‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 55 sur 86 · HISTOIRE DE LA REPUBLIQUE HONNÊTE ET MODÉRÉE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA REPUBLIQUE HONNÊTE ET MODÉRÉE

Le journal le Soir se livre à de nouvelles considérations sur la nécessité d'éloigner enfin les superfétations vieillies, périlleuses et humiliantes qu'on nomme la religion et la monarchie, unies ou séparées. Il les tolère dans le passé, il ne leur en veut pas, mais il n'en veut plus. C'est mort, c'est fini, cela fait rire. Quoi ! proposer à la France un roi, et un roi « par la grâce de Dieu ! » Allons donc ! Il sourit ;

366 PÂftlS PËMDANl LA COMMUNE.

latt beisoilft il s*itidi^iierait« Tout en souriant, il regarde son sabre : maliofeiir an roi 1 et il jette un œil irnité ^t ^<m fa&il : que- Dieu tremble!

Le Soir a néanmoins sa figure, e(n «ce temps d'absence. Il représente le lecteur des Débats devenu républicain honnête et modéré. Il a aussi son impor- 4»ttce : il est officieux. U nie Toffice, mais il a iorï. On peut être officieux en tout bien et tout honneur. - Ce ii'^eBt pas un crime de partager ropinion dugouvernemcnl* Tout k mondi^ a le droit de se persuader, ^mme M. Thiers, que M, Thiets est né pour sauver la France, etM^ Pessard, du Sôir^ 5 est autorisé plus ^'un autre, U^uvant en M. Thiers toutes les belles idées qu'il se reconnaît. De cette conformité entte deux hommes, dont l'un est chef du pouvoir et l'autre journaliste, se forme correctement et nécessairement Yofficiosité. L'on se veut réciproquement du bien, Ton travaille ensemble. Quand le ministre est le ministre du journal, comment le journal ne serait-ifpas le journal du ministre?

Reète à définir la nuance républicaine « honnête et

modérée. » Ce n'e«t pas facile, vu le nombre des

échantillons. Garnier-Pagès aux longs cheveux en

prononça le nom pour là pretnlère fois, le 15 mai

1848, dans l'Assemblée nationale ekivahie au en de :

Vive la République! pal» les hommes deBknqtli.

M. Gawiiet-Pagès courut -à la tribtoe, tout ebattd,

tout bouillant. Il n'avait ^as néianmolus une ^ine de

liûii^ ni un regard d^aigle, ni une vbi± de l«>ïftiewe.

^ Nouls ^Ussi, dit4l, nl^Ut» I^HMllbtis ta ïtépubiiiJHïè,

mails honnête, mais modérée, ïà^.., \» lié ïi&isrtéde

^AHIS PEl^DANT LA COMtttlNE. 367

la déftttition n^ put peTfeer le Tatarme, et la République honnête et ûiedérée «e tt ouva créée en esprit, sous les traits de M. Garttier-Pagès. Elle apparut eomme une chose en soi inoffensive, sinon innocente, mais malheureux, destinée à receyoir tous les chocs du gant, de la botte et du fourreau de sabre, et à en mourir. Si Ton consulte son histoire, elle vécut et mourut ainsi plusieurs fois^ sans avoir jamais fini de Qàifare.

Gouvernement de Lamartine mâtiné de Ledru- RolUn, elle dura, cahotée et tapotée, du 24 février au 25 juin* Gouvernement de Cavaignac, elle se traîna cahin-caha jusqu'au 46 décembrç. Gouvernement de Louis-Napoléon, déjà plus présidence que République, elle se poussa trois ans dans Tavenue de l'empire. Elle périt, accouchant d'un dictateur, fonction normale de toute république, honnête ou non.

