RÉCLAMATION CATHOLIQUE LIBÉRALE
A propos de la retraite de M. le général Trochu, nous avons fait une brève réflexion sur ses attaches catholiques libérales. I<e Français relève cette réflexion qu'il lui plaît de ne pas comprendre, et il sait la présenter de telle sorte qu'elle s'explique assez peu, à moins de quelque dérangement dans notre esprit. On se demande quelle sorte de rapport nous avons pu trouver entre l'opinion catholique libérale et la remise du commandement militaire au général Vinoy. Véritablement ces deux choses paraissent éloignées, et tout le monde n'a pas le loisir de chercher par où elles se joignent, particulièrement ceux qui se trouvent intéressés à ne les joindre pas, ce qui est le cas du Français. Dans le fond, rien de plus simple. Le catholicisme libéral était une certaine entrej»rise de concilier les contraires, aucune conséquence éloignée ne peut surprendre. La vocation qui donne aux hommes le goiU des principes opposés et des fusions impossibles, les soumet à une logique pleine de conclusions imprévues. Pour notre compte, il nous serait facile de prouver que M. le général Trochu est venu à se démettre de ses fonctions militaires par un effet de la même nature d'esprit qui l'a
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livré aux fluctuations du libéralisme catholique.
L'inconvénient de passer pour dément aux yeux de tel ou tel adversaire n'est pas assez rare ni assez sérieux dans la vie de journaliste, pour que nous prenions le souci de faire cette démonstration aussi complète qu'elle peut l'être. Nous avons donné la note^ elle est reçue, c'est assez.
Il demeure acquis cpie, par Mgr l'évêque d'Orléans et ses autres docteurs, le catholicisme libéral s'est trompé au Concile.; que par M. le comte Daru, son expression gouvernementale, il s'est montré incapable et inacceptable en ses voies politique^; que par M. le général Trochu il a accusé le plus regrettable abandon en ce qui regarde le devoir public du catholique devant le péril religieux. Un pareil affaiblissement dans le cœur et dans les pensées d'un siTionnête homme, bon catholique en son particulier, proclame plus haut que personne ne l'avait encore ïait le vice fondamental de cette doctrine.
Si Ton nous avait prédit qu^un jour la dictature et répée de la France se trouveraient dans la main d'tm soldat pratiquant y qui serait en même temps un homme brave, savant, éloquent et irréprochable, 4jue tf eussions-nous pas espérél Ce qui est advenu e^ trop pénible et trop présent pour que notis nous y arrêtions.
Cest la réflexion que nous avons voulu sug:gérer. Nous laissons au Français le soin de considérer quel autre cours eussent pu prendre les choses si M. le général Trochu eût été uii catholique pur et ample, de ceux qui n'auraient jamais envoyé un ambassa-
PARIS PSNBAiKt LE SlfiOE. ISS
deur àTidtor-Emmaïïiiel, jamais toléré un aatrags au crucifix, jamais soufi«rt tme négttti©!i du droit religieux, jamais permis une ^violation effronlée die la justice civile et de la discipline militaire, e* ijui se fussent dit qù^il faut prendre auMi k croix iorsuguie Ton prend le sceptre et Tépée.
Nous n'ignorons pas quie, selon la do<!lri«e «ealiio* ligue libérale, la politique ei^ «ccne chose M la retigkm en est une autre^ et que tout homme a te droit de 6âre ou Tune ou l'autre de ces chpses, ou ée faire l'une «t Tautre à part, et même contradîetoîremefïft, mms n'a jamais le droit de les confondre. Nous disons, nous, qu'aucun des îiommes qui croient ainsi n'est en nombre de ceux qui sauvent les peuples. EH mw» ies regardons passer, en a!ttendant Thomme qui dira avec l'Église : Seigneur, convertisseï-nous, et nous serons sauvés 1
^5 janvier.
