils seront prochainement remis à leur place. Il faut même reconnaître qu'ils ont leur douloureuse et humiliante utilité. Mais, en vérité, l'humiliation est grande ! Et il y a de pauvres soldats qui meurent sans secours religieux^ pour la satisfaction de Mottu et de Cadet !

Nous n'avons rien à dire au gouvernement, s'il ne réforme pas ce honteux élat de choses. Là-dessus, qu'il en permette un peu plus , un peu moins, il est jugé.

Mais la conscience catholique doit compter sur un autre défenseur, et certainement ce défenseur a rempli son devoir. Nous osons supplier Mgr l'archevêque de Paris de consoler les angoisses de son peuple, en disant tout haut ce qu'il a fait pour le droit de l'Église et le salut des âmes.

A la suite dés réclamations auxquelles Y Univers a donné hier la publicité , l'arrêté suivant a été affiché à la porte des ambulances municipales du XP arrondissement :

Arrêté concernant les ambulances du XI* arrondissement.

Art. {^^. Aucun membre d'une religion quelconque ne pourra pénétrer dans les ambulances s'il n'y est appelé par les malades.

Art, 2. Il sera fait droit à tout citoyen demandant le ministre d'une religion quelconque.

Art. 3. Tout prêtre ou ministre demandé ne pourra s'adresser qu'au malade qui l'aura fait appeler.

Art. 4 . Sitôt son ministère accompli (en entier), le prêtre ou ministi'e devra quitter l'ambulance.

Art. 0. Tout citoyen décédé sans avoir demandé le ministre d'une religion quelconque sera enterré civilement aux frais de la mairie.

Art. 6. Dès qu'un malade aura fait demander un ministre de la religion, tout directeur d'ambulance sera tenu d'en informer immédiatement le directeur général.

Art. 7. Si le citoyen administré vient à décéder, il sera in-

10 PABIS PENDANT I^E ^^lÉGE.

huipé p^r r^gJise 4e son c.ulte, et ies frais en seront supportés par çUe. Le directeur de lan^bulance préviendra le directeur général, qui. lui-même en infoijmera le ministre du culte auquel le défunt aura fait appel.

Le directeur général des ambulances du XI®. arrandiftseoi^pt,

]Siff^é: .Cadet.

Paris, le .1^5 ^décembre 1570.

Même diQie.

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