‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 66 sur 86 · DIVERSES IDÉES DE M. ABOUT · texte numérisé non relu

DIVERSES IDÉES DE M. ABOUT

Voici quelques bonnes idées de M. About. Nous les tirons de son journal le Soir :

Grâce à Dieu, les principes sont et resteront saufs et la lécalité refleurira bientôt sur les ruines de Paris. Mais quand les principaux coupables du 18 mars auront subi la peine de leur crime, quand leurs soldats par milliers auront peuplé la Guyane ou la Nouvelle-Calédonie, le dernier mot sera-t-il dit?

Non, sans doute.

Les insurgés du 18 mars, les incendiaires du 24 mai, ont en province une véritable armée de complices qui n'attendait que la victoire pour se prononcer. Il est urgent que le gouvernement s'éclaire sur les forces de la démagogie socialiste dans les départements, et il ne sera bien remeigné que s'il éloigne de l'administration et des parquets toutes les personnes suspectes.

L'honorable chef de l'État a déclaré que la garde nationale de Paris, si ingénieusement armée par les hommes du 4 septembre, et flattée avec tant d'à-propos par M. Ferry, serait dissoute et désaimée. Le même traivail est à faire dans tous les départements sans exception .

Suffira- t-il à rassurer les gens de bien ? Cela n'est pas bien sûr. Les canons et les fusils ne sont pas les seules armes à craindre lorsque avec vingt sous de pétrole on peut brûler la Bibliothèque ou le Louvre. La société internationale a l'imagination fertile et raffmée dans l'art de nuire.

Si nous voulons couper le mal dans sa racine, il faudra réformer les mœurs et les conditions de la classe ouvriérey fixer les I 27

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éléments nomades, rapprendre la vie de famille à ceux qui Vont wbliée, inspirer et encourager l'épargne^ aider le prolétaire à feire souche de petits capitalistes^ instruire les ignorants^ redresser les esprits fous, contenir les malintentionnés, surveiller les cabarets, fermer les clubs.

Somme toute, il faut que la France s'applique, dés demain, à instruire, à fixer, à enrichir par le travail et à moraliser les prolétaires des villes. Et tant que ce résultat ne sera pas manifestement acquis, la société doit les soumettre à une tutelle salutaire : c'est leur faute, si nous sommes réduits à nous tenir ea garde contre eux.

Bien entendu, tout cela doit se faire sans le concours du bon Dieu. Ni Saint-Esprit^ ni plébiscite^ c'est la devise de M. Hector Pessard, vespertin considérable. Mais, surtout, point de Saint-Esprit I

Dans le même numéro du Soir, pour rafraîchir l'esprit de l'ami lecteur, assommé de grande politique et de fumée d'incendie, on trouve la risette suivante, empruntée à la gaieté prussienne :

IVatfi de plaisir pour le ciel. — La fiermonta, de Berlin, lait un appel aux catholiques bien pensants pour se rendre à Rome le i 6 juin, à l'occasion du jubilé du pape. Indulgence plénière; absolution générale ; le bon Dieu sans confessiim. Tout sera accordé aux pèlerins. — Prix des billets : 70 thalers en première classe : 40 thalers en seconde. C'est pour rien !

Il est certain que les joies de la civilisation parisienne et libre-penseuse coûtent plus cher. Mais la France est assez riche pour payer la gloire d'avoir créé le Parisien !

Une autre idée de M. About, moins bonne : c'est qu'il y a danger à laisser des officiers généraux dans TAssemUée nationale. A rrai diro^ il y a danger par-

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tout et on toat. C*esl un danger aussi de liusser dans VAssefSûMée nationale des ayoeato, ées gens de lettres et des gens 4e lien ; et TAssemblée eUenuème est un danger.

M. About craint que les généraux ne manquent à la discipline par une certaine disposition à blâmer le pouToir;il a peur que nous ne devenions Mexicains. Hélas ! nous devonS' présentement nous ménager «ur le comfMte des autres peuples. Les Mexicains ne pa^ raîtraient pas, peut-être, trop orgueilleux, s'ils manifestaient la crainte de devenir Français.

Les généraux du triste Mexique^ ou sont faits par le procédé gambettin, ou se font eux-mêmes, par le procédé communeux. Il y en a qui sortent de Tordre des avocats, et d'autres de la horde des journalistes. Ce ne sont pas des raisons qui les recommandent beaucoup. Néanmoins, il faut dire qu'ils n'ont pas mis leux pays aussi bas qu'est le nôtre.

