LE CHAPEAU DE M. GLAIS-BIZOIN
On s*ainase à Versailles des récents malheurs de M. Glais-Bizoin.
Cet homme illustre est possesseur d'un chapeau unique^ quelque chose comme un turhan de vieille peau de mouton .grise et grasse, et sentant le suint. Il paraît partout sous ce chapeau qui le fait reconnaître partout. On trouve son chapeau plus cynique encore que sa position sociale^ plus cocasse que sa figure, plus montant que son génie. Il a porté ce chapeau à Tours et à Bordeaux, et c'était alors la couronne de France. Il l'avait à Paris lorsqu'il a salué la chute de la colonne. Il est venu ces jours-ci le produire à Yersailles sur les Réservoirs. Mais là on s'est fâché.
Des personnes médiocrement endurantes sont venues l'interroger sur son chapeau et sur ce qu'il y avait dessous. On lui a dit bien des choses! Il s'est embarrassé, il s'est expliqué, il s'est irrité, et il a ôté son chapeau et ce qu^il y avait dessous. On ne le voit plus.
Il n'a pas dit qu'il reviendrait.
Tours et Bordeaux le regretteront. Il était bon enfant. On le voyait assis sur deux chaises dans les cafés; il disait les secrets du gouvernement, et toute la journée il nommait des sous-préfets, des juges, des généraux, etc., sans leur faire payer la consommation.
Si ce petit article va le trouver dans. sa retraite, qu'il sache que nous lui rendons justice et que personne ne lui en veut. Il ne faut pas que sa disgrâce de Versailles l'afflige outre mesure. On Ta hué, siffloté et presque tapoté ; mais c'est à cause de son drôle de chapeau, un peu aussi pour la colonne, et surtout pour le 4 septembre. On avait là le 4 septembre sous la main, c'était bien tentant. Du reste, personne n'ignore qu'il fut ce que le 4 septembre pouvait montrer de plus innocent et de plus pur^ et que de toute cette première bande il restera le plus honoré.
Hélas ! Seigneur, si nous sommes condamnés à demeurer dans ces conditions-là, contentez-vous de nous infliger des Glais-Bizoin;'
£t nous avalerons le chapeau !
434 PARIS raHDANT LA COMMONC.
CXCYtï
3 juin* CAKONlSlllON CrVTLE d'dN RÉD ACTEUR DU Stècte.
IL Oiaudey^ rédacteur du Siècàa, «lassiné fè» Raoul Rigaolty était Bépublican. Le rmg qœ Icii a doiHià M« Thier» au-deasus- ds toutes les auipm vié^ iimà»9 eomm» si œ n*étaii plofi» lîM d'assawiner raceJMYéqise apirès avoir- assassiné <c le généreux Chaiid^« m Itti fait un grade posthume que le âfi^/c exploite tcepi On pasle de statue. Ce serait beatH coup.
A la juger sur les éloges fimèbres, M. Chaudey était de ces; iHMnmes au cœur droite à Tesprit court, nés disciples, qui se jettent témérairement dams dât entreprises infiniment plus hautes que leur génie et ne se font aucun scrupule de déchaîûer des torrents infimiment plus forts que leur bras. Ils décorent de leur probité personnelle des écoles, des opinions, des coups de parti qui sont incontestablement sans probité. Il se donna d'abord à Proudhon, très-médiocre républicain, et par la perversité de son intelligence, très-médiocre honnête homme. Chaudey fut Tami, Fexécuteur testamentaire, l'éditeur de cet athée scélérat, qui a tant semé la graine de commu-
rAfiia PENDANT hh C0MMUI9C. 49$
u0»3^*.Auitwip»aùm#u0^$omiMSy.éditec Proudban ne constitue pas ce que VWi p^ut'4^eiUfl uu acte d'iiDfffobité^ meiB oe n'est pas mxo, plu» uue. pveuve d%i gpaiiie hauteur fùlitifu^^. ou, moralo. Pn>udh«n savait, ce ^'iL fmait aussi ^ea iffm> Yermorel ou Siiiehelort, pQvàféimB^ miaim. Lih/^imèt^ homme qui édite Prouâhoa Dâ vaste hoimâto^e s'il n» cowpreiMlpaa* Cie^firtf sans dout^ Weasida H.. Chemdoj.