Vingt ans après, 4 septembre, seconde république honnête et modérée. En tète, Jules Favre et Gambetta; en flanc, Jules Simon et Picard; en queue, Rochefort; pour agréments, Gamier- Pages, Pelletan, Crémieux, Glais-Bizoin, Jules Ferry; dans les bases et le sous-sol , les Bonvalet, les Mottu, les Floquet; dans les caves, les Pyat, les Blanqui, tenant ouverts d'autres souterrains pleins et bondés d'autres choses. Les Prussiens entourèrent soudain cette belle machine et en empêchèrent le jeu honnête et modéré. Blie ne laissa voir que sa force de conception milittaire, civile et morale; après quoi, la botte prussienne l'écrasa. Gela fit tin claquement efifrqyable

qui retentit jusqu'aux extrémités du monde, qui nous désolera jusqu'aux extrémités de la vie. Il y a deux mois, des missionnaires catholiques, chassés de l'Abyssinie, se réclamèrent de leur titre de Français. Les persécuteurs abyssins répondirent : « France? Plus France ! France république ! Plus roi, plus Dieu. Finie, France ! •

De la seconde république honnête et modérée, il nous reste la carte à payer de M. Gambetta, et le traité de paix, revêtu de la signature de M. Favre.

Rendus à nous-mêmes, moyennant une douzaine de milliards tant prussiens que gambettistes , et d'autres frais, et le reste, nous avons acquis une troisième république honnête et modérée. M. Thiers la gouverne, assisté du même Favre, du même Simon^ du même Picard, qui font voir toujours leur mènie talent et leur même vertu. Ayant adroitement débondé les caves et les souterrains qu'avait bondés sa devancière, cette troisième république honnête et modérée s'est trouvée en devoir d'en exterminer le contenu. Cela l'occupe ; elle y puise l'élément d'une durée qu'elle ne pouvait pas se promettre. M. Thiers ne se lasse pas de dire :

Ci Restons en république, c'est ce qui nous divise le moins. » Oui, mais c'est cher!

L'inoffensive république honnête et modérée trouve toujours le moyen d'être fort dépensière d'argent et de sang. Elle enterre immensément, elle ne plante pas du tout. Par ses mains bénignes mais bêtes, le sang de la Banque et le sang de l'homme coulent en abondance, et rien ne pousse, que des

impAts et des couteaux ; pressoirs pour écraser toujours plus les bourses, outils de chirurgie politique et sociale pour amputer toujours plus les gens.

Première république honnête et modérée : amputation de la république socialiste, c'est-à-dire non honnête et non modérée. Seconde république honnête et modérée : honte de la France, mer de sang, amputation formidable de territoire et de milliards. Troisième république honnête et modérée : résurrection gigantesque de la république non honnête et non modérée, amputation de Paris, nouvelle et indéfinie amputation de milliards. Et à la suite de cette troisième amputation, comme à la suite des deux autres, quel bénéfice ? Un ulcère plus désespérant.

Il faut donc convenir que la république honnête et modérée a la main malheureuse. D'où lui vient ce persévérant malheur? Ni Dieu ni roi, pourtant, ne la pousse hors du chemin de la raison moderne et ne l'invite à violer le droit nouveau formulé par M. Pessard, en ces termes savants :

Respect de la personnalité humaine dans la mani^ festation de toutes ses activités morales ou matérielles 111

, La république honnête et modérée est tout uniment la chimère du prolétariat bourgeois de nos jours, saES ancêtres et sans postérité, à qui Tesprit révolutionnaire persuade qu'il est devenu une classe politique capable de « faire elle-même ses affaires. » L'infatuation de cette race est inexprimable. Sans cesse renouvelée et de plus en plus ignorante, elle ne ij. 24

profite m rten des, e&oyahles .expéiâeicioas fu'ette

fait, Toiyoucs affanaéie^ elle .^ >l.te toujoui» mr

l'appât du pouvoir qui lia ôd: .tasjowrs offert. Au

ri}{lpoiide3j)êcbeui:siio,JU€EUfi, ce .poiseon u& ^pré-

ci^jate .sur J'baïueçou qu'où iui fceud; «h*ci» (oe

,prfi»sft,ja»sayaut de, passer lo poMoî^ etl««ort4ie

ceux que le crochet, eulfeve .u1nquiè*e mnlkmeeûiAe

reste de .1a troigpe s^tupide* Cbaauu s'ijocia^e mm

4owte attraper <At (garder «jofiu le cnwibeit «cpii 4e8

attrajpe et les, garde tous. Toutes r^servesifaites pÉwr

les taleuts littéraires et onat^àres tqui ÊFétiUeui «kw

Ift jaer démocratique^ qu«l eœpr^sfienaeutàseïbo»*-

culex, à se dévOTer les u»8.lôs autres pour am^arwi

crochet! Et ajirès?...

