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CE QUI ARRIVE QUAND LES DOGMES FINISSENT

Encore un mot sur le carnaval électoral de Paris. Il finira demain. Dieu soit loué ! et Ton peut espérer que l'ignominie particulière dont il est empreint ne

fH'k PJkil» PENDANT LE SIÉOB.

ser6iioa¥ellera pas de sitôt. Tel qall est néanmoiasv et quelle qu'en soit la honte, il faut s'y arrêter. Multiplier les témoignages de ce funeste moment, c'est randre service à Taveuir. La philosophie of&cieUe- Qdiis ibsaÂt, il y a quarante ans, comment les dogmes finàasent^ et elle se félicitait d'en précipiter la ruine.

^C'est fait, autant que cela se peut faire de main mortelle contre l'immortel. Les dogmes ne sont pas &ii8, mais ils sont déplantés. Impérissable, le grand, arbre est cependant couché par terre; il ne donne P&U6 d'ombre, il ne porte plus de fruit, et l'inepte cognée frappe sans relâche pour perdre au moins son inépuisable sève. Il faut contempler ce qui risque de finir pour tout de bon au sein d'un peuple où le dogme^ est refusé sinon fini. I>ès ce temps-là, sous Louis^ Philippe, quand cette philosophie était en vogue et en puissance, nous disions : Ceux qui travaillent à nous montrer commeni; finissent les dogmes^ pourront eux-mêmes apprendre comment ifinissent les sociétés.

La plupart vivent encore, qu'ils regardent. Qu'ils voient ce que ne donne plus le dogme qu'ils ont voulu abattre, qu'ils goûtent ce que produit celui qu'ils ont prétendu planter. Car ces autidogmatistes étaient encore plus dogmatisants. Ils ne voulaient détruii:e une loi que pour en établir une autre, dont ils se croyaient les prêtres et même les dieux. C'est encore leur incurable folie, également incurable dans les générations qu'ils ont formées. Ils ont assez mal connn le fond et la source de leur propre doctrine pour se persuader que l'homme qui a rejei^ le dogmes

chrétien peut en accepier tm autve et se tenir i un }uste milieu comme ils âisaient, «ntre le culte de ses devoks et le culte de ses penchants.

Ils ont de>nc vaincu dans la mesure humaine. Le •viewx dogme générateur et conservateur est frappé de ia stérilité où ils pouvaient le réduire ; le jeune dogme de progrès -et de Kberté a reçu la fécondité qu^^ils pouvaient lui communiquer, et voici que lera* i^a/ris possède toute ia liberté de langue qu'ils onl jamais pu rêver. L'immense cité ne renferme pas mi citoyen (sauf lés repris de justice, et encore !)qui ne se trouve en pas«e de devenir législateur et qui ne soit iMi droit de dire sa pensée. Que disent-ils, ces citoyens, en cette heure faite pour inspirer toute élo- (foeinee ? Ecoutons la parole et la pensée publiques.

La parole publique dénonce d'abord une chose : c'est qu il ny a point de pensée publique; et ce ^grand tapage prouve en premier lieu que ce grand peuple ne pense pas.

11 n'a point de pensée^ il n'a que des désirs, et tous - ses 'désirs se réduisent^ deux, partout les n^êmes : le désir d'avoir un maître, et le désir de ne.îni obéir pas. L'unique différence est sur le choix du maâtre : chacun voudrait être ce maître, ou du moins le choisir dans sa couleur «t lui soumettre tout, -excepté sm-méme. Mais le désir de faire un maître est enveloppé de tant dévoiles républicains, qu'il est évident qoe^ ce grand peuple se ment en masse, et que chaeuû en particulier redoute fort de se compromettre devantla chose réputée populaire, qui est la République.

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Et il est évident aussi que cette chose uniquement populaire, est précisément la chose dont personne ne veut, attendu que chacun ne la veut qu'à sa manière. Autre, elle fait peur et horreur à chacun. Une forme de république qui garantirait pour chacun la somme de^liberté possible, qui n'opprimerait rien de juste, qui ne détruirait rien de bon, qui réaliserait dans la liberté 1^ condition inévitable de l'ordre, laquelle est d'établir des rangs, cette république de tout le monde serait, à Paris, exécrée de tout le monde ; et la raison en est qu'elle ne laisserait pas Paris à la tète du monde. Paris veut régner. Il s'en trouve seul digue. Chacun dans Paris se dit : Je suis Paris, ou du moins je veux prendre Paris.