ILe 4 septemlïire , \A si^ m.% dtarrièra BL Jules Favse ei M^. Gambeftta; e^omm&ilavaîA été derrière PcoudhQi^. Hom]^teiiMnt^ s«ns saifoin oà Ton allait,, eu présence des Prussiens aepotulwt, il frappa ce. ^oup qui eo* clouait le canon de la Franceu RepnJxUcaio, tnva^ riabla^ dik TA» Thiers. Ëa vérité,, son invariabilité nouâ fit un beau présent, et c'e^t bien le moin3 que nous décernions «opi sa personne une statua k. tous les donateurs t
M. Chaudey devint adjoint du maire de !Paris. Le voilà derrière le vieil Arago, (^t autre homme sérieus: et convaincu, Laquai s^entoura aussi de ces fleurs de savoir, de g»avité, de patriotisme et de déJiealesse qui cKxaposèrent le conseil des maires, piï^mière ébauche de la Communia! M. Ghaudey tr^uvaule moyen d'etr^e honnête homme là-dedans, et pr^^ablemeoi il y prit le germe d^ sa. mprt,
11 se fit murqueip dets drdle» insignes qui rôdaient ^^tour ai dans TiAt^ieur de cette assemblée, pour èivQ assassiné plus-tardp/VoU^son honneur véritable; C'était mal se souvenir des leçons de Proudhon et en niei: ks méd^etibles c4miéqiiK9nae3^. Mais honneur k qui ^se é^tre ïm^mfAqfymi \ LcHT^que la logique mène-
rait au crime, il est beau d'errer dans rinconséquenee qui peut mener à la mort.
Si Ton dit qu'ici M. Ghaudey a conquis son pardon, c'est notre sentiment; mais l'on nous permettra de réserver encore la statue. Sur le socle de cette statue, quels bas-reliefs faudrait-il sculpter? M. Chaudey, publiant les manuscrits de Proudhon ; M. Chaudey, collaborateur du Siècle^ érigeant la statue de \oltaire; M. Chaudey, assistant le vieur corybante Arago, maire de Paris; M. Chaudey^ consacrant sa vie à charger les armes sauvages qui devaient le tuer et qui ont atteint en même temps que lui la religion et lu société ?
Que M. Cernuschi, propriétaire et directeur actuel du Siècle^ le dise. Il sait où vont les doctrines révolutionnaires, et à quoi se peut porter un esprit qui s'en est laissé pénétrer. Étant membre de l'assemblée romaine à l'époque du triumvirat, en 1848, M. Cernuschi, pour en finir avec le Christianisme, conçut la pensée de faire sauter le dôme de Saint-Pierre. Il l'a confessé lui-même au bout de quelques années, comme on parle d'une chose qui ne laisse pas de faire honneur, quoique peut-être insensée. Devenu riche, acquéreur du Siècle au prix d'un million, il s'est corrigé de celte belle passion d'incendiaire ; mais enfin , il connaît le péril d'allumer ce feu-là dans les âmes. Rêver de faire sauter le dôme de Saint-Pierre, par amour pour la patrie et pour laliberté ! . . .Que pense-t-il, en son fond, du dessein de dresser une statue à ceux qui ont jeté du boisdans la flamme, même lorsqu'ils ont ensuite essayé de se mettre aux pompes ?
. Les obsèques «c civiles i» du malheureux Ghaudey ont été Toccasiou de plusieurs discours où Tesprit du Siècle et du 4 septembre a largement parlé. Oh a entendu là le vieil Arago, dont les louanges ne peuvent honorer personne. Un avocat a peint le mort sous des traits sincères : « Son cœur , qui semblait venir au-devant de vous, qu'on voyait rayonner sur ses grands traits^ dans ses yeux intelligents et naïfs, dans son honnête sourire. » Le même avocat, parlant du P. Caubert, jésuite, a fait une citation malheureuse : « LeP.Caubert avait, dans sa prison^ Fintrépidité sioïqtêe d'une âme absolument, détachée du monde et déjà engagée dans la mort : Perinde ac ceulaver, » Les avocats les plus habiles ne parlent pas toujours adroitement ! Sur la tombe d'un rédacteur du Siècle^ assassiné par les lecteurs du Siècle, ce perinde ac cadaver^ avec quoi les avocats et le Siècle ont assassiné moralement tant de jésuites, n'est pas placé comme il faut. Il y a cadavre et cadavre. Le jésuite qui meurt au monde ne meurt pas pour répandre la mort ,- mais pour faire les œuvres de la vie. On vient de voir ce que donnent au monde les hommes qui n'abjurent pas les ambitions de la terre, qui prétendent être. quelque chose, et qui s'emploient à créer un ordre social où ils n'entendent nullement sacrifier leur part. Ceux-là forment aussi une société , font aussi des serments qui les mettent dans la main d'autres hommes auxquels ils ne refusent pas d'obéir. Seulement le jésuite s'engage pour être le bâton dans la main du vieillard, et les autres pour être le poignard dans la main de l'assassin : diffé-
4M viâ(\s 'WNDA9fT «LA mjmsvv^.
