LN DOCUMEM^ DL CATHOLICISME LIBÉRAL
iNous avons récemment publié mi travail sur la possibilité «rétablir en France la démocratie ordonnée et pondérée ou^ si l'on veut, la monarchie démocratique^qui seule aujourd'hui et de longtemps peut nous donner la Bépublique de tout le monde.
Dans ce travail, le point qui regarde l'Église, à notre avis le plus important, est ainsi formulé :
« L'Église est pleinement libre et investie de toutes les latitudes du droit commun. Elle aie droit de posséder, d'acquérir, d'hériter ; elle a l'usage de son droit particulier, de ses tribunaux intériem^s. EUe jouit de la liberté d'association, de la liberté de la charité, de la liberté d'enseignement à tous les degrés. Elle a le droit de fonder des universités canoniques^ ime au moins par province. L'État ne se mêle en rien du gouvernement propre à l'Église.
« Les propriétés de l'Église sont soumises aux charges commîmes, et elle devra, dans un temps donné et moyennant les dispositions transitoires nécessaires, subvenir aux dépenses du oulte.
a En raison du service public et gratuit qu'ils font connue hospitaliers, instituteurs et chargés du culte, et pour honorer la religion, les hommes engagés dans les ordres sacrés et liés par les vœux sont dispensés du service militaire. Ils en reprennent l'obligation lorsqu'ils rentrent dans la vie laïque, et sont alors privés de la plénitude du droit électoral, comme célibataires.
« La France étant un pays chrétien, la Constitution exige l'observation générale du dimanche, non pas tant à cause de
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rutilité sociale si reconnue de cette institution, que pourrendre hommage à Dieu qui nous l'a imposée. »
Notre a projet de Constitution» dans son ensemble a été diversement, mais en général assez favorablement jugé. 11 n'a pas réussi auprès des catholiques libéraux. Leur journal, le Français, sans marquer s'il le trouvait trop libéral ou pas assez, en a parlé comme d'une simple extravagance, disant que probablement V Univers avait voulu « égayer la situation. » Le Journal des Débats ne lui a pas été plus gracieux : aux beaux mépris du libéral et catholique Frayiçais, il a ajouté que Vimvers demandait la séparation de l'Église et de l'État, et que sans doute il avaii pris son mot d'ordre à Rome !
Dans la presse, il ne faut pas s'attendre à rencontrer toujours des adversaires qui lisent bien ce qu'ils réfutent et qui réfléchissent bien à ce qu'ils disent eux-mêmes. Cependant ils surprennent parfois le jugement des esprits les plus distingués. Un célèbre prélat, qui a su se garer ^de l'opinion du Français, semble avoir accepté l'erreur plus étrange du Journal des Débats.
Mgr Dupanloup, représentant du peuple pour le département du Loiret, consultant un certain nombre d'évêques sur la question de la séparation de l'Église et de l'État, allègue précisément ce fait invraisemblable d une consultation que nous aurions nous-même demandée et reçue à travers les lignes prussiennes. — M. Louis Veuillot, dit-il dans une lettre dont on nous communique l'analyse ;^fidèle, n'a pu proposer cette séparation sans s'être d*abord as- 11. j^
sure qu'il ne serait pas désapprouvé à Rome. — Et c'est pourquoi l'illustre représentant du Loiret sollicite l'avis des évèques, afin de se guider dans les difficultés où il va se trouver lui-4ûême engagé.
Nous n'avons pas à rechercher dans quel but Mgr Dupanloup se prépare ainsi à soutenir ou à combatlre nos humbles vues sur les rapports de l'Eglise et de rÉtat, et nous fait l'honneur d y mêler Rome, si libérale et si insoucieuse envers les opinions des simples particuliers. Le texte ci-des^is reproduit, prouve suffisamment que nous nous sommes borné à suivre notre vieille doctrine trèsorthodoxe sur la liberté de l'ÉgUse. Nous ne proposons nullement la séparation de l'Église et de l'État.
La séparation est contraire à la liberté de l'Église. Elle a Ce défaut avec beaucoup d'autres. Nous l'avons toujours combattue et nous ne cesserons pas de la combattre, quoique persuadé que son triomphe ne nuira pas à TEglise. Mais il pourra nuire beaucoup à la société.
C'est justement ce qui nous éloigne du petit et sonore parti des catholiques libéraux, dont Mgr Dupanloup fut le principal instituteur. Ils professent la fameuse maxime : l Église libre dans lÉtat libre^ adopté par Gavour. C'est la maxime même de la séparation, et nous n'ignorons pas qu'elle n'est point approuvée à Rome, puisqu'on effet, la première lif berté religieuse de l'État libre est la liberté d'op^ primer la religion ; ce qu'on ne peut tirer du projet de constitution de Wmvers.
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Et, à ce propos, nous publions ici un petit document qui ne manque pas d'intérêt. Par une coïncidence singulière, il nous est communiqué dans le même moment que des informations venues d'un autre point de la France nous avertissent des consultations demandées par Mgr Dupanloup.
C'est le texte d une uiscription gravée sur marbre dans la chapelle du château de la Roche-en-Breuil, appartenant à feu M. de Montalembert :
In hoc saeeila Feliœ Aurelianmsis epùeopus panem v^rH tribuit et panem vUœ chri&lianor. \mmor. ptcsiilo ffr^ffi qtii pro Eceksia libéra m libéra patria eommili'tare jamdudum soUti annos vitœ reliquos itidem Deo et libertati devovendi pactum insiaurâre
Die octob. XIII A. D. M. DCCC. LXII.
Aderant Alfredus cornes de Falloux, Theophilus FojSiSET, Augu$tinu$ Cochin, Carolus cornes de Mont ai«ïjBjERT, absens quidem corpore prœsens autem spiritu Albertus princeps de Bhoglib.
Profitant de l'occasion, nous envoyons à Rome ce latin plus libéral que lapidaire. Il y soutiendra la reuommée plaisante de Tépigraphie gauloise, mais en même temps il montrera ce qu'il y avait de naïveté dans rame de Montalembert, toujours enthousiaste et toujours disciple.
8 mai 5 .