‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 23 sur 86 · SUPPRESSION DES CLUBS ET DES JOURNAUX INCENDJAIAES · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DES CLUBS ET DES JOURNAUX INCENDJAIAES

La suppression des clubs et des journaux incendiaires était une mesure inévitable après l'émeute (1). C'est une loi de la République d'ériger ces sortes d'œuvres, et de les détruire lorsqu'elles ont amené le mal qu'elles doivent nécessairement enfanter. Rien n'est plus connu^ et tout le monde sait comment l'opération se pratique, depuis le commencement jusqu'à la fin.

La graine de club et de journal se sème dans la période d'opposition, sous le gouvernement régulier ou supposé tel. On dit alors qu'il n'y a point de liberté plus nécessaire que celle-là, ni plus innocente; qu'elle est proprement le droit de l'homme, le droit de la vérité^ la lumière de la vérité ; qu'elle fait connaître les besoins , les vœux , les aspirations du peuple ; que le mal en est simplement apparent et le bien réel ; que le bon sens populaire fait justice des excentricités et profite du reste, etc., etc. Personne n'en croit un mot, mais aucun bon républicain ne manque de le dire, et aucun bon libéral n'y contredit.

(i) Émeute du 21 janvier, conduite par Flourens et Sapia, et ù furent tués plusieurs individus.

ou

PARIS PENDANT LE SiIÊGE. 149

Ce concert d'impudence et de lâcheté est invincible. La république est proclamée , incontinent les clubs et les journaux incendiaires sont en besogne. C'est l'heure des drôles, des gredins et des fous. Tout le monde en a bien vite assez et plus qu'assez ; mais la machine est montée, il faut qu'elle fonctionne. Elle remplit de haine, d'orgueil, de convoitise et de délirt la foule que l'on vient d'armer. Les coups de ftisil suivent de près, la suppression est prononcée avec un applaudissement général.

On doit rendre cette justice au gouvernement de la défense nationale qu'il a tardé autant qu'il a pu. Avant de porter la main sur la liberté innocente et sacrée des clubs et des journaux, il a loyalement voulu laisser exécuter la peine de mort, prononcée implicitement contre les auditeurs des clubs et contre les lecteurs des journaux par la création même de l'institution.

Quelques pauvres diables, qui n'avaient pas suivi les clubs et qui ne lisaient pas les journaux, ont pu être estropiés ou tués par l'iéclat prévu de la machine. Mais le devoir les ayant amenés là, ou le hasard les ayant fait passer par là, ces coups malheureux n'entrent point en ligne. On les inscrit, à profits et pertes, au compte du « jeu régulier de nos libres institutions. » Et il faut avouer que nous en sommes quittes à bon marché ; car enfin, si les clubs et les journaux réussissaient, ce serait bien autre chose.

On a remarqué que M. Flourens et M. Sapia étaient de la partie. Nous avons parlé des princes

150 PARIS PENDANT LE SlÉGfi.

populaires qui figurent dans nos troubles, où ils jouassent de privilèges au moins égaux^ à ceux que r«nciemie constitution monarchique • pouvait faire aux princes du sang. Le Flourens, en dépit de sa folie manifeste, et même le Sapia, en dépît de son histoire ignominieuse inutilement révélée, font figure dans ITiisloire de la révolution de 1870, à côté des Eudes, des Mégy et des Arago. QuUnd ces princes ont géré les fonds publics, 3s s'en vont sans aucune reddition de compte, avec utie bonne petite sinécure en guise de pension. Lorsqu'ils ont viplé la paix, conspiré en plein jour les armes à la main et fait quelque autre tour de haute fantaisie, s'il faut les mettre à l'ombre, ils en sortent à leur gré. Ils ont des gens au dedans et au dehors pour leur ouvrir la bastille, ils exécutent une promenade militaire en ville, ils pillent les provisions, ils tirent des coups de fiisil, et ils n'en seront que plus recommandables aux élections prochaines. Voilà des princes ! Leurs moindres domestiques font avec le même laisser-aller de semblables fredaines. Par exemple, s'ils ont eu jadis quelques démêlés avec la justice ou correctionnelle ou consulaire, une petite faillite, une légère tricherie, s'ils ont tourné te roi h la grecque et fait Une vole indue, ils se donnent des lettres d'abolition. Et vive la République démocratique et sociale, une et indivisible!