On ne peut pas accuser les généraux français d'avoir perdu la France, moralement du moins. L'on ne peut pas non plus en excuser les avocats, les professeurs et les journalistes, races funestes qui nous gouvernent et nous font des lois depuis quatre-vingts ans. La Révolution a changé la France en un pays de gens de lettres^ ce qui est tout autre chose qu'un pays de Cocagne et un pays de gloire.

Nul ne sait bien pourquoi M. About n'est pas dans l'Assemblée et même dans le ministère. Il s'en juge digne assurément, et ce n'est pas nous qui l'exclurions plus qu'un autre, à moins que ce ne fût par amusement, vu l'extrême ennui qu'il en a. H est

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plein d'esprit, bon républicain, bon bonapartiste; bon conservateur, bon radical de tous les côtés , bon centripète et bon centrifuge, aussi parfait bourgeois que qui que ce soit ; il n'a pas moins de grec que M. Barthélémy Saint^Hilaire, il est énormément plus fin en français.

Avec tout cela, ce n'est pas lui qui sauvera la France. Voilà pourtant ce que nos généraux ont fait plus d'une fois, et il n'y a pas encore longtemps.

1" juin.

LE MARCHAND DE VENISE ET LE BuCCfltaure.

Après deux guerres et deux paix dont Tune s'appelle le naufrage et l'autre l'incendie, nous nous retrouvons dans l'heureuse situation d'attente du 4 septembre , en république provisoire , avec le même personnel gouvernant. Il n'y a de moins que le jeune Gambetta et le vieil Arago, il n'y a de plus que M. Thiers et M. Dufaure. Sauf cela, et sauf deux contributions de guerre à payer et quelques réparations à faire, rien n'est changé. On convient généralement qu'il faut changer; mais, par malheur, M. Thiers ne veut point de changement et se refuse le repos.

Cependant, il faut bien que nous tâchions de sa» voir ce que nous deviendrons dans huit jours.

Pour le moment, ni force, ni fortune, ni amis au dehors, ni concorde au dedans, une dette terrible, un créancier inexorable^ et la plus mauvaise réputation du monde, voilà notre situation. C'est celle du marchand de Venise en présence du juif Shylock. Nous devons payer au juif une somme qui n'est plus dans nos coffres, ou lui abandonner une livre de notre chair.

Ce n'est pas une image. Le juif est là, tenant d'une main la cédule signée Jules Favre, de l'autre, son couteau fraîchement aiguisé. Et point de juge pour dire à Shylock : Prends garde ! Tu couperas juste la livre, riea de plus, rien de moins, ou tu seras pendu. Shylock est maître, il peut couper comme il voudra. Moins, il peut s^ reprendre; plus, il n'est pas tenu de rendre.

Avec quoi payer ?

Point de galion en vue. Rien au large, qu'une carcasse de vieille tartane appelée la République ^ absolument vide ; à moins de lui compter pour cargaison la peste et les poux. Shylock sourit et afQle son couteau.

Cependant, une espérance demeure. Là-bas, làbas, dans une clarté de l'extrême horizon, nous voyons poindre une banderoUe connue. Ce n'est pas un galion ; c'est bien plus, c'est bien mieux : c'est le Bucentaure! C'est la fortune, la paix, la force, l'honneur, c'est le salut de la patrie. Il [attend un signal d'approche. Le donnerons-nous, ce signal? ce

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4|iii est eertaiiif c'est qm aMS le pùuvetti doimerr Aussitôt le noble navire entre att port, «1 teot est payé ; Shylock s'en va, nos naïuc emit ftaisk

Nous ne somiMS arrêtés que par un fantôme â^^ vant lequel nous avons ipris Thabitiide d'une vile épouvante. DélivnHiJ»*nous du fantôiae en lui cnant qn'il n'existe pas : il s'évanouira, lious verrons le Bmcentaure passer à travors ce spectre , il coulera la tartane pestiférée, et la vie enfin reofarera cheanous. Elle répandra ses abondances parmi nos {aminés et ses dbctamee sur nos pJaîes.

