NIBLES AVENTURES DU VIEIL HUGO
Le pauvre affreux vieil Hugo, qui a fait tant de vers si beaux et tant de vers si bêtes , avec taut d'applaudissements, surtout pour les derniers, commence à se faire fusiller universellement : fusiller comme il le mérite. On lui crache dessus de tous les côtés. Il est bombardé de trognons de plumes chargés de trognons de choux; et Bruxelles, oii il ayait pris gîte, le met à la porte sans paraître aucunement oraindre les représailles de l'immortalité :
Tout couvert de lauriers, craignez encor les claques !
Il en pleut. La giboulée est épaisse et furieuse, mélangée de savates et de bottes qui trouvent leur lieu comme les simples nazardes. Tout porte. Et Ton s'étonne de la quantité de pichenettes que peut recevoir un seul nez et du poids de mépris que peut attirer sur soi un seul homme, dans le moment même qu'il a choisi pour se faire admirer.
Il a toute s'a vie travaillé à dresser sa statue pour toucher le ciel ; mais voilà que l'excrément vengeur va monter plus haut. C'est un jugement dernier.
L'heure de tout le inonde est venue. Toute hauteur qui s*élevait contre Dieu sera égalée à M. Picard !
Un accès de sa maladie constitutionnelle, la sottise, a fait crever cet orage qui flottait depuis si longtemps sur son illustre front. Après avoir jusqu'au dernier moment^ — de loin! — flatté la Commune avec une bassesse absolument idiote , mais absolu* ment indécente, M. Hugo s'est avisé, lorsque la Commune eut brûlé Paris et massacré les otages, de plaider en sa faveur et de lui offrir l'hospitalité.
Citons quelques traits. Le morceau est mal troussé et sent le catarrhe :
Des actes sauvages^ étant inconscients^ ne sont point des actes scélérats.
Je n'ai jamais compris Billioray, et Rigault m'a étonné jusqu'à l'indignation; mais fusiller Rigault est un crime.
Ceux delà Commune, Johannard et La Cécilia, qui font fusiller un enfant de quinze ans, sont des criminels ; ceux de l'Assemblée qui font fusiller Jules Vallès, Bosquet, Parisel, Amouroux, Lefrançais, Brimel et Dombrowsky, sont des criminels.
Pour conclure, jouant Tindigné contre le gouvern emerit belge qui refuse l'asile aux bandits commun eux , M. Hugo leur accorde, lui, cet asile refusé :
Si un homme est hors la loi, qu'il entre dans ma maison Je défie qui que ce soit de l'en arracher !
Depuis qu'il est républicain, M. Hugo n'a pas cessé d'étaler de pareilles audaces contre le sens moral, et jusqu'ici elles avaient paru gentilles. Mais tant va la cruche à l'eau qu'enfin elle rencontre Theureinop-
portune , ÏTieure terrible où rien ne passe et où tout casse. M. Hugo surpris voit son propre pétrole s'enflammer dans ses mains ; la cruche éclate , le pétroleuî vole en l'air. C'est comme à Tentrée de Rochefort ; on n'entend qu'un cri : « Vieillard stupide ! » Le voilà soudain carbonisé, pilé, éparpillé.
Véritablement, la Belgique pouvait bien lui passer la fantaisie de recevoir en son logis quelques assassins. H n'en aurait pas reçu beaucoup. Il est économe et n'aime pas à nourrir les Thénardier, pouilleux de grand appétit et de détestable odeur, très-enclins à démoraliser les serrures. Mais il a paru trop insolent : la vieille probité brabançonne , dès longtemps indignée, s'est révoltée tout à fait :
Pour être plus qu'nn roi^ tu te crois quelque chose \
On s'est rassemblé devant sa porte, on a crié : A la porte 1 Ou l'a mis à la portQ, — et il est à la porte*
Vieillard, va-t'en donner mesure au fossoyeur.
A présent, c'est fini, et c'est bien fait, et il faut laisser M. Hugo cuver cette absinthe qui fait passer l'appétit, n est sifflé pour toujours. Il est de ceux qui demain se réveilleront morts.
Il lais^ra de beaux morceaux, mais rien d'entier, et quelle biographie ! C'est là qu'on verra bien le petit et périlleux présent que reçoivent de Dieu ceux à qui il donne ce brin de l'arbre de science qu'on appelle le génie.
Hélas, vieil Hugo! déplorable cîtrouîUe à demi pleine de diamants !
PARIS PiSNBANt lA COMMUNE. 415
Le fils de M. Hugo fait une relation dramatique de la nuit du 27 au 28 mai , sur la place des 13arrieades à Bruxelles, où demeurait son père. Il en résulte que les Bruxellois ont cassé les vitres de papa, kquel fut admirable. Mais Fifi, qui battait; le Rap^ pel communeux dans Paris (par procuration, d'ailleurs), est indigné, et demande justice au genre humain, l'attentat lui semble inouï. Paris cependant a vu des choses plus tragiques, et les Hugo ne cessaient pas de battre le Rappel communeux.
La police aânvité le vieux à s'en aller tranquillement. Il a, ma foi, résisté. Alors on lui a fait la gràcB de le pousser par les épaules, et il a filé sur Londres.
On persiste tout de même à ne le pas croire courageux au-delà du strict nécessaire. Pour bien établir sa réputation de capitaine Fracasse, il aurait besoin de se faire pendre. Et encore !... Mais tout le monde est convaincu qu'il préfère dégorger ce qui peut lui rester de matière poétique. Jamais il ne pourra assez haïr le bourgeois, qui seul le lit, pour te priver d'une dernière charretée de littérature, prose ou vers. C'est d'ailleurs sa plus sûre vengeance.
Le Sénat belge et la Chambre des représentants se sont occupés de la petite affaire. Le Sénat a approuvé Texpulsion, unanimemeilt. Rarement il «marque cet accord. Miracle de la lyre !
Dans la Chambre des représentants, ils ont été cinq pour blâmer le décret évacuateur. On en nomme quatre : Desruisseaux, Demeur^ Jottrand, Couvreur. Les voilà immortels. Le cinquième est resté sous le
voile; c'est Y Homme qui rit. Quatre-vingt-un ont applaudi avec feu.
M. Hugo se rend à Londres, où un meeting monstre se dispose à gratter les crachats de Bruxelles. A Londres, la caïnaille ne manque pas, et M. Hugo sera salué, acclamé, toasté. On boira à la Commune de Paris. Un correspondant de Paris-Journal lui écrit ({ue la bourgeoisie londonnienne, qui fêta si bien Garibaldi, est « préoccupée, t  Londres, où la caïnaille ne manque pas, le pétrole ne manque pas non plus.
Selon ce correspondant, ce l'incendie de Londres serait plus dangereux que celui de Paris. » Les monuments, on les refait, ou Ton s'en passe. Mais dans les docks il y a des marchandises !
Les Londonniens rêvent là-dessus. Les bonnes tètes bibliques, qui^ne seraient pas autrement désolées du désastre accompli de Babylone, commencent à se dire que Tyr aussi pourrait avoir bien des comptes à épurer.
Ce vieux joueur d'orgue de Barbarie, qui vient les visiter avec ses ballots de chansons sanguinaires et de chansons lascives, preûd une figure qui leur d('^plait.
On ne peut se dissimuler que le monde est bâti sur pilotis et non plus sur pierre, que les eaux de la foi sont basses, qu'il y a du feu, et qu'il fait du vent!
Même date.