‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 59 sur 86 · II. 2j · texte numérisé non relu

II. 2j

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23 mai.

il. THÎERS BIEN MÉRITANT, — LE BAISER DE M. SIMON,

Si l'Assemblée avait dit : « M. Thiers a bien mérité V indulgence de la patrie» » ce serait moins banal, et nous acquiescerions plus volontiers. Car il est vrai que M. Thiers a repris Paris^ mais il est vrai aussi qu'il Tavait perdu. L'Assemblée ne peut se faire îllusioi) : en dépit de son vote unanime^ cette his* toire est pleine de chapitres sur les<{uels on reviendra. Il sera reparlé de la précipitation du départ, de la lenteur du retour, du dégât eu tout genre, etc. Il y en a long !

La patrie, hélas ! ne oonnaissADt plus^ et depuis longtemps, Vart de façonner des hommes forts et eorrects^ on pouvait dire que M /Thiers, n'ayant pas peut-être tout perdu, a bien mérité l'indulgence de la patrie. Ne rien dire du tout valait mieux. La formule votée parait excessive. Livrés à eux->mémes, les propriétaires piles par l'obus conseirvateur n'atk, raient pas tressé la couronne qui va ombrager le» lunettes du vainqueur de Paris. 0 vainqueur l si inn peu de poussière se répand sur vos fraicheâ feuilles de chêne, songez qu'il y en a pour plusieurs milliards de surplus dont, avec moins de hâte à détaler, vous auriez pu faire l'économie. Vous direz que nous

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cemplissens Temploi de l'e^elave attaché au char de triomphe?— Oui, et nous aurions de quoi parler! A jetey tout sur le char, l'essieu craquerait.

Une inspiration de M. Jtiles Simon a tempéré le fond d'horreur de la fête. M. Jules Simon tire son saouehoir, essuie ses yeux, se précipite vers M. TMers ei l'embrajase. Kléber, après leB Pyramides : « Général, vous êtes grand comme le monde ! » Cela desserre. On voit moins ces remparts ébréchés, ces cadavres, cette poussière de milliards que les sueurs des pères de famille ne rattraperont jamais. On voit moins cette citadine roulant triomphalement à trav«l?s ce décombre, et dedans la citadine, cet homme d'État, dBiûs lequel il n'y a rien ! Vous nous soulager, sensibte Jules! Nous avions besoin de rire. On Re sait (juoi traverse l'esprit qui rapp^eWe drôlement kp baiser d^ Juli», èsrbo«quets de Clarens.

Ce n'es4 qu'un moment. La situation reparaît et ]>eprend son poids. On se remiet à songer. On s'en "veut de rire, on en veut à ce bouffi qui apporte à rira, là où pour »a part il apporta si largement à pleurer. Que vient ftiire ici M. Simon? Est-ce qu'il y aurait sous roche un dien mérité i^our M. Simon, et pour M. Favre, et pouf M. Picard, et pour tout le resie en i septembre?

La détestable charretée va-t-elle être remorqué e sur le chemin de Paris par la citadine triomphale ? Alors, réintégrons-y Gambetta, Crémieux etBizoin, et q«ie Rochefort y regrimpe! Pour le coup, ce sera tien la tragédie à sa première apparition, le tombereau de Thespis chargé de personnages barbouillés

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de lie ! La lie figurait le sang ; le sang ne manque pas et figurera la lie.

Ce cuistre de Rousseau disait à sa Julie : Reprends tes baisers, ils sont acres! C'était son beau style. V^oltaire s'en moquait. En vérité pourtant le cuistre disait bien. Et vous, Simon, reprenez, reprenez vos baisers, ils sont acres! Et allez-vous-en, s'il vous plaît. ^Vllez-vous-en bien vite ! Le scandale devient trop grand de vous voir encore où vous êtes. Il est trop grand même pour cette France si indignement tripotée, et tout finirait d'une trop mauvaise fin.

De Bordeaux, tout de suite après la constitution du ministère, M. Jules Favre écrivait à son cher Jules Ferry de ne se point troubler, que \e faisceau subsistait et ne serait point rompu. Ont-ils. donc vraiment entrepris de nous faire voir encore cela après l'exécrable guerre, après l'exécrable paix, après l'exécrable insurrection? et rien ne les pourra donc faire rentrer dans le puisard d'où ils ont surgi pour déchaîner sur nous taut de malheurs inouïs et d'ineffaçables hontes ? Ce serait donc certain ? Ils nous auraient donc talés, toisés, pesés, et ils sauraient qu'il n'y a plus rien, qu'ils nous tiennentdans leurs mains, qu'ils nous dépassent de toute la tête, que nous devons les subir!

Maître J. Favre prend la France dans un pan de sa toge, la meneau combat, aux négociations, à la paix, en perd des morceaux, en casse d'autres, garde le reite, et de ce reste fait ce qu'il veut. La France sera élevée par M . Jules Simon, administrée par M. Picard ; elle vivra dans le petit inférieur honnête de M. Jules Favre et aura toujours sous les yeux cet homme nu!

Elle ne peut trouver d'autres maîtres, M. Thiers l'a réglé ainsi.

Ratapoil, où es-tu, notre fierté finale et notre ultime splendeur?

Soleil évanoui derrière l'horizon î

25 mai.

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