Le jeune comte d'Estourmel, lieutenant de la garde nationale, se trouvait, le !9, au combat de Burenval. 11 s'offrit pour porter un ordre pendant la nuit, rencontra un poste prussien et tomba horriMeuîient frappé. La balle lui brisa le coude et traversa tont le corps. On l'apporta à la ferme de la Pouilleuse, où
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il fallut passer la nuit sur le pavé d'une écurie ouverte à tous les vents. Un prêtre, heureusement, se trouvait là et put lui donner quelques soins, comme aux autres blessés qui encombraient ce misérable asile. La nuit fut longUjB, M. d*Estourmel en supporta patiemment les atroces douleurs. De temps en temps, pour se délasser, il reposait sa tête sur les genoux du prêtre. Profitant d'un moment de répit, il se confessa avec une admirable tranquillité d'âme et une parfaite résignation à la volonté de Dieu.
Tout secours matériel manquait; son charitable infirmier ne put trouver à lui donner qu'un peu d'eau saumàtre. Non moins charitable envers celui qui se désolait de ne pouvoir mieux le servir, le blessé lui rendit grâces de ce peu d'eau dont il ne voulut point avouer l'amertume. Encore que la douleur lui arrachât quelques gémissements, il ne se plaignait de rien.
Enfin, les voitures d'ambulance arrivèrent, plusieurs heures après le jour. Le prêtre put y installer son cher blessé et suivit à pied par des chemins effroyables. Il fallait arrêter souvent pour que le malade n' expirât point dans la violence des torturçs. Ce voyage, après une telle ïiuit, dura jusqu'aux approches du soir. C'est là, nous disait le prêtre, que l'on voit et que l'on sent ce qu'est la guerre !
M. d'Estourmel avait demandé d'être conduit à l'ambulance du séminaire des Missions-Étrangères, à laquelle appartient le prêtre que la miséricorde divine lui avait fait rencontrer, M. Guerrin, l'un des directeurs de cette sainte et illustre congrégation.
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L'on vit tout de suite que son état était désespéré. Lui, n'en parlait point. Il reçut avec courtoisie la visite du colonel et celle de plusieurs autres officiers de ïon bataillon, leur disant quelques mots et leur serrant la main. Mais le lendemain matin, vers dix heures; il fit éloigner les personnes qui l'entouraient et dit à M. Guerrin : « Monsieur, le temps presse. Je « sens que je m'en vais. Si vous voulez bien me dona ner Textrême^onction, je suis prêt. » Il se confessa de nouveau et reçut le sacrement qu'il avait demandé, comme un tel homme le devait recevoir.
Il pria ensuite M. Guerrin de lui mettre au cou une médaille de la sainte Vierge , et depuis ce moment il ne prononça plus que de rares paroles, se contentant de lever un regard plein de douceur et de sérénité vers ceux qui le veillaient. Il expira ainsi, un matin, paisiblement endormi dans le contentement d'avoir fait son devoir et d'aller à Dieu.
Il n'a eu ni délire, ni fièvre, pas même de sueurs. H s'est endormi, et mort, il semblait dormir. Son visage ne portait aucime trace de douleur ou de fatigue; il goûtait lé bon sommeil qui suit le bon combat.
Le comte d'Estourmel avait appartenu à l'armée. Il venait de donner sa démission pour se marier, et le jour de cette union était marqué lorsque la guerre éclata. Dès que l'on put prévoir que Paris serait assiégé, il quitta sa province, dans l'intention de s'offrir à la défense commune. Il n'en eût pas fait moins quand il eût su qu'il y laisserait sa vie. - Il a mérité d'abandonner la vie comme le voyageur
tJtS PAaiS PENDANT LE SIÈGE.
qui ».'éloig^e avee iadiffereuce du point de vuje dont l«:.beauté l'a charmé un. iostant» car sou cœur est déjà au but de sa c^jurse, et rien uegale la beauté du idyer patorael où il sa sent appelé.
txxv
Même date.