r^ioe imf>««lailtey*pi^MtetMiit ttss^ ^Me "pour frapper l'eaprit^èaie d'Unarroeftl.
Et a|^ tout, ^^HB%tiit«e "pattVMC&aNidey Feldthrementi P)rottdfare«i? Perinde^éfc cadêfver.
EMHÎte 64^ ^Mu M. fienri MaifliL, aa nei» ée^ mHBicnpalitéft parimesixesl M. Ikfai^m, — «rrtre caâtfVTO'êt irè5^fn^, ^-^ a lait l'apcOogve 4e « oe 4 sep-ton(bFe ^ti\>AeBft Iraiter d'^ttontat <fefux qm s'i9ffepee&t de préparar la réhabilHatiMi du 8 déoenabre. » A t^i «eu a <36t ^hîéf ophattffe If artm , «et ^e veut*^fl ^e FoH di^tÎQgue enlre *tt» dates e^ tant d'-aviipes dates de eatispirtffiM)«d déoeiilaiit également du droit révolufîofmaÎFe? 'Si la première Térolution a eule^rcHt, toutes ieeorutf^e Tont^u, ttionteti ceitle» qoi •pourront survenir «rauroort;. Ceci le idi^ général et le droit particulier, ie droit de toutes le& majorités» de touftes les minorités, de loiït^s ies indi* Viduolités. Il pktt «à M. Martin de retenir le droit pour «on opinion et le nier aux antres. C'est son « idée; » mais quand M. MaiiÂB n'est pas le plus fort, qu*imrporte Tidée de M. Martin? Et si M. Martin p»- \4ent à régner^ pourquoi le premier'vemi qui voudra ce«spirer ne se ferait-il pas un plaisir, un droit et- un devoir de bousculer M. Martin <jui a<5onspiré ?
Ils ont tous et toujours la prétention ridicule d'arrêter la Révolution là où elle leur plaît , c'est-à-dire là où elle leur pourrait mettre le m-OAde en leurs mains plus ou moins tachées d'«»cre et de e«ng. Ils oublient tous et toujours que la Révolution refuse tout maitre et veut imposer toute lei. Ils vieoinent d'en faire Tessai, cela continuera. M. Martin et lé
SiècM Qutsam douta la tête dwn ; néannoma ils a^ prendrout qa*iU SGt^ voués à toute tyxajuuA.
Ce qu'il y a de plus étounaot dans le di«kîoara de RL Henri MarUu, c'est Tacceai reiigieux. Oubbuit qu'il parle sur la tooibe d ua disciple 4» Proudlioa» et qu'il décore im ^nterremei]^ c;^, M. âlartmiait une pro&seÎQa de foi à TiAEimofrtoJité de ràoid et à réteruité de Dieu^ qu'il appelle Vidéal vivant. C0ià vaut la peiue d'être cité conuue type du tohu'-bobu iuteUectuel ou semfkêtre le doleot patriciat .di^s libres penseurs, eSarpuché par les couvres de la plèbe athée.
Et maintenant, Gugtave Chaudey, toi qui es mort comme les grandes rictimes du droit et de la liberté, mort comttie BftitiyV mort comme Vergniaud, eomme madame RoJaiid, ecmime Cacail'k» 7a rejoindre cette pléiade seocrée des martjnn de la légende politique, que Thistoire inscrit pour toujours à côté des martyrs de la légende religieuse, martyrs de ces deux religions qui ne disparaitront pas plus Vune que Vautre du genre kumain; va rejoindre ces âmes généreuses dans le monde mpériûwr de i'élemd et tivant idéaL
Il existe, il a seul, oserais-je dire, la pleine et réelle existence, ce monde que nie la philosophie allemande des derniers âges, la philosophie de la mort et du néant, qui a envahi notre France, et, en aidant la corruption impériale, a énervé l'esprit public, a frayé la route aux armées allemandes. Nous te reverrons, Gustave Chaudey.
