‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 28 sur 86 · ii · texte numérisé non relu

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210 PAfilS r£NDAMT UT. SlÉGË.

Mais le lendemain , voilà le poids et l'horreur de répreuve, le poids et Thorreur de la mort ! Voilà le jour du corbeau, du chacal et du ver qui se portent héritiers. Voletant, rôdant, rampant, ils accourent de partout à la curée impie. Ils viennent, accompagnés de ceux qui dépouillent les morts, pleureurs, consolateurs, parasites de funérailles, insulteurs aussi, particulièrement lorsqu'ils louent. Chiens et bétes hideuses et mendiants effrontés, à présent vous savez le chemin du combat et vous avez connu l'heure du festin !

Ils commencent le pillage sacrilège, ils se disputent cette proie sainte, maintenant avilie. Tout à l'heure^ elle était la chair du sacrifice : ils l'ont toucJiée^ et elle se décompose au contact de leur dent. 0 morta, 6 nos fils, nos neveux et nos frères, ô £9rce et fleur et honneur de la patrie, n'éte»-vous tombés que ponr repaître ces hoides et engraisser cette vermine!

Hier TÉglise empruntait diverses paiH)les de David vaincu et pénitent : « Les angoisses de la mort m'ont « environné , les douleurs de la mort m'ont investL « — Du fond de l'abîme, j'ai crié vers vous> Seir- « gneur; écoutez la voix âe na prière. Si v<>us eû- «' gez un compte sévère de nos iniquités, qai pouirra « subsister devant vous? -— Je suis huiailié pro&Mab* K( démenf. Seigneur. Rendee-moi la vis selon votre « promesse : aideB-moi^ et je- serai sauvé. » HéiaA.! rsconnaissons-nous.

Nos murs sont abandonnés, l'ennemi habite sur \%» fosses de nos morts, la fieimine dévore nos entants dans les berceaux, et Paris baise la nuôn de l'étranger

PARliS PENDANT LB SSȌ. 2il

^i lui envoie du pain : CircHmdederunt me gemkus mortis^ dolùres infemi circumdederunt me! Mais ce fl'eirt rieB encore. Ce Paris qui reçoit l^aumône de Londres, et qui apprend que ses vainqueurs rappellent au respect de la liberté les dictateurs aux<[nels il a livré la France et s'est livré lui-même (I); ce Paris, rongé de faim, noyé de boue^ flagellé de défaites, se livre au carnaval électoral comme au temps insolent de ses prospérités. U voit avec le même amusement morne s'étaler par les rues la mascarade électorale toujours la même: HumUiahissumpisquequaqve! Non, rhumiliation d'être fettlé, piétiné, absolument livré au bon plaisir de la multitude cynique et imbécile ; le supplice atroce de se sentir mort sur la fange et ridicule dams la mort, ne saurait être plus formidable que ne le goète en ce moment le Français "Condamné à lire les affiche» électorales de Paris! Qui veut connaître le poids . de oe rouleau de la honte, plus lourd que la machine à broyer le macadam ; qui veut être broyé dans son intelligence, dans sa fierté, dansson espérance dernière de voir relever la patrie; qui veut comprendre comment le caillou à charger la fronde peut devenir poussière, et cette poussière, pâte dure et stérile, uniquenieDl bonne à faciliter le i*ih-et-vient des omnibus^ ^'il lise ces affiches : il veiTâoeque la meule usntaipe a fait de nous, et combien toute hanateur, et tout caractère d'âme, de cœtrr et d'esprit fint déjà disparu.

(1) M. de Bîsmarli venait d'écrire officiellement à Gambetta Ikmr lui enjoindre deite pas gêner là libeiié des élections.

212 Pi^RIS PENDANT LE SIÈGE.

Nous restons quelques-uns qui rêvons encore de faire une France patricienne, un pays qui produirait des hommes, des libertés, des originalités. Nous sommes loin de compte! Et ils parlent tant euxmêmes de rindépendance de la pensée ! L'indépendance, ils croient peut-être Tobtenir; mais la pensée, ils ne l'ont pas, et rien de ce qu'ils font voir n'en of&e une trace quelconque. Ils portent tous l'effigie ou plutôt le stigmate du même lieu commun, ils mettent tous le même empressement à s'aplatir sous le rouleau et à laisser passer l'omnibus.

Tous se proclament républicains, principalement ceux qui savent le moins déguiser qu'ils ne le sont pas : aucun ne laisse supposer qu'il se soit formé une conception praticable de la République. Les plhs sincères ont pris une couleur, ils n^ont pu s'élever à im principe. Presque tous se proclament républicains parce que le suffrage universel semble l'être, ou se laisse persuader qu'il l'est, sans se soucier le moins du monde d'en connaître les conditions et surtout les devoirs. Que leur importe! Ils flattent ce maître qui fait le député.

Ils se réunissent par bandes ; ils font des piquenique où chacun apporte sa médaille effacée et la jette dans le sac commun, sans y regarder et sans qu'on y regarde. Ils se mettent ensemble, bleu, rouge et blanc, pour attraper où ils pourront les sufirages bleus, rouges et blancs, et former ainsi leur pâte où roulera l'omnibus. Et la pâte deviendra aussi dure et aussi stérile que les consciences qui l'ont formée. Beau et ferme piédestal de la République ! Mais gare

la pluie! Un jour de pluie, et romnibus s'embourbera; l'idole s'enfoncera dans la boue.

Que dire, et n'est-ce pas pour désespérer ? Dans ces fricassées, il y a aussi des catholiques. Des catho* liques s'offrent à porter l'idole ! Et ce sont les mêmes qui applaudissaient notre malheureux Montalem* bert, quand sa passion maladive le réduisait à déclamer contre « l'idole du Vatican? » Avec M. Quinet, avec M. Hugo et avec je ne sais quoi et je ne sais qui, ils veulent bien porter l'idole République, fabriquée de je ne sais quoi, par je ne sais qui. On est tenté de se demander comment Dieu même -saurait s y pirendre pour faire quelque chose de ce peuple.

Mais l'Eglise demeure, elle prie, et Dieu garde la vie aux ossements de ceux qui ont voulu mourir pour la justice et pour la vérité. Cette chair est la proie de la mort. Elle périra, elle sera dissoute, et la vie renaîtra des ossements des fidèles et des martyrs, parce qu'ayant invoqué la justice divine, la vie est restée en eux.

9 février.

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