‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 32 sur 86 · SOUVENIR DE BABYLONE · texte numérisé non relu

SOUVENIR DE BABYLONE

Pour ceux qui regardent du mont Valérien et des autres hauteurs^ Paris doit présenter un spectacle

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amusant, quoique bouffon au-delà dfes règles et peu fait pour inspirer le doux sentiment de Festime, Mais les spectateurs du mont Valéiîen sont des utilitaires. La besogne qu ils se proposent d'exécuter dans le mcmde n'exige pas qu'ils estiment l'homme en général ni le peuple de Paris^ en particulier.

Que leur importe si Paris ne déploie pas ce que l'on peut appeler un caractère auguste? Ils en profit tent. Paris leur donne une fête, et par-dcssis le marché, on leur fera cadeau des violons! Que peuvent-ils désirer de mieux?

Ils diront toujours qu'ils ont attaqué et pris la plus grande forteresse du monde ; ils s'applaudiront' intérieurement de n'en avoir pris que le plus grand cloaque, qui lui-même, tandis qu'un reste de braves gens défendaient son rempart, s'appliquait à le miner en dedans et finalement l'a ouvert. L'opératiou se trouve ainsi coûter moins et rapporter davantage .

C'est, en outre, un très-bel encouragement pour des opérations subséquentes.

Paris, sans doute, a ses traits particuliers, qui ne sont pas partout les mêmes. Mais il révèle un caractère général de l'Europe, sur lequel Vienne^ en ces derniers temps, refusant de se défendre, avait déjà jeté quelques lueurs.

Babylone était une ville de cinq cents stades de tour, défendue par l'Euphrate et par un rempart hérissé de formidables bastions. Elle avait une garnison de trois cent mille soldats exercés, des vivres pour vingt ans, de quoi s'amuser pendant le plus long siège. Elle était la ville du négoce, de la science.

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des hisisrions, de 1* orgueil le plus légitime. Son roi Bfiitbazar, libre-penseur et bon virant, valait à hii seul, pour outrager Dieu, tout ce que nous avons de Mottus, de Cadets, de jeunes Rocheforts, de vieux Hugos et de vieux Aragos. Il s'amusait fort du Persan qui l'attaquait. Il lui disait : Travaille, prends du temps ! Et il buvait dans les vases saints des Hébreux en présence de toute sa cour, faisant voir qu'il ne craignait pas du tout les représailles daDieu des Juifs, ni son tonnerre. Mais Dieu dit à Cyrus : Entre, tout est à toi ! Cyrus entra pendant que Balifeiazar était à souper.

Il y a eu d'autres Babylones et plus puissantes. Elles ont vu arriver d'autres Cyrus. Quand une Babylone s'enfle quelque part, un Cyrus germe dans quelque coin. Il arrive à son heure, qui est celle où Babylone achève de'se parer et se glorifie d^ètre tout à fait forte. C'est le moment aussi où elle se moque tout à fait de Dieu.

M. Pelletan, dans un livre qui vague sur les parapets, a traité Paris de Babylone. On en connaît le titre, qui dit quelque chose. M . Pelletan se savait-il prophète? Et voici Cyrus. Il est survenu quand M. Pelletan était treizième de Balthazar. Il entre par une porte et M. Pelletan sort par l'autre, avant le dessert, totalement déhalthazarisé.

Avec M. Pelletan, qui s'expédie lui-même à la recherche d'une candidature, Paris expédie hors murs ses canons ; mais il s n'iront pas aussi loin que M. Pelletan ! Paris est maintenant son propre Balthazar, moins bien nourri que l'ancien. lia rendu ses canons,

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il en a encloué d'autres, pour avoir un beefsteack, quelques légumes, un peu de fromage ; car le pain noir et le cheval ne lui réussissaient pas. Néanmoins il est toujours fier. En même temps qu'il livre ses canons, il tire de sa cervelle d'autres ressources, pour remplacer cette vieille artillerie passée de mode. Voilà Hugo en qui ronflent les vers, Pyat en qui ronfle la prose, Quinet en qui ronflent les vers, la prose et le rien ; voilà Blanqui, Delescluze et le jemie Simon ditLockroy; voilà Rochefort et Garibaldi; en voilà quarante-trois.

Comme le Prussien doit avoir peur! Où trouver un poëte qui tienne tête à M. Hugo, im penseur qui égale M. Quinet, un lanternier comparable à M. R07 chefort, un général qui fasse reculer Garibaldi?

Il est vrai que dans cette foule, où quelcjnes hommes de mérite et de bon sens £gurent, on ne sait pourquoi, — probablement pour rire, — Paris a glissé trois éminents artilleurs : deux amiraux et le lanternier. Mais les deux amiraux ont été privés de leurs canons,<et lelanternier avait déjà évacué le sien.

Au lieu des forts, Rochefort ! et au lieu de pièces de marine, le canon-lanterne !

Ainsi le scrutin de Babylone fait face à Cyrus delà façon la plus drôle qu'on put imaginer, mais la plus commode pour Cyrus.

Si l'empereur d'Allemagne et ses conseillers avaient encore besoin de savoir à quels signes on connaît qu'un peuple est mûr pour la servitude, c'est-à-dire pour la mort par la fange, ils doivent être à peu près fixés.

Il reste en Europe d'autres Babylones, il y aura d'autres Cynis. Sera-ce lui? Il peut l'espérer, Ton peut en douter. L'histoire nous montre qu^une Babylone suffit à un Cyrus. Dieu casse promptement ces bâtons de colère. Le ver de Babel les pique, ils ne durent pas.

Jusqu'à raccomplissement de leur mission, ils sont irrésistibles ; forts, non pas en eux-mêmes, mais par la main qui les emploie, et par le vice de ceux qu'ils viennent punir. Le valet de chiens, malgré son audace et malgré son fouet, tremblerait devant les aboiements de la meute, s'il ne savait quels cœurs recouvrent ces peaux hérissées.

C'est un ramas, non un peuple! Plus de Dieu, plus de lumière, plus d'aliment divin ; ils fuient, le pied de l'ennemi les disperse. C'est fait, et le bélier inutile pourrit sur le mur qu'il y a broyé. Où est Babylone? mais où est Cyrus?

Ce qui reste de Babylone et de Cyrus , c'est le Super flumina Babylonis.

De contrée en contrée, de peuple en peuple, jusqu'à la fin du monde, retentira ce cantique de la vraie et invincible patrie. Lorsqu'il cessera sur la terre, ce sera pour se continuer dans les cieux. Alors auront disparu les Balthazar, les Babylones et les Cyrus; alors seront enfermées dans la nuit éternelle ces insolentes figures du vice, de Torgueil et de la fraude engraissées pour le néant !

230 PAEllS PËNCrANT LE SIÉ6K.

14 février.

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