C'est tout ce qui a été dit de Dieu devant ce cercueil où gisait une figure principale de la société présente. Avec ses vertus privées et ses opinions dangereuses, Chaudey se Dable avoir été le type assez complet de cette probité désarmée contre le sophisme
440 P4RIS PENDAIft LA COMMUNE.
qui la séduit. Elle l'accepte, elle constitue sa force et, lorsqu'elle veut l'arrêter, il l'écrase et il avance.
M. Martin ne s'est pas aperçu qu'il protestait contre Chaudey et contre lui-même ; et nous l'avertissons en vain; il ne s'apercevra pas de sa contradiction ni de la vanité de ses protestations.
n faut cependant lui savoir gré de l'instinct supérieur qui le contraint de chercher quelque chose en haut, de se reconnaître une âme, de pressentir un Dieu, de souhaiter en ce monde une lumière et dans l'autre une justice pour ceux qui ont soutenu le combat contre l'iniquité. Un jour peut-être, il s'apercevra que tout cela est dès longtemps proposé aux hommes par rÉglise catholique avec une largesse, une certitude et un ensemble de moyens pratiques où son système de c l'éternel et vivant idéal » n'arrive pas.
En vérité, lorsque Ton étudie ces inventions, ces incohérences, ces pauvretés et ces lâchetés de l'intelligence moderne, force est bien de s'avouer qu'au temps où nous sommes, la faculté de penser a souffert d'eflroyables lésions !
6 juin.
YIIË D£ PARIS BRÛLÉ.
A Madame
Je vous ai promis, madame, do vous décrire les sensations de la rentrée dans Paris , surtout dans t?o/re Paris, situé entre le Sacré-Cœur et Saint-Sulpice. Permettez-moi cependant de vous dire quelques mots du Paris de tout le monde.
Celui-là, que vous ne connaissez guère, s'étend assez loin hors les murs. En revenant de Versailles, on le rencontre d'abord à Saint-Cloud. Saint-Cloud était un lieu charmant. Après les Prussiens, comme vous le savez, c'était fini. On le croyait, du moins. Le duel d'artillerie entre les Prussiens. et les Fran« çais n'y avait laissé que des ruines. C'est là que j'avais vu dans une rue dévastée, sur un monceau de plâtras, un coffre-fort ouvert, squelette rompu du dieu qu'adore le monde. A présent, l'on trouve à Saint-Cloud des ruines de ruines et le squelette du dieu est broyé.
Toutefois le canon semble encore s'être ménagé à Saint-Cloud, lorsqu'on arrive à Asnières. En ce pays de villas, de restaurants et de guin-
t42 PJOBI VSNDihaXT LU COMMlrifliU
guettes, Paris vient s'amuser. Le siège de fer n'y avait pas touché ; ce que. le siège de feu en a fait ne peut pas même s'appeler des ruines, et ne peut pas non plus se décrire. Ge sont des amas, plâtre^ brique et pierre, qui çà et là laissent deviner d'ex-constructions. Les débris anciens sont tristes; ces débris battant neufs, sur lesquels la ronce et même l'herbe n'ont pas encore poussé, sont hideux. Je pensai à notre voie Âppia et à ses longues files de tombeaux morts^ mais qui tout lîiorts et rongés restent debout, couronnés de tant de verdure et de fleurs. Ici ce ne sont pas des to^o^eanx, maisd'abovôaableft ossuaires, formés comme avec le pied et le balad. On sent que la destruction a été soudaine, forieuse, irrésistible. La mort a fait tme ^uvre de colère inesorable. ËUe a dansé sur le cadavre, elle Ta mutilé, eUe a voul^i qu'il ne gardât plus forme humaine.
H fiit mangé beaucoup de viande le vendredi dan^ tontes ces maisons-là! L'an pa«s<i, l'on s'y amusaii eûxîore phis qu'il ne faut. Que de rires^ que de danses, que de chansons, et quelles danses et q»eUas chan*sons ! Et sans doute on se proposait de recommencer rannée suivante. Mais le jugement est vettu.