n y a quelque chose de charmant dans une lettre de M. Jules Ferry, citoyen maire, ou maire général, aux vingt maires ou sous-maires de Paris. Leur racontant la tentative des séditieux, — laquelle ne dif-

PAJUS RENJ3UUST Xfi SUÊfiE. OU

fère guère de celle qu'il a exéoutée plus habilemeat le 4 septembre, — il fait cette réflexion, en son style ému et macaronique :

Ainsi, par le crime de qUelques-uns, cette extrémité douloureuse n'aura pas été épargnée à notre ^glorieux et malheureitx Parifi. Une agression >afcssf técke quefollt a souilié unepm^. si pure. Vous .en serez xomme fn0i pénétsés de k plus |n:o£Ôii49 douleur.

Paris traité de « page si pure, » c'est certainement une des pins grandes hardiesses de la rhétorique municipale; le vieil Ârago n'anrait pas osé cela, et la signature de M. Ferry y ajoute le je ne gais quoi... a Une agression aussi lâche que folle a souillé cette page si pure! » — Jules Ferry.

M. Ferry n'est pas doué de ce genre de tempérament qui lait que Von. reste .de .sang-froid dans les occasions chaudes. C'est pourquoi «sans doitte la lettre en cpiestion, émte d'une main secouée par rimpétuosité du pouls^ a été exclue du Journal ofjî^ ciel. Nous demandons qu'elle y soit recueillie. Liberté, Maternité, égalité !

^3 janvier.

M le contre-amiralTouchard a prononcé quelques aroles d'éloquence sur la tombe du jeune lieu'e lant

de vaisseau Fdgard Saisset. Elles respireirt la piété, le courage et l'amitié. Nous les reproduisons comme un hommage rendu à ce noble jeune homme, l'un de ceux en qui nous pouvons au moins nous glorifier de nos défenseurs, qui tiennent d'une main également vaillante et innocente le drapeau de la patrie, et qui ont le privilège de l'arroser en même temps du sang de leurs veines et du sang de leur cœur. Ce sont ceux-là qui auront le droit de ne jamais désespérer. Deux choses purifient l'air empoisonné que Ton nous fait respirer : l'obus qui tombe sur nos péchés, et la parole ou plutôt la prière et l'acte de foi qui

montent de nous vers Dieu :

Encore un deuil^ encore une mort ajoutée à toutes ces morts glorieuses, à ce long martyrologe de la défense de Paris ! '

Chaque jour, officiers et matelots, matelots et officiers, tombent côte à côte, unis dans la mort comme ils le sont dans la vie, par une étroite solidarité de péril et d'honneur; ils tombent, et la patrie reconnaissante recueille leurs noms pour les garder, pour les honorer dans l'histoire de cette lutte suprême.

Adieu, jeune et généreuse victime d'une cause juste et sainte I Dieu a des miséricordes infinies pour ces défenseurs du pays qui tombent sur le champ de bataille. Déjà il vous a recueilli dans son sein. Implorez-le à l'heure présente, implorez sa bonté et sa justice pour le triomphe de la cause que vous avez vaillamment défendue.

Messieurs,

En présence de ce cercueil, qui renferme tant de jeunesse et d'espérances anéanties d'un seul coup, mon cœur est saisi d'une indicible tristesse; mais il s'en dégage en même temps ce crid*énergi«i lo espoir et d'ardent patriotisme :

Dieu sauve k. France !

24 janvier.

Page 1