A PROPOS DES CONDITIONS DE LA PAIX
Depuis que nous avons écrit les lignes qui précèdent, les conditions de la paix ont été révélées. On les prévoyait dures et cruelles. Elles le sont !
A quoi bon se plaindre ? Puisqu'on a osé les pro-
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poser à Versailles, et poûsqu'oa a osé les ap|>orter èe Versailles à Bordeaux, il fajtit que le refus paraisse impossible; et pour que le refus paraisse impossible^ il faut qu'il le soit. Dès lors, un adoucisseoient ne serait qu^une grâce pire que le fardeau.
Soldons les comptes réunis de TËmpire et de la République, ces deux fruits de 89.
Dans rÉcriture sainte, le roi Adonizel>ec, vaiaqueur de soixante-dix rois, à qui il avait fait couper les extrémités des mains et des pieds^ vaineu à son tour, est soumis au même sort. Se rappelant le temps de sa gloire, il dit : Sicut feci, ita reididitimhi Deus ; comme j'ai traité les autres, ainsi Dieu me traite*
Honorons-nous au moins par la smoériàé de .ce barbare, et ne demaodons d'adoucissemeiit <{u'i Dieu.
Si nous sommes trop abêtis présent^Eienrt pour nous reconnaître vaincus de Dieu et pour lui deman^ der miséricorde, alors tâchons au moins d'imiter la fierté du sauvage attaché au poteau des tortures.
Pour notre part, c'est notre avis qu'il faut se tourner vers Dieu. Sans nous ô.ter le fardeau, qui est à la fois le poids de sa justice et le crime des mains qui nous l'imposent, la miséricorde divine nous donnera un esprit de force, de lumière et de repentance qui nous le fera porter noblement et fructueusement.
Nous paierons notre dette et nous attendrons l'avenir. Avec l'aide de Dieu, on peut rendre glorieuse la cicatrice même d'un soufflet.
Redevenons la France catholique : ce eompeile m* tre^e qui nous ramène dans la voie de notre voeation
PAmS PBNDAlïT LE SlÉâH. 2S4
abandonnée «t méconnue, nous fera monter rafM.dement, car la vraie voie d« la France est en haut.
A présent, la Prusse et rAUemagne vont compter ensemble, et bientôi aveê le monde. Sous le}0«g de la Prusse se multiplieront partout et ju£^e dans l'Allemagne les âmes et les naiions qui auront be* soin de la France catholique.
Voilà «lotre avenir, si nous le voulons.
OXLVII
Bordeaux, "2 mars.
C'est fait, nous voilà sortis des horreurs de la guerre... Nous entrons dans les horreurs de la paix.
Nous y entrons et nous y demeurerons jusqu'à ce que nous sachions sortir de la Révolution. Mais pour savoir sortir de la Révolution, il faut d'abord le vouloir, et il n'est pas certain que nous en soyons même là. Judque-là cependant en vain nous dirons paix, -en vain nous achèterons la paix, il n'y aura point de paix.
La vraie paix ne s^achète point à prix d'argent. Avec de l'argent on n'achète qu'une trêve douloureuse et douteuse. La vraie paix se conquiert. Pour conquérir la paix, il faut l'ordre, il faut la hauteur, il faut la droiture, la persévérance des volontés du cœur.
Que la justice et la paix s'embrassent, que Tune et l'autre s'afifermissent dans ce baiser.
Donnons-nous une loi de miséricorde, mais aussi une loi de justice. Il y a des hommes de mal que Ton peut excuser, maisqu^il faut écarter. Ils sont ennemis de l'ordre. Soit que leur ignorance se fasse un droit des ténèbres morales dans lesquelles ils sont nés et vivent, soit qu'ils méconnaissent volontairement et criminellement les conditions de la paix sociale, aucun accommodement n'est possible avec eux. Désarmons-les et écartons-les, afin qu'ils ne nous contraignent pas davantage à ces détestables combats qui ne peuvent finir (jue par d'efifroyables proscriptions.
Il ne faut pas continuer de décliner par l'emploi de la force ; il faut remonter au respect des lois.
Sur l'immense abîme comblé par Tamnistie, élevons le trône sévère de la justice.