J'ai vu une vigne et dans cette vigne une charrette brisée et les restes d'un feu. C'est peu do chose aru niili^ru d'un tel désastre, mais ce faible épisode a réveillé datis ma mémoire Técho d'une voix terrible, souvent entendue depuis huit mois. « Et toutes les ^ vignes retentiront de voix lamentables, parce q*e « je passerai an ûiilieu de vous, dit le Seigneur.» Le ^ Seigneur a passé.
PAR» fBNAANt îA mmtcM. 448
J*ai frâttchî le rcmpatt crdré et déMurmé. Là, je me mxi» isappeki la prophétie d'Habacuc.
fiabaccie se p^laignait à 1>ieu âeê désordres de Se- ]ii»iale«ii . Dîen Itii répond : « Voici <{M j« vais m^ «citer les Gkaldéeng^ station craelle, prompte t € exécuter ^s plans, et qui court te t€9t*e peuf «'em^ « parer des mai»(ms d'autrai. ËUe porte avec soi la « terreur et ne reconnaît de juge qu'ellennéme. Elle a ravagera à non gré; à 6on gré elle înip4(Msera le VL Tafincu. — Plus vites que les loups qui courent au te «oir, see ckevaus se rérpasidront partout, comme un K «û'gte qui lottd sur f» proie; ses cavalim*» (j'allais « «écrire see huicms) voleront au butin, et ils assem-^ « iylerontles captifs comme des monceaux de sable. n ^-— Leur chef triomphera des rois ; il se moqueôra K des tyrans (populaires) et il les rendra ridicules, « tfffwini ejus rïdimii eruni. Il se moquera dès forti* « fications : H leur opposera de^ie^ëes de terre ^ etilies « prendra par la faimne . »
Si M. de Meltke a te Habacuc, je l'igaore; mais voilà -son -système de guerre tout tracé, et Nabuckodottôftor en fut Tinventeur. Po»ttr moi, je crois que la gmnde force de M. de Moltke est venue des nrômes causes qm ont suscité les Chaldéens. Le ^prophète açjottte qu'après cela l'esprit du conquérant sera diangé. Il s^enflera, il se dira qu^l est dieu, et alors « il passera et il tombera : et voilà toute la puissance c( du dieu qu'il s'est fait. » Amenl
Paris est encoere effaré. Comme le mouvement est remplacé par l'agîtation, maintenant la badauderie est remplacée parla stupeur. Les maisons égratignées
par les balles, trouées et ébréchées par les boulets, léchées et mangées par rincendie, sont ce qu'il y a de nouveau. On vient voir cela, mais c'est triste. Devant une maison de la rue Royale, une dame du petit commerce achevait sa tournée. Appuyée au bras de son mari, tenant son enfant par la main, de cette voix grognonne particulière, aux bourgeoises qui se pro- . mènent en famille, elle disait : « Allons-nous-en. De voir tant de malheurs, à la fin, ça embête I »
Je vous assure qu elle ne disait rien de trop en son style négligé. Le spectacle est véritablement assom" mant. Les descriptions des journaux semblent d'abord exagérées, parce que beaucoup de choses ruinées tiennent encore debout, mais bientôt elles paraissent au-dessous de la réalité. Il y a de petits détails dout Teffet lugubre se prolonge et devient formidable. Un crachat peut épouvanter plus qu'une blessure saignante. On voit que les séditieux n'ont pas seule-, ment haï la société, ils l'ont méprisée. Us ont fait des actes de barbares et des insolences de laquais.
J'ai vu par terre les restes de la colonne, sur un reste de fumier. 11 tombait de la pluie, et il y avait de la boue. Je n'ai jamais admiré la colonne ni le sentiment qui l'a dressée. Mais quand je pense que Courbet a fait cela, et que ce butor, affamé de popu-. larité malsaine, a pu ainsi soufQeter de sa main brutale l'orgueil de toute une nation, je me demande ce que Ton ne pourra plus désormais entreprendre contre les hommes. Je me dis aussi que Dieu insulté par l'orgueil humain n'a toujours besoin que de peu de chose pour abattre cet arrogant ennemi. Ua grain
de sable centre la mer, une piqûre de moucheron contre une armée, une petite pierre qu'il détache on ne sait d'où contre la statue et Fempire de Nabuchodonosor!