Il y a trois jours, à ranabulance de Rueil, un jeune Breton de la garde mobile, au moment de rendre l'âme, fit un suprême efifort, se souleva sur sa couche, et d'une voix forte et solennelle, il dit : ce Jésus- Christ vainera.... Jésus-Christ Notre-Seigneur .Oui, il vaincra, son règne arrivera sur la terre*.,. Mon Dieu, que votre règne arrive ! que votre volonté soit faite !.•. » Sa voix s'éteignit et il expira.
Il y avait là diverses sortes de gens bien éloignés des pensées religieuses^ mobiles jde 48, francs-tireurs de Paris, etc. Ils se regardèrent étonnés, quelcpiesims émfUJS jusqu'aux larmes. D'autres découvrirent leur front, saluant involontairement cette âme qu'ils semblaient voir monter au ciel^ et un"Long et respecr tueux silexice rég^a dans la salle.
Le même jour, dans ime autre ambulance, ou amputait de6 deux, jambes un soldat blessé d'un éclat d'obus. La double blessure était affreuse^ et TopératÂûa fui longue et formidable. Le soldat, garçoA de
PARIS- PEINDIMT I» SUÊOK. Îb9
YXQgt et qnelcfaes années^ Vendéen, subit le temble traitement sans (îonner aucun signe de faiblesse, ne disant que ces mots : «Mon Bien, pardon IMoniDiem, paréon pour la France et pour moi! y>
N^eu» entendons eiicore la vols da. iàvwm e/aà nous rascontâit le fait tout àTheuare ; nous ycyonB ses jeux pl^in^s de larmes et rilltuRanaèiont de sonyisage, qui nous rendait mieux que ses paroles rio^ressioad» eettie séfrénité sublime.
26 janvier.
LA, FlNu
A yheura présente, tonte e&péranee humaûae esit perdue. Nos armées ont paçtouiécboué ;. les plus heur reuses sont eelks qui n'ont point subi de désastre. OsL dit que M. Jules Favre est à Yexsadlles^ denaandani la^aix».persofine île voit d'autre parti à prendre. Avec les armées,, le gouyernement croule*. Un seul maUieur pouvait surpasser celui d'avoir uni gouvesnfiment de cette sorte, c'était da le voir tomber. IMoiOS y sommes. Heureui^ les meiirts l
Tout a tourné contre nous^, toutes les appcéhea- ^boflâ sont ju&tifiéeSy toutes les espérances ont péri, ou plutô4i avorté.. Osons le dire : sauf un dédain g0néral de la ruine matérielle, tout a été nûsérable.
Nous périssons par un concours inouï de toutes les circonstances les plus funestes^ mais principalep^ient faute de quelque chose qui n'est plus en nous, et qu'il y faut remettre ; et tout sera perdu tant que nous n'aurons pas retrouvé cela. Or, une victoire ne nous l'eût point rendu et cent victoires ne nous le rendraient pas. Nous périssons, faute de foi, faute de loi, faute de justice eu nous et entre nous.
Nous n'accusons personne, pas même les hommes qui ont la douleur et qui subissent le châtiment de signer l'acte de décès dh la France, après s'être im- • posés à elle comme ses médecins et lui avoir imposé leurs remèdes. La France n'est pas innocente de les avoir acceptés, mais où remonte son péché? II y a plus de coupables que de criminels, il y a plujs de sots que de coupables et plus d'ignorants que de sots. Qui nous pouvait sauver et qui voulait être sauvé? Cette génération a l'excuse d'une sorte de perversité, c'est-à-dire d'imbécillité native : et inpeccatis concepit me mater mea.
Ce n'est pas la république de 1870 qui nous a tués, ce n'est pas non plus l'empire ni même le régime précédent, quoiqu'ils n'y aient pas nui. Toutes ces formes et ces systèmes ne sont que des figures diverses du même ulcère, provenant du même sang vicié. Nous mourons de la Révolution, et tons plus ou moins nous avons voulu retenir ce mal dans nos veines. Si l'effroyable traitement que nous endurons l'y laisse, on peut se dispenser de clouer le cercueil ; nous n'en soulèverons pas les planches ; il ne reste qu^à pourrir.
