PES8ARD CONTRE BOURBON
Le S^ir^ fondé, $i nous avons haime mémcdre, pair M. About, est devenu Lachoae d nn b«ac{uier ommêlé dans les affaires de M. Gambetta. Le journal c^ Tech sent de cette origine et de cette migration* Il est tout à la lois prétendant^ on ne sait à quoi, peut^tr^ à tout, et préteotiaux. Ce sont deux caractères de son Abraham^ le brillant auteur de XHmmne à tor^iUe cassée. Il se pique de ne pas beaucoup exoire en Dieu, lequel, selon lui, ne possède que le njbérite de ne sei^ vir à rien, troisième caractère abautigue^ et le plus marqué ; caractère aussi de banque. Mille francs payables à vtA^t voilà le nom et Tévangila du vrai dieu des miracles., créateur, rédempteur, maître sou^^ verain des choses humaines* M, About et la banque ont toujours prêché cela avec un aplomb et uoe coa« stance qui attestent la foi la plus carrée. Nous ne nions pas les convictions ; celle-ci est éclatante. La Soir y puise un grand mépris pour la lettre de M. la comte de Chambord, et ce mépris est exprimé du ton le plus hautain par M. Pessard.
M, Pessard (Hector) est notre confrère» Nous n'avons pas rhonneur.de le connaître, et tout motif
nous manquo à dire le moindre mal de lui. On voit qu'il veut avoir de la tenue. Il se plie à faire quelqu'éloge du style royal ; il pardonne courtoisement leur manie aux défenseurs persévérants d'une religion (( qui ne fut pas sans grandeur ; » il convient que a le manifeste de M. le comte de Cjhambord ne pourrait qu'augmenter le légitime orgueil d'hommes pour lesquels la foi tient lieu de science politique ! » Il faut honorer la courtoisie de ces formules. Néanmoins, c'est Pessard contre Bourbon, et Pessard dédaignant Bourbon ! L'habitude n'y! fait rien^ on a un éblouissement.
Au paragraphe suivant, M. Pessard, toujours avec le même inflexible savoir-vivre, se prend à dédaigner Dieu comme ij vient de dédaigner Bourbon. Et c'est même à cause de Dieu que M. Pessard dédaigne tant Bourbon. 11 trouve que Bourbon s'occupe trop de Dieu. On rapporte que M. Buloz, critiquant un article sur Dieu, condamne d'abord le sujet, pour manque ^actualité. M. Pessard va plus loin contre la lettre royale, et parvient sans effort à un comique plus haut. « 11 n'est guère queston dans ce manifeste, dit-il, que de Dieu, de l'Eglise et de la religion, questions cpi^ étant du domaine inviolable de la conscience. <..., ne peuvent , en notre temps , peser d aucun poids sur les résolutions dun homme politique ^ et même sur celles du plus humble citoyen. » Franchement, nous ne pensons pas qu'on puisse trouver plus de naïveté nulle part sur la terre.
Il y a des ignorances de nature, des cécités et des surdités absolues, contre lesquelles aucun raisonne-
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ment ne prévaut. Mais cette naïveté coriace du librepenseurfaçonné ad hoc^ qui ne voit pas même Paris, qui n'entend pas même Montretout, et qui se flatte de retrouver sa sécurité et sa bourse dans le même chemin où. depuis un siècle il est bâtonné et raflé de plus en plus irrémédiablement, c'est la merveille du , monde.
M. Pessard continue de cet air supérieur et content dont sa plume est douée par-dessus toute plume qu^ait jamais foiunie oie de France :
A tort ou à raison, nous avons pris Thabitude d'essayer de faire nos affaires nous-mêmes^ et peut-être la faute en est-elle à la Providence qui, après s'être chargée si longtemps — et non sans Irais (le petit mot pour rire!) — de les mener à bien, nous a conduits trop souvent dans des aËlmes où nous serions encore si nous n'avions conunencé par nous aider, avant d'attendre l'aide du ciel .
Il paraîtrait, d'après cela, que nous ne sommes plus dans les abîmes, et qu'ayant opéré nous-mêmes, nous voilà tirés du mauvais pas où nous avait mis trop d'abandon à la Providence. La France remerciera M. Pessard qui lui donne cette bonne nouvelle vingt-quatre heures avant les autres journaux, encore occupés à battre le rempart. Ajoutons que par la gravité de son langage et « la solidité de sa politique,» M. Pessard ne peut que nous maintenir dans la bonne habitude <c d'essayer de faire nos affaires nous-mêmes. »
Il dit encore, toujours avec la même noble assurance, que M. le comte de Chambord s'en fait accroire. Selon lui, M . le comte de Chambord témoigne qu'il
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n'a pas. 90udé les imiombra]ild$ ^ pvobl€m)0»âoçîaw:,«i 4pi, «. comme autaot d'impitoyables «pbia^» » s^ dressent «c da toutes pasts;^ i^ Commieat! à œ pajrs. désormais accoutumé, à sf. tir^r da TaJbim^ pae lii«« même et sans le secouiis à» )a Provid^mea, vt^m ea bit a ruinée envahi par Vétrao^ejr, déchûré par laa factions ; » à ce pays des innombrables sphinx, VhéTJh , tier de Henri lY re;conttaande coimme* m^yen uaii|ue de salut la restauration de la monarebie légitigte, le rétablissement d'une religion d'État et la protecticoik du Saint-Siège! !!...»