. En 1860, après la suppression de VUfiivers, je me trouvais au Vatican, dansVanticameradu Saint-Père, attendant une audience. J'y rencontrai le bon vieux camérier Mgr Stella, qui voulut me tenir compagnie. 11 me parla gracieusement de la petite persécution que je venais de subir, plus tristement de la persécution qui menaçait Rome, en apparence soutenue, en réalité tenue sous le couteau des Italiens par la même main qui m'avait facilement étranglé, «c On est bien puissant à Paris, ajouta- t-il^ mais Dieu veille. A son commandement^ une petite pierre se détache de la montagne et vient frapper la statue de Nabucco. » J^avais noté la parole de Mgr Stella, et la note se trouva dans mes papiers saisis au retour de ce voyage. Marquée au crayon rouge, comme une chose digne des regards de Nabucco, elle fut jointe à mon dossier, volé dernièrement à la police par les rédacteurs du journal de Paschal Grousset, qui l'ont imprimé. Dieu a attendu dix ans, — dix minutes! — et voilà Courbet, très-gros homme, mais très petite pierre, qui roule de sa montagne de fromage, qui frappé la statue au pied, et qui Tabat. Ceux qui firent et dédièrent la colonne ne s'y attendaient pas, ni les poètes qui l'ont chantée et qui lui garantirent le long âge de l'airain. J'ignore ce que les prophètes de Nabuchodonosor promirent à sa statue. Celui qui ne s'est pas trompé est celui qui en prédit la chute soudaine. Daniel an-
446 Ram» FENDANT LA COUUIIME.
■mça qu'élise sendt broyée d^«D seul ooupi» «i Us ptrodles diatiptea oomiMi 1» dihnn que le vent oÉàmè de raira à battr» le gtmia : Beduûta q^mi m faviUam œstivœ quœ rapta stmt vento. Et la y«at dÎBMpe par les Tua» des pMisnèrê9 qut ferenl la ooiomitti du graid empereur et de la grande aivmée{
Prèa de là iome encore le uittistère des fiûaoeea. On fait deux pas,, on r^i iiimer les Tiiilecied. Dieu ditdaau Admis : a ie frapperai le palais dhiver et 1^ tt palais dété; n c'eet fait à Paris eoinme à SaÎAV Gloud: Oa remonte hb peu, la riM de RivoU, c'est le Palais«-IUyyal cpd fmna. Oo eoDMtimie cette route jadis si pompeuse, mamlenant sinistre : on arrive au qùièstier de FHdtel de Ville. Ce bel Hdtel de ViUe est vraiment en cendres. C'est peut-être la destruction la plus complète pour Tceil. Il a été saisi une dépèebe télégraphique de rHétel de Yiile au ministère de la marine. Elle contenait ces mots en communeux : a F... le feu à la boite, » De cette belte-ci, le feu n'a rien laissé. Brûlée et les cendres au vent, suivant la teneur des anciennes senl^ice» exécutées en place de Grève I
Les Tuileries, THôtel de YiUe, le Palais de Justice» le ministère des Finances, la Légion d'bon^ neur eA la Colonne, sont ce qu'il y a de ]>lus exéouté. Qui voudra méditer là-dea&u&^ les réflexions ne man* queront pas^ iti les symboles*
Aux Tuileries^ sur la muraille» là où s'est arrêta le lev, OB lit tot^emirs la bedle devise da4 sejptend>rei tmcée ait grandes lettres par li* Étiemae Airago :
PARIS PEITDANT LA COMBfUNE. 447
Liberté:, Égalité^ Fraternité. Le coffimentaire communal est lumineux.
J'ai fait un pSlerînage à Pfotre-Ihime-des-Victdirt». L^église était encore fermée, à cause des rava^s intérieurs. Vous saves qu^elIe est d'ailleurs iittCâN^te. Satan s'est abattu là comme cIïbt Job; mais il n'âf pas eu la permission de frapper le corps.