Depuis bientôt cent ans, nous formons ea France deux peuples subdivisés à Tinfini, entre lesquels la division n a cessé de s envenimer. Pour leur donner las noms du moment, l'un de ces peuples est Ver* milles, Tautre, JParis. Âlbe et Rome se baissaieiit moins ! 11 n'y a plus à le cacher ni à se le cacher. Nous le savons^comme le reste du monde, le reste du monde le sait aussi bien que nous et s'arrange pour en profiter autant que nous y perdons. Encore un peu, les difficultés de la politique européenne se résoudront à nos dépens ; un morceau de la France sera l'appoint de tous les traités. Il n y aura lion, ours, tigre ni chacal en Europe qui n'obtienne son lambeau de notre chair, le subalpin luinnême pr^idra sa part. De la France il ne restera que Paris, ville neutre, ville nocturne où l'on viendra de tous les coins de l'univers, mak masqué pour n'être point reconnu et pouvoir encore, au retour, recevoir le baiser d'une épouse et d'un fils.

PARI9 ¥Mfm^X M OMH^VJA. 423

C'est ce que nos di&$6B9ioM préparent h TheurB qu'il est, à moioâ qu'une vigueur de ceux qui im» Yûudraieut pas voir p^ir la France ne change U route logique de 69, et ne remonte d'un bond v^r» une autre destinée «

I^ France monarchique et chrétienne, la France soldat de Dieu était Texpression d'une idée qui a'4 point péri et d'un besoin du monde qui te fut jamAÂft si grand. Cette idée créa la force, procura sa gloire» En Tabandonnant, elle a dégénéré jusqu'à devenir le scandale du genre humain, et jusqu'à toucher iea portes de la mort. C'est l'épouvante de la terre» Quoi ! ce soleil s'éteindrait ? Quoi ! cette énergie, en*^ core nécessaire même lorsqu'elle devient funeste^ serait à jamais endormie ? Il y aurait des ténèbres soudaines ; de ces ténèbres s'élèveraient des lamen*tations et des prières pour demander à Dieu de ren*dre la France au genre humain.

Que la France donc se relève, qu^elle redevienne elle-même, qu'on la revoie sur son chemin de gloire, dans la lumière deux fois saine de son bon sens gé-* néreux et de sa généreuse épée. La France très-chré« tienne, la France des croi&ades et des missions, la France qui fut le geste de Dieu ! Il y aura une immense admiration dans la famille du Christ, remise tout d'un coup et tout entière sur pied. La France est vivante I On le criera d'un pôle à l'autre, et tout le vieil édifice de César, si près d'être rebâti, craquera dans ses fondements.

Il ne nous faut qu'une tête. Le corps blessé, quaai gisant, guérira, se lèvera, marchera. On vient de voir

ce que c'est que ce corps français, et si Dieu l'a organisé pour les œuvres maîtresses de la vie ! En somme, voilà un siècle entier qu'on lui tire du sang, qu'on le charge de chaînes, qu'on l'empoisonne d'infernal venin, qu'on cherche à le dissoudre. Quel autre peuple fiit mis à pareille épreuve et eut ainsi résisté? A travers tant de coûteuses victoires avortées dans la défaite ; malgré la permanence , depuis quatre-vingts ans, de cette guerre intestine qui Ta perpétuellement soumis aux dictatures ennemies de sa foi ; malgré la proscription formelle ou latente de l'esprit chrétien, invariablement écarté de ses conseils, ce peuple n'a jamais manqué de soldats, il a toujours fourni en abondance des religieuses et des prêtres, il a toujours rebâti ses églises, on voit toujours la croix sur son front, on retrouve toujours le Christ dans son cœur. Non, non, le Christ ne dit pas que ses Français l'ont abjuré ! Dans Paris embrasé le feu monte au faîte des palais, et il les dévore. Les Tuileries, palais du roi fait par le peuple, l'Hôtel de Ville et les théâtres, palais du peuple-roi, sont en cendres. Devant les églises, spécialement vouées à la destruction, l'incendie prosterné se contente de lécher le mur extérieur. Le Christ est là I Et pendant que la Révolution massacre elle-même ses soldats ivres, Charette consacre au Sacré-Cœur ses soldats confessés.

Il nous manque un chef, voilà tout. C'est beaucoup, sans doute ! Il nous manque un chef permanent à opposer une fois pour toutes à ces dictatures

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permanentes, que fait, défait, refait et nous impose depuis quatre-vingts ans la Révolution. Le chef une fois appelé et installé, mille difficultés tomberont aussitôt, le spectre rouge s'évanouira pour longtemps.

Nous savons ce que doit être ce chef, nous savons qu'il existe, nous savons où le prendre. Dieu nous l'a réservé et nous l'a montré.

