‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 52 sur 86 · ADOLPHINE. — LA LETTRE DE HENRY DE FRANCE · texte numérisé non relu

ADOLPHINE. — LA LETTRE DE HENRY DE FRANCE

Avant-hier, M. Thiers se fâcha fort contre la majorité de l'Assemblée, à propos d'une question qu'elle lui fit sur ses cachotteries et ses cajoleries avec la gauche. Il trépigna, bouda, lâcha de gros vilains mots. Il demanda encore huit jours pour sauver la France et l'Assemblée elle-même. — Ensuite, dit-il.

je m'en irai ; la situation alors sera au niveau de vos capacités et de vos courages ! La majorité ne parut contente que bien juste , et la situation se trouva ((tendue. » On se promit une affaire. La première nuit fut aux plans de bataille ; mais la seconde nuit porta conseil, et ce matin l'affaire s'est endormie. — Elle n'a eu d'autre suite que la reproduction sténographique de la forte férule administrée par V Exécutif au Souverain, ce qui implique Taffichage sur toutes les murailles de France.

Peu de souverains ayant manqué de discrétion envers leur ministre^ et peu de bourgeois ayant importuné leur majordome, ont été plus rudement rappelés à Tordre. Si la leçon est aisément 'et parfaitement digérée, nous l'ignorons. Dans les couloirs et sur les Réservoirs^ l'oreille du passant saisit £réquem« ment le propos de Martine battue à Sganarelle triomphant : Je te le pardonne, mais tu me le paieras! Officiellement, l'Assemblée, insultée et dépourvue, passe à Tordre du jour.

M. Thiers parait s'inquiéter peu du cas de lèsemajesté dont il a chargé sa conscience, non pour la première fois. Il se rengorgerait plutôt de savoir toujours mater si bien la majorité tracassière. Avec sa permission, il n'y a pas de quoi. Son procédé, aussi peu coûteux que peu respectueux, ne relève pas du grand art. La perfection de Thomme d'Etat parlementaire est de rester impassible sous le feu des interpellations, comme le sauvage au poteau des tortures. M. Thiers ne profite point des occasions qui lui permettraient de déployer cette vertu. D

350 PARIS PËÎfDANT LA COÎktMrWE.

s'émeut, s'emporte et finit par fire quantité de choses qui ne sentent ^n rien le ^aîrd oratettr, m le grand citoyen, ni le grandhomtoé. •

En notre temps de rébellion utiiverselle, îl n'y a pas de cnisinière qni n'ait pareille éloquence à I« main et qui n'en use are^ sa bourgeoise, surtout les jours de grand dîner. « — Si madame n*est pas cou-' tente de mes services, elle n'a qu'à le dire ? » ¥À elle fiaît le geste de dénouer son tablier. Madame, épouvantée, cède aussitôt, descend de la remmitrance à' la prière. « •**- Allons, allons, Adolphine, vous Êtes trop vive: calmez-vous ! » Adolphine tarabuste se» casseroles, pousse des cris, verse des larmies^ parle de son petit intérieur où elle pourrai! vivre en paix, ' accuse Tingratitudé des maîtres. Madame, traitée de haut en bas, file toujours. A la place du civet de lièvre qu'elle avait commandé et qui était promis, elle' mmge tristement le ragoût quelcon(|ue qd' A<!olphîûè' a trouvé bon de lui servir, salé de ses larmes. Il fâ«A^ dîner, et madame, hélas ! ne sai! pas faire îe dîner.

Dans le monde moder|ïe, absolument et pari«wt démanché, quel «maître» n'en est là? Quel hoil' bourgeois ne passe sa vîe à /!fer devtmt ^es ouvïittfs^t ses serviteurs, ses enfants, devant forit le monde?' Quand il devient souverain^ l'habitude est prisei J> file devant Ses nrinisti^s^ attendant que reunemf paraisse; et alors encore, îl L/?fe', et alors aussi seai ntàmÉtres filent avec lui. Pauvre bourgeois, jadis 'sî ffer 7 a^trefiîaiirt, astre éteint!