Il est certain que Paris, au dedans de l'enceinte, peut toujours être pris par quelques uhlans. Depuis un siècle, cela s'est fait maintes fois, et qui prend Paris prend la France. C'est aussi le secret de la perdre , l'expérience aussi l'a prouvé. Mais cette expérience-là est non avenue.

Cependant un besoin impérieux et quasi bestial de - Tordre matériel domine tout en ce moment. Paris privé d'huitres, de foie gras et de cafés chantants , privé d'étrangers, de provinciaux et de législateurs, réduit aux a matinées littéraires » et au pain de paille, éclairé à l'huile de pétrole, gardé par les sergents bonasses de Kératry, ce n'est plus Paris. Il y faut un vrai préfet de police, ce qui implique un vrai maître* On peut vivre sans culte et sans Dieu, non pas sans préfet de police, donc, non pas sans maître. De là cette quantité de militaires que l'on voit sur toutes

les listes, même les plus rouges. Les gens d'armes sont gens d'ordre, prenons-en, il en faut ! Pyat et Rochefort, ennemis de Dieu, ennemis Tun de l'autre et ennemis des rois, iraient s'embrasser devant Tautel de Notre-Dame, si c'était le moyen pour Pyat de régoer sur Paris et sur Rochefort, et pour Rochefort de régner sur Paris et sur Pyat. Rochefort réciterait son sonnet à la Vierge qui obtint l'églantine de laiton aux Jeux floraux ; Pyat réciterait toutes les prières qu'il sut jusqu'à l'âge de quinze ans, lorsqu'il était le petit saint de Vierzon.

Quant aux idées, il n'y en a point nulle part. Pas plus de nouveauchezM.Dufaureque chez M. Rochefort. M. Dufaure est plus nouvellement républicain, mais il n'a point d'idées nouvelles. Pas une miette de pensée à mettre sous la dent très -affamée de Tintel- .ligence humaine ! Les coryphées des principaux groupes sont ici maître Brid' oison, là M. La Palisse, là le rude vieux citoyen Lantimèche, républicain d'avant l'a vaut- veille. Et tous ces vénérables, vingt fois enterrés, vingt fois héritiers d'eux-mêmes, disent ce qu'ils ont toujours dit : Liberté ! — Ordre et liberté ! — Liberté, égalité, fraternité ! — Et la mort ! !

C'est le langage de leurs pères de 89, de 92, de 93, de leurs neveux de 1830, de leurs petits-fils de 1848. Ils sont sortis de la fosse en 1870 pour redire et refaire tout ce qu'ils ont tant redit et refait; ils n'en savent pas plus long,ils n'ont rien appris .et rien oublié.

Rien, rien, rien! L'omnibus sur le macadam, le lieu commun roulant sans obstacle sur la platitude universelle !

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Et combien de ces républicaias terribles aspirent i réintégrer leurs bras maigres dans les souqueniUes d'un sénat quelconque !

Quant aux corybantiBS isolés, ceux qui font cavalier seul, c'est parmi eux que Ton rencontre ordinai* reinenl les originalités ou du moins les excentricités. Cette fois, point d'originalité parla non plus. Tout ce qu'ils disent est solennel et sot comme en temps ordinaire. On peut le résumer par ce discours, que pas un n'a l'esprit de faire aussi bref : a Citoyens, nous « désirons tous ardemment que cela finisse et que c cela recommence : nommez-moi. Je crois modesteamenl que j'en suis susceptible. » Quant aux titres, l'un est ouvrier bijoutier, l'autre est maître graveur, l'autre sergent-major, l'autre a cassé un réverbère ; quantité d^autressont « publicistes. » Il y a des fils de leur père, des neveux de leur oncle. Le citoyen Miot^ allègue la vigueur de sa santé dans l'âge mùr ; le citoyen Coquerel, ministre interlope du saint évangile, sa qualité de républicain. Qu£ de gens propres à ne pas faire leur métier !

Il convient néanmoins de mettre à part le citoyen Coquerel. Son affiche rappelle celle du fameux Battur, de 1818 : Nommons Battur! Elle se borne à ces deux mots :

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