Il nous faut un homme qui soit la monarchie indépendante sans être la monarchie absolue ; qui soit au peuple sans être du peuple ; que le peuple reconnaisse et n'ait pas créé ; qu'un plébiscite n'ait pas fait et qu'un plébiscite ne puisse pas défaire, car autrement la Révolution continue son œuvre et achève notre destruction.

Il nous faut im homme qui soit la monarchie tempérée, mais non pas la monarchie sujette, telle qu'elle nous est apparue dans la personne de Louis XVI, de Louis XVIII, de Charles X, victimes de la Révolution, et plus encore dansla personne de Louis-Philippe, son fondé de pouvoir temporaire, qu'elle n'a élevé que pour la servir, et pour être ignominieusement chassé.

Il nous faut un homme qui soit la monarchie militaire, car où il n'y a pas d'épée il n'y a plus de France; mais qui ne soit pas la monarchie de camp, de bivouac et de conquête comme Napoléon T', ni la monarchie de caserne et de corps de garde comme Napoléon III^ mélange de tout ce que les régimes, l'absolu, le tempéré, le militaire et le révolutionnaire, ont eu de plus mauvais. Je le dis sans

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vouloir offeaser ni même aocaser ce prince : le» horreurs piésaute^ et la suite qu'allés lûss^ott eatrevoir Texcusent presque jusqu'à le justifier.

Il nous faut uu homîae qui soit la RépuhUque : uoft pas Robespierre, ni Barras, ni Lamartine, ni ri^ de ce que nous avons eu sous ee nem de malheur ou de dérisioo, mais ea que noue piMivoos appeler la republique de tout le monde^ paroe que ee serait le règue équilibré de tout droite la concorde civile par le concours régulier da sufiruge universel.

Il nous faut enfin un homoie qui ne soit ni la f(Nrce brutale, ni Tintrigue» ni la ruse, ni laventui^a, ni le crime avéré et efironté; mais qui soit au contraire Téclatant et invulnérable hooneujr^ et qui nous relève par la majesté de Thonneur.

La Fr^M» s est décriée à la face du monde. KUe est devenue comparable à cette prostituée de TÉcriture, sur le seuil de laquelle toute souillure humaine a passé et qui ne s'est pas nefusée aux derniers goujats. Pour la relever, il lui fout ce que la coutume appelle « un beau mariage. » Bans rÉoriture^ le prophète dit à la prostituée : Parce que je Vaime, j'effacerai ta honte, je t'épouserai et j'aurai de toi des fils. C'est le langage de Dieu à la nature humaine ; Sic 0€us dileodt rrmndum.

JElh bien! la France, si elle le veut, a tout cela dan^ un eeul homm^, qui seul est tout cela. C'est Henry de Bourbon, fils de France, de la race de saint Louis, le premier des Français et en même temps le premier gentilhomme du monde.

jSous osons, pour notre compte, Topposer et le

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préférer à M. Thiers, lequel, entouré de M. Picard, de M. Favre et de M. Simon, s'ofifre à régner sur nous, pour continuer ce qui s'est fait à notre profit depuis 1789 et la Bastille prise, jusqu'à 1871 et Paris brûlé sous les yeux des Prussiens par les communeux, — M. Thiers régnant.

La France a le choix.

Le jour des Rameaux, au retour de la procession, le célébrant frappe à la porte de Féglise avec le bâton de la croix. Il dit au peuple ; a Princes, ouvrez vas portes^ et le roi de gloire eixtrera! » Ainsi, d'une certaine manière, Henry de Bourbpn, sans se méconnaître et sans s'imposer, frappe aux portes de la France qui a besoin de lui : — Je n'ai pas le moyen et je n'aurab pas la volonté de forcer vos portes ; mais je suis là. Ouvrez et j'entrerai.

On peut ouvrir, on peut fermer. Le roi anixera avec la paix et la gloire, on s'en ira, em{M>rtant La gloire et la paix.

Et alors nous gardons M. Thiers entouré de M. Picard, attendant que quelqu'autre s'élève de n'importe quel lieu.

Et alors on entendra encore une fois ce terrible cri des anges qui n'avaient exécuté les vengeances de la justice que pour frayer le chemin aux miséricordes, et qui voient que les miséricordes seront refusées : Curavimus Babylonem , et non e$t mnata. Derelmquamus eamL,,

2 juin.

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