Ainsi vous-même vous ffleret; insubordonnée Adolphine, et ce sera bientôt! Vous Toilà sur îe

point d'avoir à votre tour une cuisinière. A votre tour vous la verrez cuisiner, non selon votre goût mais selon le sien. A votre t(^ur vous la « tracasserez ; te à votre tour il Vous sera dit : « — Si -

madame n'est pas contente » à votre tour vous

sentirez amèrement l'inutilité des pactes, du sentiment, de la raison et de l'éloquence : — Quoi, lulie, Ernestine et Simonne^ vous auriez bien le cœur de me planter là, laissant le dîner en train? Et tous ces affâméâ qui attendent? et l'honneur de la maison ? et vos serments? Mais vaines paroles. On Vous répondra que madame est trop tracassièrç, que madame est trop ingrate, et que l'indépendance sacrée des serviteurs doit passer avant l'intérêt de la maison.

Nous engageons nos lecteurs à conserver nôtre' dernier numéro (1) où cette scène entre M. Thiers et^ rAssemWée est relatée tout au long. Le hasard y a réuïii deux airtres documents dans lesquels deux autres espè<îes de gouvernement dessinent chacun leur caractère et déroulent chacun leur programme. Le premier est le manifeste du Comité de salut public stL nom de la ûomfmme^ signé de qtiïi!tre drôles sanglants, dont un assïissîii avéré. Le second est le manifeste de la monarchie, signé de Henry de Bourbon, eelui qtri pourra deux fois, s^fl règne, s'intituler roi par lïi grâce tle Diefu. Car en vérité, util roi ne sera né tout à h fois plus loin ertpius près dlilràrie, n'aura été toirt éhselnblè plus dôiiné et plus bhoîsî. Rôi joÂT tugrûce rfé ^ittjt! <Jaè de cîhose^ cette ifor-^

(l)L^€J«iâ)8r$ idn l2iinûK

mule, par elle-même, dit déjà aux intelligences capables de réfléchir, sur cette autre formule si orgueilleuse et si fou aillée par les quatre-vingts dernières années de notre histoire: Roi par la grâce du peuple.

Après Louis XVI détrôné et assassiné^ après Robespierre et Barras^ après Napoléon, après Louis- Philippe et l'autre république et l'autre Napoléon ; après la République-Favre, noyée dans ces hontes épaisses où la fait surnager encore la tête ajoutée de M. Thiers, tête philippienne pleine de vent; après tout cela, régnent par la grâce du peuple les quatre abominables malandrins qui s'intitulent Comité de salut public. Dans le monde moderne , ils sont la résultante et l'expression suprême de la grâce du peuple^ comme Néron en a été la résultante etPexpression suprême dans l'antiquité.

Tout le progrès politique du monde avant le Christ avait abouti à l'enfantement de Néron, tribun, empereur, pontife et dieu. De même, tout le progrès politique de la France, séparée du Christ par la doctrine de 89, aboutit à ce fœtus épouvantable qui gouverne la grande Cité. Quatre ou cinq abjects coquins en font la matière, son iiAelligence est composée des déjections de la cervelle humaine, et par une inspiration où se sent l'ironie divine, il a pris ce nom de Comité de salut public qui est le nom du premier tyran que la France ait subi. La France avait eu des rois plus ou moins sévères ; seule parmi les peuples, elle n'avait pas enduré de tyran. Le Comité de salut public lui en fit connaître la race ; elle a permis plus tard que le sophisme lui en glorifiât l'histoire, et ces der-

niers drôles se sont imposés. Les voici tribuns, empereurs, pontifes et dieux de l'orgueilleux Paris, la merveille du monde. A l'avare Crassus on fit avaler de l'or fondu : Tù aimes l'or, bois-en ! Tel est le sort de Paris : Tu aimes la Révolution, désaltère-toi !