Ce qui reste à faire, le dernier remède possible, le miracle à demander et que nous pouvons encore espérer, puisque nous pouvons encore l'implorer et le mériter, c'est de rompre avec la Révolution. Ce sera le même miracle que de sortir des bras de la mort. Mais la miséricorde divine est si grande, et un peu de bonne volonté humaine est quelque chose de si puissant contre la justice de Dieu, que ce miracle peut nous être accordé ifiême avec quelque ménagement pour les restes de notre orgueil.
Aidons-nous un peu. Dieu fera beaucoup, et, en attendant que notre raison soit rétablie, il nous laissera bénignement croire que nous pouvons beaucoup*
Pour le moment, une chose est à souhaiter plus encore que les conditions les moins défavorables de la paix : c'est le maintien de la tranquillité et de la dignité publique. Ayons au moins la décence de ne pas nous entre-déchirer sous l'œil d'un surveillant qui pourrait intervenir le bâton à la main.
26 janvier.
LA MORT d'un JUSTE.
Hier matin, dans l'église des Missions-Etrangères ont été célébrées les obsèques du vénérable M. Char rier, missionnaire, confesseur de la foi.
M. Pierre Charrier, né en 1803, à Saint- Just-en-
16â n^J^ PÇND4M i« sbSw..
Chev^t^ diQ«ès€i de J^yoA, s'offiril, cUiJk pretrQ, le 29 octobre 18âl.
Il partit presque, aua^it^, le S oa^s. i^Sââ., pour Id. SiOnglaute mission du Toug-kwg^ et^^ dès laoaé» suivante, il eutra daus le. Qhamp aiiiO^toUque:^ Ci^ chawp dejKaandait de la mex^n et du sanig, U ue refusa ni Vua ni Vautre.. U supporta eu, uii^ionuaire^ c'est tout dire^ ]^&. épreuves de, Ija peraécutiou d^ 1838, exraut si^m ces^e,, cacW, mt^rré le jour, voyagewt. U nuit à travers les bois peuplés d^ tigres ^piorpétueUe* meut traqué par le$ espvws plus redautaUesk que les bête^ féroces, souvent saus vivres Qt saA& abri* Su iWk\y,'\\ fut pris e^t ooudanm^ à mùxXn
Lorsiqu'il attendait Te^écutiou de» la sentence, un ordre du roi le fit trauspiH'ter à Hué^ où il {ut réuxû à MM. Berueu^ Qt Gajiy^ ses collègues. Il subit U caugue, les^ cbaines, la cage €^t les iuteirogatoÂreSt. c'est-à-dire le rotiu, M. Galy, sou coiupaguoa djd. captivité, écrivait : <i Vo<u&juigerez.de{'la fermeté d^ M. Charrier par cet aveu échappé à l'un de ses juges. On lui parlait de frapper encore le saint confesseur : — A quoi bon, répondit le mandarin : hier, je lui ai fait donner on^e coups de rotin, et il semblait dormir. » L'exécuteur frappe deux coups et le troisième tombe entre les deux premiers. Souvent ce troisième coup enlève la chair. — Celui-là, nous disait M. Charrier lui-même, celui-là est dur!
Un autre mot le peut peindre^ Son catéchiste ayiqit pu Tapproeher loirsqu'on k transportait à. Bué> il lui donna ce message pouv VévêqUid (Mgr Retord) ; (c T\i diras à Moniseigneur que j'aime! miQU^ l^a e^ngue
PABia PJilfDAMT LB SIÉOE. I$8
que sa mitre et mes ebaines que sa erosse. tl ii*y a que sa croix qui vaille c[uelque chose , mais j'ea ad pour le moment une plus précieuse, n
U était depuis dix-sept mois en prison, attendant toujours, et par sa constance déconcertant teajours les bourreaux, lorsque la corvette française YHéràlHe^ commandant Levêque, parut dans les eaux ^ Tou* ransie. M. Levêque, apprenant qu'il y avait à Htté cinq missionnaires condamnés à mort, intervint avec énergie, se fit livrer les captifs et les porta à Synga* |M>ce. C'étaient, outre M. Charrier, WA. Becneus, Galy, Duclos et Miche.
