‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 58 sur 86 · VOTE DE PRIÈRES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

VOTE DE PRIÈRES PUBLIQUES

On a remarqué le singulier partage des ministres dans le vote sur les prières publiques.

Cinq, MM. Dufaure, Le Flô, Pothuau, de Larcy, Lambrecht, ont \oié pour.

Cinq, MM. Thiers, Jules Favre, Jules Simon, Picard, Pouyer-Qùertier, se sont abstenus, c'est-à-dire ont voté contre. En pareille matière on ne s'abstient pas parmégarde, mais parce que la question semble de peu d'intérêt.

Or, dans le fond, comme il s'agissait de demander aux chefs religieux d ordonner des prières, suivant leur compétence, l'Assemblée avait à faire un acte de foi à l'existence de Dieu et à son intervention dans les choses' de ce monde.

Il s'ensuit donc que cinq ministres sur dix, formant Ja majorité à/îause de la présence du chef, ont voté que Dieu n'existe pas, ou qu'il n'intervient pas

dans les affaires humaiaes^ce qui est iatt^iie chose; ou qu* enfin peut-être il existe, et peut^-êt^e il intël^ vient, optais qu'alors une ^age et discrète polilâ^ls exige de n'en rien dire publiqumnent et ^ntete conseille de ne point invoquer son secours; et c'est là même chose encore.

Car on ne peut supposei: M. Thiers, M. Favre et M. Simon, ni même MM. Picard et Pouyer assez peu raisonnables et assez peu raisonnants pour admettre un moment l'existence d'un Dieu qui ne. se mêlerait de rien et qui ne servirait à rien.

S'ils étaient convaincus que Dieu existe, ils seraient également convaiocos qu'il se mêle de tout et qu'il peut tout. Dès lors ils l'invoqueraient, en privé. pour leur propre compte, en public pour le •côtiapte de rÉtat et afin de donner l'exemple. S' étant au uorlitraîre^ par leur abstention, mis effectivement àtx côté de ceux qui ne prient pas, ils ont en jH^intipe^Wté r^abolition de Dieu. Véritablement, à leurà y^erux, ûieu ne peut être qu'une pièce très-supeirBue qui "ûc- Oftsif>nne dans le monde beaucoup de disputes et •beuuicouLp de dépenses, et qu'il convient doublemettt d'abolir, pour raison de paix, et pour raison d'éco- Aomie«

Cette opinion <les ministres est un heureux Irait d'uaion i?Btre eux et la Commune. M. Rochefe^ a 0Kfrimé son avis formel contre la provocation à la prièi*e. Nous n'en avons pas reproduit les termes 'pto horreur pour la langue spéciale de cet ancien député, mais il n'y manquait rien. Quant à ia GMtt- «Quiie^ on voit sa bâte à procnrett' l'aboli^iôû de

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Diau. Avant-hier encore^ est séanoe^publique^ ua ci«toyen Mortier ou Pottier iproiioiiçQit ces belles pa«roles, qui dérivent trop du cerveau de fll. Jules Simon, pour aa pas aUt)r à scoa^OBur : ce vSi fatsiùfeté <K générale faisaii; é vaicuer ou fermer toutes les églises d de Paris, elle ne faraît ^e .prévenir mes d)ésiv&. Ce 41 que je pourrais lui contester, oe serais la fenmetinDe a complète de ces .maisons,, car je désire les vodr'OU- « vertes .pour y teaiiar de 1 «athéisme et anéitUôr par tf la science les vieux pr^ugéa et les^germes cfw 3tei « sé^pelle jésuitique a eu iofiltrar dons la oenvUe « des pauvres d'<esprit. >

Évidemment, entre la CoaDumaoe et ia Hûajêtibè des ministres il reste des iedrains où Ton pourrait s^entendre, et rien ne sera plus facile im jour que d^ signer la paix.^. Cette Uedes Faisatis sera «ans dMrte l'emplacement d'une église déaaoUe,

Notre cofidrère le Seir noxxs jsaura gré \de Im inAiquer ce point i^ndamenial de coadorde entra Versailles et Paris. L'autre jour, voulamt Hiétniive éhm coup nos principes monarchiques, il nous révélait magnifiquement les bases nécessaires du pouvoir. La science politique y nous disait-il, rien que la scienee! Ni Saint'Bsptity m j»/e%ûc2Vtf/ En d'autiies termes, ni Dieu, ni peuple.