Le programme de Henry de Bourbon fait une impression profonde. On est étonné de cette simplicité, de cette sérénité, de cette grandeur. Habitué aux bassesses et aux insolences des postulants de royauté, les uns qui promettent de ramener les affaires, les autres de ramener la mort, on éprouve une sorte de stupéfaction devant ce prince qui promet de ramener la paix, qui ose annoncer qu'il ramènera Dieu, qui ne craint pas de proclamer qu'il est la réforme et la clémence, et qui ne dit rien de trop. La surprise de l'opinion rappelle ce que se disaient entre eux les Juifs : Nul homme n'a parlé ainsi. On a eu le temps d'oublier ce cceur de roi et de père que Dieu fait aux princes résolus de suivre sa loi. On ne sait j)lus que ces roislà s'attendent à rendre compte et n'ignorent pas qu'ils doivent respecter le genre humain.

Cependant M. Thiers, tel qu'il s'est montré à l'Assemblée, conserve la chance de gouverner la République, plus ou moins longtemps. Entre Henry de Bourbon et le citoyen Delescluze, entre la croix et la guillotine, M. Thiers offre un milieu si doux!

France^ France, prends garde ! Médite ton histoire, souviens-toi de Paris : si tu veux encore des rois par la grâce du peuple, tu n'en manqueras pas, tu n'en auras plus d'autres^ et cela ne saurait aller loin!

3m PABB PENDANT LA COMlHtNE.

M. le comte de Chambord a adressé à Tud de ses amis la lettre suivante :

c Gomme voQs,mon<^herami, j'assiste^ràmenavrée, aux cruelles péripéties de cette abominable guerre civile cpii a suivi de si près les désastres de Tiuvasion.

« Je n'ai pas besoin de vous dire combien je m'associe acDL tristesréflexions qu'elle vous inspire etcom bien je comprends vos angoisses.

« Lorsque la première bombe étrangère éclata sur Paris, je ne me sui§ souvenu que des grandeurs de la ville où je suis né. J'ai jeté au nK>nde un cri qui a été «ntondu. Je ne pouvais rien de plus, et, aujourd'hui comme alofî», je suis réduit à gémir sur les horreurs de cette guerre firatricide.

« Mais ayez confiance, les difficultés de cette douloureuse entreprise ne sont pas au*dessus de Vhé^ roîsme de notre armée .

« Vous vivcE, me dites-vous, au milieu d'hommes de tous les partis, préoccupés de savoir ce que je veux, ce que je désire, ce que j'espère?

a Faites-leur bien connaître mes pensées les plus intimes, et tous les sentiments dont je suis animé.

« Dites-leur que je ne les ai jamais trompés, que je ne les tromperai jamais, et que je leur demande, au nom de nos intérêts les plus chers et les plus sacrés, au nom de la civilisation, au nom du monde entier tâcnoin de nos malheurs, d'oublier nos dissensions, nos préjugés et nos rancunes.

« Prémuni8se24eB contre les calomnies répandues dans l'intention de faire croire que, découragé par l'excès de nos infortunes, et désespérant de l'avenir

PABIS PEJ^DART LA COMMUNE. 3oS

<k mon pays, j'«ii renoncé a« bontieur de le saurer.

Ki II sera sauvé le jour où il cessera de confondue la licence avec la liberté ; il le sera surtoiit, quasid il n'attendra plus s<dn salut de ces gouvernements d'aventure qui, après quelques années de fausse sécuJfité, le jettent dans d'effroyables abîmées.

« Âu-dessïis des agitations de la politique, il y a une France qui souffre, une France qui ne veut pas petit ^ et qui ne périra pas; car, lonsqtteDieu soumet une iiatiOB à de pat^illes épreuves, c'est qu'il a entt<>î*e ^ur elle de grands desseins^

a Sachons r^onnaitre enfin que l'abandon des prittcipea est la vraie cause de bos désastres.

« Une nation chrétienne ûe peut pas impunéfnjent déchirer les pages séculaires de son histoire , rompre la chtihie de ses traditions, inscrire en tête de sa constitution la négation des droits de Dieu, bannir toute ][ienï(ée religieuse de ses codes et de son enseignement ptiblic.