M. Bemeux a reecwiquis le martyre : devenu vieaire apostolique de laCorée^ il y a été décapité pour laifaî en 1866. M. Galy est mort en Coehincbiiie, au irairail, en i869. M. D^dos a terminé sa vie apoat^ lique en 1847, captif de Jésus^Christ dans ces mâmee pxisons de Hué, d'où la main française ranraittifé cinq ans auparavant. M. Miche est actuatlemeni vi^ eaire apostolique de la Cochinchine française» Son grand âge et les besoins de aamissioa Tont empêché de venir au Concile.
M. Charrier fit eonmie ses eoii&ères. Il eotovna. Arrivé à Paris veisk fin de 4843^ il repartait d'Aihyers pour le Tong-king au mois de mai 1814. Uaki sa santé trop fortement éiiranlée ne. pennil pas de le kâaser à Fceavre dont il se {Aâig^ait. d'avoir mmt^ y» prix. Il dut revcnb au séminaire comme prœu^ iTeur de la mission du Tong-king. U obéit ; c'était awsai un devoir^ et le plus impérieux de sa aaiate et auguste profeasmn.
n avait l'aspect rude, le cœur simple et affectueux. 11 observait le silence ordinaire aux hommes qui portent une grande douleur. Pendant la lecture de rhistoire ecclésiastique au réfectoire, s'il était question de personnages à qui le martjire échappe lorsqu'ils le croyaient assuré^ souvent les confrères de M. Charrier l'ont vu essuyant une larme furtive. Il est mort le 23 de ce mois, après une longue maladie qui, dans les derniers mois, le tenait enfermé. Il a subi cette épreuve comme les autres, remerciant Dieu d'ajouter l'humiliation de l'inutilité au regret de n'avoir pas été jugé digne du martyre.
Que de réflexions, en ce moment, devant ce cercueil si digne de tous les honneurs publics et si peu entouré, qui renfermait quelque chose de si humble et en même temps de si grand! Là était l'homme mortel, là était l'immortel martyr. Reste d'un pauvre vieillard infirme, caché et comme ignoré dans sa propre maison, où ses plus anciens frères seulement le connaissaient bien ; débris vénéré de l'arme dont le Christ se sert pour conquérir le monde, et qui se renouvelle en ses mains par la vertu de son sang.
Il y a deux siècles et demi que cette congrégation fournit des martyrs, et cet homme obscur, martyr moins l'auréole, figure parmi l'élite de la cohorte sacrée. Il s'en va sans cortège, en des jours de deuil incomparable. Il a pu dire qu'il mourait avec la patrie, qui ne compte plus ce qu'elle perd ; mais au temps où nous sommes, prospère ou malheureuse, la patrie ne Teùt point compté. Elle ne compte plus comme une gloire de fournir des martyrs, et c'est
une des causes de sa détresse épouvantable et inouïe. Cependant cet homme, ce héros, est reçu au ciel par le chœur de ceux qu'il a tirés de la mort étemelle, et ceux-là sont devant le trône de Dieu autant d'avocats de la France. Ils prieront, et nous espérons que par leur prière la France revivra.