On sent que M. Pessard ne fait pas Tétonné ; il l'est*. L'étonnement dérange un peu ses cordes graves et il semble n'avoir pas bien comprîs^ ce qu'il a lu« Lare»** tauration de la monarehîe légitime, l'avénesieEkt d\ia roi par la grâce de Dieu, c'est-à-dire d*rai chef qui a le droit et le devoir d'appeler à lui toutes les énergies^ ce n est pas peu dob chose., Beaucoup de c( problèmes sociaux » s«r«<it nécessairement réso-* lus, et quantité de <i sphinx: )» cesaeront de proposer leurs énigmes meurtrières, quand Ge& événements seront accomplis^ M« le comte de Gbambord dit qu'il est LA Eéforms ; c'est un très-grand iuot, et ce mot prouve que lies problèmes sociaux a' ont pas échappa à son regard. M. Pessard n'en parle pas- En revanche» il insbte sur la religion d'État^ dont te prince ne dit rien. Protection de la religion, qui est un droit à protéger comme un autre ; liberté de. l'Église, qui est une liberté politique au-dessus de toute autre, ne sont pas du tout synonymes de religion de l'État. M. le comte de Qhambord ne promet pas, et les ca*
tholiifaes ne Iiii <ieiiandent paar, ce fu^on appelle la religion d'État. Il suffit aux cathoficpns (fOA FÉlat ne s'applique pas à dé^lruiare U refigion. ,
M. Pessard, si âpre au comte de ChonilMard^ a aussi utt pve^acoaie. Ge^n'esÉ ipmwA aoa màraole, encore qu'amcua principe religieux ne ht «tépranne» Nevs citons :
Nos sociétés modernes, si mal assises qn'elîes paraissent être en ce momeM^ n'en repoeenl} pas* m«ia9 sur un pridcipa que rkv^ désormais, ne saurait détervire. Ge pnittcife, c'ert W Dt^ UM»& 2â dtaU 8ciâMtillqmmenit.étaèH eiajani pour onfiniL le respect de la personnalité humaine dans la mamfestation de. toutes ses activités morales ou matérielles !! !
Si le savaut politise entend bien ce (pi'îl dit, il prepoee là le programme de lai Communei, et MM. Assi, Billioray, ûelesîckue et autres soat. ses hommes d'afiànres.
Car <m a beau se targuer de faire ses affaires soimâme^ on a toujours un b^name d'affaires. Ou par la gràee du peuple ou par U grâce de DLeu, on a ton* jours na roi, et ie billel de miUe fraoca lui-miièiBei< dieu et roi, nous gouverne, par ses délégués^, ^aî s6At nod dieux et nos rois> Nous faisons par eux. nos> affaires ou ils les font pour nous; nous ne loft faisons pas noua-méme&«
Deux communeux discutaient. L'un s'appliquait à convertir l'autre, qui avait du boa sens. Le pveniiery l'apâire, disait : — Faisons» nos, affaires ]u>u£k mémies„ et elles sevont bien faites. L'autre répli(|uaLt.
en langue eommuneuse : — Mais^ b de bète, >e
fais faire mes bardes par moa taillenr,, qui a est pas>
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moi-^même ; car si je les fais moi-même, elles ne seront pas bien faites !
. Sauf l'expression, qui manque de pompe, celui-ci raisonnait bien.
Du moment que nous ne pouvons pas faire nos affaires nous-mêmes, à cause des c< innombrables sphinx V et pour d'autres raisons; puisque depuis un siècle il nous a fallu prendre toujours quelqu'un, ou que toujours quelqu'un nous a pris, pourquoi pas Henry de Bourbon, plutôt que M. Jules Favre ou M. Thiers, ou même M. Pessard, disciple inconscient de BiUioray?
Franchement, Henry de Bourbon nous paraît plus présentable au monde, plus flatteur pour nous, plus propre à fermer la bouche des innombrables sphinx, et même à leur casser les dents.
Tel est, en partie, le plaidoyer de Çessard contre Bourbon. Nous y pourrions rester plus longtemps ; car, au fond, M. Pessard est sphinx. Nous disons plus, à lui seul, il est innombrable, tant il a d'énigmes à proposer. Pour la plupart, il est vrai, ses énigmes sont répandues dans les almanachs, mais ce sont précisément les almanachs qu'il a oublié de lire, ce qui nous permettrait de l'intéresser ; mais, malheureusement, nous n'avons que le temps de conclure.
Nous concluons donc que la lettre du comte de Ghambord est une des rares choses qui nous font tm peu d'honneur et qui nous peuvent donner un peu d'espérance, dans ce triste moment de notre histoire. Pour qu'elle ait été écrite et publiée, pour qu'un de
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ces hommes qui ont reçu d'en haut la grâce spéciale d'ausculter les nations, ait osé nous parler si clairement des vraies conditions de Tordre, il faut que de meilleurs mouvements de Fâme publique se soient révélés à son instinct et Taient averti que la raison peut revenir.
C'est tout ce que nous démontre le dédain effaré de M. Hector Pessard, rédacteur en chef du Soir; et nous rendons grâce à Henry de Bourbon qui ne nous annonce pas que nous sommes hors de danger, ni que nous nous en tirerons par notre science et par nos vertus^ mais qui nous dit ,que nous ne sommes pas perdus et qui nous le prouve en venant nous parler de Dieu.