Qu'ils soient absous, mais qu'ils ne puissent reparaître que repentants. S'ils refusent cette condition, qu'ils s^attendent à rencontrer des lois inflexibles et inexorables comme leur orgueil.
S'il n'en est pas ainsi^ la France aura enfin touché les portes honteuses de la mort. Elle devra les fran-* chir, et ce sera bientôt.
La miséricorde divine ne s'obstine pas à jamais contre l'obstination insensée et coupable qui refiise la vie.
M'-ino date.
LE BlLAxN.
Cinq milliards à payer aux Allemands,
Quatre milliards environ de frais de guerre.
Une dette antérieure de quatorze milliards.
Le territoire honteusement amoindri,
La gloire passée détruite,
Le désordre et la sédition partout,
Le bon sens public plus amoindri que le territoire,
La conscience générale plus dévastée que le sol, plus ruinée que le trésor, plus souillée que l'histoire ;
Pour contrepoids :
L'alliance politique, civile et religieuse de Garibaldi ;
Voilà le bilan des a immortels » principes de 89, dans la 82*' année de leur règne.
S'ils vont de ce train, qu'espérez-vous de l'immortalité de la France?
Et sous quels maîtres et en quelles langues les Français célébreront-ils le premier centenaire de leur (( régénération ? »
2f 4- PARIS BGNOMnr LE Sttùf.,
Bordeaux, 3 mars.
I]N MOT SUR lVlGÉRIE.
L'Algérie est en péril. L'inswTeotkui qii£ les dernières QouYelles disaient étleisie, les.nonvelies plus dernières et plus vraies la disent géméralc;.
Cette insurrection est le présieBi partieoiier de M. Crémieux. II Ta détermiinée pardenx petils décivts qu'il a rendus e» se jAoant à. dàaoïrganis^ la paii^ pendant que M. Gambefttaoorganisaitlayktodie. Ces deux décrets^ dont Tun bouleverse les conditions de la propriété et dont l'autre donne aux ^ui£s le droit électoral, ont inquiété les Arabes sur leurs propres droits. Ils ont pris les armes.
Depuk longtemps TAlgéme civile appartenait en très-grande majorité aux idées da parti révolutioBnaire, lequ el s'y m^oxitrait violent, irréli^ux et désorganisateur comme partout; De son côlé^ le gour vecnem^nt V&^^i^ garnie de fcatcAioniiâires et de petits employés cpi'û ni'auiiait: pu déci^ilinentfouirreF ailleurs, quoique sous ce rapport* il me se. gênàt.nullement.
Le principe gouvernemental de l'Algérie était de n'y point permettre l'acclimatation de la religion catholique. Là-dessus l'administration impériale et
vjaaa^ pbudint le siésc. 255
l'opposition ^républicaine travaillaient d'accord et avec émulation.
On se souvient des difficultés véritablement imbéciles que le gouvernement, en dernier lieu, opposa au zèle intelligent et charitable de l'archevêque.
L'utile Crémieux est venu à point pour ajouter par décret ce qui manquait au mal, et pour détruire par décret une des rares mesures dont on pouvait attendre du bieui.
Ce n'est pas que- M. Grémieux soit méchant. Mais le pawvre homm-e est vieux, avocat, rérohitionnaire, lîbre-penseur et juif; et tout cela était si bon pour faire un douzième ou un treizième de dictateur !
Dans le gouvernement de la défense: naiiéoalâ, liL Grénûeux était de ceux dont la présence rassurait les hofinêtes gens modérés, les gens d'ordre et de bon sens, comme ils se nomment.
Envoyé à Tours, il a donc, pour s^occuper,, expédié en Algérie se& deux petits décrets réclamés par les révolutionnaires et par les juifs, lesquels sentaient également le besoin de tondre les Arabes^ e1 il a ainsi mis le feu aux poudres dans le moment le plus opportun.
Quant à ses amis les patriotes de l'Algérie, ils font des avances à T Angleterre. A leur avi»^ l'Angieterre 9' entend à coloniser beaucoup mieux que la France; et leurs propriétés, arrosées de tant de sang français acquerraient une grande valeujr, une fois couvertes du p^viUoji britannique.
2fj(î PARIS PENDANT LE SIÈGE.
Bordeaux^ 5 mars.