Dans le cercueil de M. Charrier, cette couronne lumineuse de l'apostolat lointain, qui resplendissait au front de la France plus que d'aucune autre nation, va-t-elle aussi subir une éclipse ? Au milieu de l'immense catastrophe, que va devenir l'œuvre de la Propagation de la Foi ? La France l'avait enfantée ; elle en était la nourrice féconde et magnanime, elle lui donnait de Tor, elle lui donnait des hommes, elle lui donnait du sang. Plaise à Dieu que les missions ne soient point accablées de notre malheur! Plaise à Dieu que la générosité du peuple fidèle supplée à tout ce qui va manquer, et que ce pays qui n'a plus de soldats, plus d'industrie, plus defortune, sanglant, mutilé, humilié, continue pourtant de porter la parole du Christ et d'envoyer dans toutes les ténèbres du monde les messagers de lumière qui seuls rompront les fers du genre humain! A cette condition, la France, quoi qu'il arrive, sera encore la grande nation^ la nation vraiment victorieuse, et après le temps de l'épreuve, le sceptre lui sera rendu.
CXXVilî
27 janvier.
Cfe QtJl NOUS SAUVERÂTT ENCORE,
Paris estreadu; rennemi n'y entrera pas, une assemblée en rachètera les murailles cicatrisées, mais intactes. Ce sont lesJwises de l'armistice et les préli* minaires de la paix. Puisque cela est annoncé officiellement, on peut croire que cela est conclu. Quant aux conditions de la paix définitive, il n'est que trop certain qu'elles seront dures. La France est vaincue et humiliée plus cruellement qu'elle ne le fut jamais.
11 nous reste à souhaiter que la honte ne s'ajoute pas à cette humiliation terrible. L'ennemi nous rend une sorte d'hommage en ne franchissant point le seuil de la maison mortuaire. Souhaitons que de scandaleuses et fratricides discordes ne l'y introduis sent pas. Il serait abominable que le monde nous vit brûler contre nous-mêmes ce qui nous reste de poudre. Point de guerre civile, point d'anarchie, point de récrimination. Ces horreurs n'auraient d'autre résultat que d'appesantir le douloureux fardeau et de justifier l'égoïsme qui nous a laissés périr. Nous devrions n'échanger que des pardons et des larmes. Si notre incomparable malheur pouvait nous réconcilier, si nous nous retrouvions tous frères comme nous
PABÏS PÉjSDaN'T le siège. IB?
sommes tous vaincus, cib miracle d'amoiir ressusciterait aussitôt la patrie.
Non, ce n'est point la mort; mais par la concorde répreuve serait abrégée, et ce ne serait pas même lli léthargie. Un travail fécond réparerait prompt ement la plus grande partie du désastre. Faisant le compte des destructions accomplies, nous en trouverons beaucoup que nous pourrons estimer comme un grand gain. Nous ne saurions aujourd'hui nous dissimuler que nous avions besoin d'une réforme et, pour mieux dire, d'une refonte.
Dans la voie où notrs marchions, nous ïie pouvions éviter la catastrophe; plus tardive, elle eût été plus incurable. Le véritable péril des peuples est d^ètre mal sauvés, rétablis sur des étais ruineux et destinés è. crouler irrémédiablement. En nous fermentaient les venins de la guerre sociale. Il y a lieu d'espérer qu'ils s'écouleront par cette formidable blessure qui nous Contraint de rester sur le flanc et de changer de régime. Si la blessure emporte la plaie, si un sang nouveau se forme dans nos veines, c'est un gain, une victoire de la véritable vie sur la véritable mort. Ce que nous aurons gagné de vertus nous consolera de ce que nous avons perdu de richesse, et nous laisserons nos enfants plus forts et plus heureux dans leur pauvreté que nous ne l'avons été dans notre éclat. Ils seront plus et mieux que nous, parmi le^ nations, cette grande élue de Dieu que l'on appelle la France.
0 France, Si tu entends bien ce coup de foudre, Dieu t*ordonne de vivre, d'espérer, de reprendre ta
voie et de remonter à ton rang que tu avais misérablement abdiqué.
Une larme seulement, un regard vers le ciel, et la parole victorieuse du repentir : J'irai a mon Père !
28 janvier.