Nous discms, Jûious, qu'il iaui preoaièrameiat Ater le crochet, jOu c'en est &it4ie riùfortuué peuple d«6 morues. Il faut retirer cet appât, ifeourner l*Appéiit pubJixî vers autre chose, .dresser les aptitudes ^et les distribuer à d'autres iKîcupaAioftS qu'à ootte per|?étuelle chasse au pouvoir.

Or, un roi nous semble seul propre à cette besogne urgente ; îî n'y a qu'un roi possible, lequel est le roi légitime, le roi par la grâce de'Dieu, quoi qu'en dise M. Pessard. Sans Henry de Bourbon, il faut, à travers les flots incléments et les sphrns; railleurs , rex^mmeucer à checcher sans relàcbe l'Uhaque de la république honnête ^jtîmodérée. Q^iand nous arrive- VfiKQs^ Ithaque «ara ^léfleorte. Pénélope, fesse de défaire la umi son ouvrage du jour, se sera défaite elle- .çaême. JVous ne trouverons point de phaire allnnié, uous périrons au port.

PAKIS PËNBÂNT LA COMMUNE. 3T1

II n'y a point de bons mots ni de àédiBàns pess^^^ 'dins qui tiennent. La lettre d'fienry V promist rplus et promet mieux que toute combinaison de république honnête et modérée* L'intelligeoee populail^ elle-même, tout hallucinée d'opium démoaratii^e, entrevoit qu'un roi régulier, même donné de Diefii et même perpétuel , serait meilleur noeher ^'t&n ^M»tseil de plusieurs Gambetta, de plusièilirs Favre, 'Cke plusieurs Garnier-Pagès^ même présidfépar M. TMei%^ même donné du peuple, et même renouvelable totis les.mois.

Nous ne défendons, pas la retigix)n , ni Fiilée de la Providence, ni l'idée de Dieu. Le Soir ^a. fait des plaisanteries qui seraient encore regrettables^ qiiand même elles ne seraient pas aussi abaoltlment indigentes, te sont des traits accoutumés du parti républicain honnête et modéré. On est voltairien dans ce parti-là, et c'est par ce côté que l'on confine à l'aimable Rochefort. M. Pessard devrait s'interdire ces exercices où il n'excelle pas. Il prétend être né poli; en tout cas il n'est point né plaisant. 11 a beau se moquer du Saint-Esprit, il y a tout de même un Saint- Esprit qui gouverne les choses de ce monde. Par lui sont guérissables les nations de la terre : sans lui, elles périssent. Ouûntité de Fî^âWÇiift croiront toujours cela, en dépit de ces bons mots qui sont des bicys|^hàffîe« ei milrtcftit d^s t)latitMes.

On a vu èiBt^e àwfiféef A (jûol s'dcttipe tfn ^ïteuplè ^ûi M fait pomesës PAqtoieà! H è^ Vfaî^etDiblablô t\\Xé, fei Parts avait cwfttufitte de châtitei» Veài, Sttndè Spiritêts, i«é f6«0ès àWlétir dû t(fttf{)«ri liti l!(é^àïéïlt pdti^ ti ïrotti-

breuses ni si pleines, et que moins de puanteurs mortelles s'exhaleraient de la grande ville; il se pourrait aussi que la république honnête et modérée devînt un rêve moins absurde.

Saint Augustin disait aux Romains, après la chute de Rome : « La prospérité vous a dépravée et l'adversité ne vous corrige pas. Brisés et non convertis par le châtiment de vos vices, vous perdez les fruits du malheur, et devenus les plus malheureux des hommes, vous ne cessez pas d'être les plus impies. »

Les Romains persévérèrent dans l'impiété. D en résulta que Dieu balaya enfin cette ordure du monde, et il donna Rome aux nouveaux-venus qui disaient : Au nom du Père^ et du Fils^ et du Saint-Esprit!

19 mai.

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