« Dans ces <iondition«, elle ne fera jamais qu'Une halte dans le désordre, elle oscillera perpétuellement ëUti^ele césàïisme et l'anarchie, ces deusi formes également honteuses des décadehcès |>aïenne8, et n'échap- 'pGtb, pas élU È(^t deë peilplei» infidèles à leur mission .

« Lfe paye l'A bien compris, quatid il a choisi pour thiUiâèiUsàifeé des bottkm^ià éckités comme vous sur 1^ be&olnta de but tempi^ mois uoti moins pénétrés dëè principes nécessaires^ toute sacifété qui veut vivre déM rhôtykeur et dans la libertés

a C'est pourquoi, mon di<er iami, malgré ^ qui r^te deé ^tè]w^i loul le bon «ens de là France aspite à

la monarchie. Les lueurs de Fincendie lui font apercevoir son chemin; elle sent qu'il lui faut l'ordre, la justice, l'honnêteté, et qu'en dehors de la monarchie traditionnelle , elle ne peut rien espérer de tout cela.

« Combattez avec énergie les erreurs et les préventions, qui trouvent un accès trop facile^ jusque dans les âmes les plus généreuses.

(( On dit que je prétends me faire décerner un pouvoir sans limite. Plût à Dieu qu'on n'eût pas accordé si légèrement ce pouvoir à ceux qui, dans les jours d'orage, se sont présentés sous le nom de sauveurs, nous n'aurions pas la douleur de gémir aujourd'hui sur les maux de la patrie !

« Ce que je demande, vous le savez, c'est de travailler à la régénération du pays, c'est de donner l'essor à toutes ses aspirations légitimes, c'est, à la tête de toute la maison de France, de présider à ses destinées, en soumettant avec confiance les actes du Gouvernement au sérieux contrôle de représentants librement élus.

a On dit que la monarchie traditionnelle est incompatible avec l'égalité de tous devant la loi.

« Répétez bien que je n'ignore pas à ce point les leçons de l'histoire et les conditions de la vie des peuples. Comment tolérerais-je des privilèges pour d'autres, moi qui ne demande que celui de consacrer tous les instants de ma vie à la sécurité et au bonheur de la France, et d'être toujours à la peine, avant d'être avec elle à l'honneur.

« On dit que l'indépendance de la papauté m'est

chère, et que je suis résolu à lui obtenir d'efficaces garanties. On dit vrai.

c< La liberté de l'Eglise est la première condition de la paix des esprits et de l'ordre dans le monde. Protéger le Saint-Siège fut toujours l'honneur de notre patrie, et la cause la plus incontestable de sa gran deur parmi les nations. Ce n'est qu'aux époques de ses plus grands malheurs que la France a abandonné ce glorieux patronage.

« Croyez-le bien, je serai appelé, non-seulement parce que je suis le droit, mais parce que je suis l'ordre, parce que je suis la réforme, parce que je suis le fondé de pouvoir nécessaire pour remettre en sa place ce qui n'y est pas, et gouverner avec la justice et les lois, dans le but de réparer les maux du passé, et de préparer enfin un avenir.

« On se dira que j'ai la vieille épée de la France dans la main, et dans la poitrine ce cœur de roi et de père qui n'a point de parti. Je ne suis point im parti, et je ne veux pas revenir pour régner par un parti. Je n'ai ni injure à venger, ni ennemi à écarter, ni fortune à refaire, sauf celle de la France ; et je puis choisir partout les ouvriers qui voudront loyalement s'associer à ce grand ouvrage.

« Je ne ramène que la religion, la concorde et la paix; et je ne veux exercer de dictature que celle de la clémence ; parce que dans mes mains, et dans mes mains seulement, la clémence est encore la justice.

« Voilà^ mon cher ami, pourquoi je ne désespère pas de mon pays, et pourquoi je ne recule pas devant Timmensité de la tâche.

398 PARIS PENDAIÏT LA C0»OftI»E.

« La parole est à la Fraoca, et Theure à Dieu.

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