J'ai poussé ma course jusqu'à Id mmAon âe il. lliiers. La démolition s^arrâte à la hauteur du premier étage. Cétait une cotisfruction, ce me s&tÈh ble , a^sez mesquine , et le million demandé pour 9e refaire devra suffire amplement. Je regrette qtjtQ M. Thiers n'ait pas reftisé ce million. Un beau refirs eût ajouté à sa taille , vraiment courte pour Témplôi qu'il tient. Mais il est dit que « nul ne petft ajoutefr une coudée à 9a taille, d CTest Dieu qûk agrandit l'homme. Par lui-même l'homme ne peut que 5'flfrôfidir.
Pour* arriver place Georges, j*ai passé devant utte maison où j'ai fait une fois visite au pauvre Prévoirt* Paradol. C'était alors un garçon très-fier, dbr temps où il vivait. Peu d'années après, il n'a pu sy supporter et s'en est tiré lui-même par l'a plu» mauvaise porte, n croyait tant à la société niodeiue-, à ïa* liberté moderne, à la civilisation moderne! II félieîtaiit tant le monde mo deme de s'être délivré de ïa gêne catholique, et il l'exhortait si volontiers à compléter sa délivrance \ Je lui disais que la pierre qtii tenièe^ rait de l'Église écraserait la maison voisine, et bi«n d'autres chose» au loin. Unei pierre est tombée ; eBe a écrasé la maison de SF. Thiers et la mmsoB 4e
448 PARIS PENDANT LA COMMUlfE.
M. Berlin, deux maisons à lui. Me dirait-il que la maison de M. Berlin est relevée et que celle de M. Thiers le sera? Peut-être. Je répliquerais qu'en ce cas la pierre tombée de l'Eglise sera replacée; sinon, au choc des pierres qui tomberont encore, rien ne restera debout, rien ne sera rebâti.
J'ai passé devant le nouvel Opéra. Il n'a pas été touché. Le groupe des demoiselles Carpeaux est là, dansant. Je pense qu'à travers toutes nos aventures^ qui pourraient n'être pas finies, ce spécimen de l'art moderne sera conservé. Il apprendra aux races futures comment nous vivions et nous nous amusions quand la fête prit fin. Les cendres de Pompéia et les laves dllerculanum ont conservé de semblables documents.
Sur la place de l'Opéra, comme partout, les soupiraux des caves et des sous-sols sont bouchés de plâtre frais, opus tumultuarium ^ ouvrage hâté, par crainte des pétroleuses. Ces pétroleuses ont frappé les imaginations. En peu de jours, elles se sont fait un nom durable. Paris ne s'attendait pas à ces femmes-là. Paris avait tort. Ces femmes-là ne sont pas tombées de la lune. J'en ai vu des bandes à Versailles; la plupart sont d'anciennes demoiselles Carpeaux. Elles ont dansé à Asnières et à l'Opéra.
Toute société a pour ennemis ioiplacables les esclaves qu'elle s'est faits , surtout les esclaves de ses 'amusements et de ses vices; et depuis le Christ il n'y a plus d'esclaves que pour cette destination. Courbet en était, tout autant que les demoiselles Carpeaux. L'esclave ne pardonne pas à qui l'a corrompu. Paris
PARIS PEiNDAKT LA COW^ILMS. 449
est plein de ces esclaves: Tant qu'il ne les aura pas aflRranchis, la torche sera facilement rallumée.
Je finis. Je ne voulais vous parler que de votre Paris, je ne vous ai parlé que de Tautte. Mais du vôtre, qu'y a-t-il à dire? Il a été broyé, pillé, ensanglanté, meurtri; il est tranquille. Les couvents se repeuplent, les églises sont rouvertes, les prêtres distribuent la chair de l'Agneau à ceux qui ne veulent pas dévorer l'homme. Dans ce monde-là, on bénit Dieu de ce qull a sauvé, on se raconte ses protections et ses grâces, on renoue les fils brisés des bonnes œuvres ; et l'on sait que, nulle tyrannie ne pouvant abolir Dieu, il ne faut craindre ni le travail, ni la ruine^ ni la mort.
Pour le moment, ma rue du Bac et ses voisines barricadées, fusillées, bombardées et brûlées, sans commerce, presque sans passants, sont devenues une des retraites du silence. Je m'aperçois que l'on peut vivre sans entendre le bruit des voitures ni le bruit du canon. C'est même une bonne vie. Qu'importable reste en un temps qui semble fait pour dégoûter également d'espérer et de craindre, et qui relègue toute vie dans le lointain du passé ou dans lelointain de l'avenir?