M. THIERS NE GRANDIT PAS
En ces heures violentes et lugubres, on aimerait à ne pas dire son avis. La conscience même confesse que Ftw^iwc^V^ de la parole est devenue quasi nécessaire. Qui ne veut pas mentir se sent condamné, sinon à déguiser, du moins à omettre. Or l'omission est déjà le déguisement, comme le déguisement est déjà le mensonge. Quel politique dit tout ce qu'il croit, avoue tout ce qu'il veut, n'efiface quelque trait de la vérité dont il est convaincu? On craint les fraudes* de la polémique, les méprises de l'ignorance, les renie- ,ments de la lâcheté. Redoutable honte de notre misérable temps : la vérité apparaît comme le danger suprême! Dans cette atmosphère chargée de matières inflammables, la lumière semble ne pouvoir servir qu'à mettre le feu. Sans doute, il y a grande chance de sombrer à travers tant de ténèbres amassées sur tant de précipices. Chacun en convient, chacun le crie... Mais enfin, si la lumière met le feu?... Et cha-
cun trouve plus sage de s'exposer à sombrer que de s'exposer à sauter.
Cependant la sagesse du statu quo indéfini dans les ténèbres palpables nous menace autant que l'explosion. Les terreurs de la nuit peuvent avoir des conséquences aussi funestes que les dangers évidents du jour. Dans la nuit,rennemi fait son chemin; il trouve paralysées des intelligences qui se défendraient vaillamment contre une attaque ouverte. Plusieurs qui marcheraient au combat non-seulement avec fermeté mais avec allégresse, se défont eux-mêmes et désertent, troublés de ce silence et de cette nuit qui leur font peur.
M. Thiers, après son passé mélangé, exige de l'Assemblée plus de confiance qu'elle ne lui en peut donner. On sait qu'il a de l'esprit et de l'expérience ; mais on craint qu'il n'en ait trop. On ne lui attribue pas de mauvaises intentions; mais il est, par sa volonté, aussi mal entouré que possible. A plusieurs personnes et à plusieurs reprises, il s*est dit monarchiste ; mais il y a diverses monarchies : quelle est la sienne? A d'autres personnes, et maintes fois, et plus haut, il a dit qu'il voulait conserver la République ; mais il y a quantité de républiques : quelle est sa république ? Parmi celles qui ont un nom et un drapeau , il n'en a désigné aucune à laquelle il se rattache ; et si sa république lui est propre et familière, il ne l'a pas définie. On ne sait pas même si elle est du genre rural ou du genre urbain. Ce point pourtant ne manque pas d'importance. 11 reste dans l'ombre. On se demande où va M. Thiers,
ai8 PARI» PENPANT ]UA COMmUîiJS.
et s'il sait qù il va^ et même s'il sait m il voudrait aller ?
Uue grafiide assemblée hq peut restjw lo^gteiûps à mâcher ainsi le vide et à tater ainsi la, auii. Il faui lui mettre quelque chose sousi la dent, quelque chose dans la main. Elle s'ennuie, eUe s'irrite^ elle soupçonne; les problèmes deviennent des fantômes. Ce^ divers mouvements méritent qu'on y prenne gardeu L'appréhenaion d'être trahie peut provoquer, aiii moment le plus inopportun, l'explosion que l'oa se flattait d'éviter.
Yéritahlementj^pour tant d'konnêtes genâ qui ont tant de grands intérêts en jeu, sans comj>ter la res^ pan^abilité de conscience et d'honneur qui la» oblige d'y pourvoir ; pour ces propriétaires,, pour ces industriels, pour ces pères de famille^ pour ces keebései*- TAOTS pu P5UPLE enfin, il est dur de n'être que des petits garçons menés sans savoir où^ par ML Thiers, escorté de ces trois autres Parisiens illustres, Mé Fa-^ vrOj^ M. Simon^ M. Picard!
Que font là ces. trois génies de la Bastille^ Ib lampion à la main, le pied levé,^ habillés dek leur gloire du 4 septembre et de la défense nationale, en d'aur très termes, absolument nus (sauf M» Favre, qui porte en guise de feuille de vigne les petits paj>iers de M. Minière)? Quelle monarchie ouqui^lle républiique nous veulent-ils donner? Quel honneur nous sauront -ils rendre? Quels witérêts respectables peuisent-ils servir? Et» pour articuler le damier mot fe la conscience française^ quel sentiment hoxkorahïft et Sei n'alarment-ils pas ?
M. Thiers sait certainement conduire une affaire. Il en aurait remontré à Scribe pour filer ces fines négociations où le grand vaudevillistes déployait ses qualités de diplomate. Scribe bâtissait deux, trois et jusqu'à cinq actes, sur la question de savoir quel prince épouserait enfin la princesse, et si la paix serait Uàio. ou la guerre déclarée. Il y avait des rubans, des robes, des verres d'eau, des chambellans, des caméristes qui jouaient de grand» rôles ; le diplomate Scriba mettait tout en œuyre^ venait à son dôsseixi^ et la pièce était finie et lepairterre content. Aiosi compte finiK M. Thiers. Mab ce n*est phis le temps de jouer cette pièce-là, et le parterre, indigné, soBtant Tennemi aux portes, menacé ^le monter sur la scène et do chasser les^ acteurs,
U faut trouver le secret d'occuper plus sérieusement et plus noblement les esprits ; il faut les élevj^ àuQ point d'où ils voient venk autre chose, Cest véntabiement trahir TAssemblée de ne p^s la mettre dès à présent en mesure de se combattre eJIe-mêma, de savoir quels hommes elle possède^ quelle vue d'avenir la préoccupa, et à qjuelle forme défîoitive la France aspire. Brùlerons-nous toujours des gargoufises uniquement pour avoir occasion d*^eu fabriqua et d'en brûler d'autres ?
La France yeut être constituée. Cela est nécessaire atout; uéoessaire même, peut-êtra, pour prendre Paris.* Si l'opinion de Paris est Indispensable à connaîtra^ l'Assemblée peut s'éclairer dans Tétat présent d^ cbûses» : Icis Parisiens, hélas ! n*y manquent p^s.
28 avril.