Le vole des miiûstres sur la qu^stiion des priet^s confirme cette grande vuie fie iAL Hbctor Possasd, rédacteur ea «chef du S^»r. Cette grande vue conservatrice est to«t le.bôuri^eois; et ee qoa Vixi ne aaurait trop admirer, cette grande vue est aussi ioute k Commune ipatisioAHe^ La <40mniiiae aiissi pnâtend

établir son noble édifice sur la seule science politique; elle rejette également le Saint-Esprit et le plébiscite, Dieu et le peuple.

Demandez à Versailles ou demandez à Paris, questionnez M. Simon ou questionnez le citoyen Courbet, écoutez M. Barthélémy Saint-Hilaire ou le citoyen Billioray : les uns boivent du sirop de gomme, les autres avalent du trois-six, mais ils répondront uniformément qu'ayant a la science politique, » ils sont tout à la fois eux-mêmes Dieu et peuple, et n'ont par conséquent besoin ni d'invoquer uiï autre Dieu ^ ni de consulter un autre peuple, lesquels d'ailleurs n'existent pas.

Giuseppe Mazzini, homme intelligent, élevé en Italie où la théologie respire encore, a entrevu quelque chose. Il dit : Dieu et le peuple, Dio e popolo. C'est la vraie formule, et il l'a volée à l'Église . Beatus populus^ cujus Dommus Deus ejus , Heureux le peuple dont Dieu est le roi ! La Civiltà cattolica a pris pour devise cette parole de David, qui contient tout le programme du vrai pouvoir et de la vraie civilisation. Dieu et le peuple. Dieu pour le peuple, le peuple pour Dieu.

Dieu veut se donner au peuple, et le peuple a besoin de Dieu^ par qui seul il peut posséder la paix et la liberté et s*élever à sa vraie dignité. L'institution du pouvoir est un non-sens cruel et devient fatalement l'institution même de la tyrannie, si le pouvoir n'a pas pour but de mettre le peuple en possession de Dieu.

Mazzini n'a pas compris cela. Cela ne peut être

compris que d'un catholique, et Mazziui n'est pas même chrétien. Réduisant Tauguste formule à servir son ambition impie, iJ en a perdu le sens et s'est réduit lui-même à n'être qu'un stérile agitateur. Il a pris le nom de Dieu en vain. La bête humaine, séduite au leurre qu'il lui oflfrait, n'a été pour lui qu'un stupide poignard qui essaie de frapper l'immortel et qui ne peut réussir qu'à noyer la liberté dans le sang.

Quelque honneur néanmoinslui est dû. Il ne s'exile pas absolument des régions intellectuelles. Il a eu le mérite d'aspirer à voler une étincelle du feu sacré, entrevoyant que le genre humain ne pouvait marcher sans cette force et cette lumière.

Mais cette valetaille philosophique pleinement incrédule, cette populace de bêtes d'encre, de bêtes de comptoir et de bêtes de sang, ces orateurs, ces incendiaires et ces bouchers perpétuellement en dispute et en guerre, mais d'accord pour proscrire Dieu et manger le peuple, voilà bien le châtiment et l'opprobre du genre humain. Ils auront beau combiner les moyens a scientifiques » de dévorer tranquillement leur proie à l'abri de Dieu et du peuple. Dieu ne leur laissera jamais trouver que des combinaisons plus meurtrières du soufre et du salpêtre ; le peuple^ tourmenté d'un besoin de révolte implacable, n'acceptera jamais d'eux que des massues plus lourdes pour broyer l'orgueil de leurs remparts et des ongles plus aigus pour déchirer leur caisse et leur chair.

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