UN PRÉCURSEUR DES GOMMUNEUX
C'est de M. Thiers qu'il s'agit. M. Thiers nottfe force de le poursuivre, nous aimerions mieux avoir à le suivre. Il est aujourdTiui, non pour la première fois, le mauvais génie de la France, et peut-être qu'il ne le voudrait pas, peut-être qu'il l'ignore. I! croît n'avoir pas de doctrine et ne s'occuper que d'awâtiger les affaires. Il a, au contraire, une doctrine trèsaffermie, et c'est la doctrine par laquelle les affaires de la France ont toujours été dérangées; noms disons toutes les affaires, celles de la banque, celles de la gloire, celles de la religion. M. Thiers^ qu'ai le sache ou l'ignore, est révolutionnaire en son fond. C'est la Révolution, non la France, qu'il sert et qu'il veut servir. Il lui fraie la voie, il lui fait la brèche assez large pour qu'aucune force ne la puisse plus arrêter. Une seule chose peut l'abuser là-dessus, c'e^t la petûr qu'il est sujet à prendre quand le mal est fait; mais cette peur tardive ne l'éloignera jamais longtemps du mal qui reste à faire.
S'il réfléchit à sa politique actuelle, ri verra que quarante ans d'expérience ne l'ont pas changé, sans doute parce qu'elles ne l'ont pas édairé.
Écoutons-le dans son Histoire de la Révolution, sur
la confiscation des biens du clergé. Il emploie tous les arguments qui détruisent la propriété. La Eévo^ lution est là tout entière :
On avait aboli la féodalité, mais il reîrtait encore à prendre une dernière mesure pour détruire ces grands corps, qui avaient été des ennemis constitués de TEtat contre TËtat. lie . clergé possédait d'immenses propriétés. Il les avait reçues des princes à titre de gratifications féodales (!), ou des fidèles à titre de legs. Si les propriétés des individus, fruit et but du travail, devaient être respectées, celles qui avaient été données à des corps pour un certain objet pouvaient recevoir de la liai une autre destination.
C'était pour le service de la religion qu'elles avaient été données, ou "du moins sous ce prétexte; or, la religion étant un service public, la loi pouvait régler le moyen d'y subvenir d'une manière toute différente.
L'abbé Maury déploya ici sa faconde imperturbable ; il sonna i'alarme cbez les propriétaires, les menaça d'un envahissement prochain, et prétendit qu'on" sacrifiait les provinces aux agioteurs de la capitale. Son sophisme est assez singulier pour être rapporté, etc.
jQue de faits dénaturés, que d'idées fausses ! Il va ainsi pendant deux pages. Vers la fin, parlant des pensions attribuées aux religieux dépossédés, il ajoute :
Poussant même la prévoyance plus loin encore, l'Assemblée 'établissait une différence entre les ordres riches et les ordres mendiants, et proportionnait le traitement des uns et des autres à leur ancien état. Elle fit de même pour les pensions^ . On ne pouvait pousser plus loin le ménagemient des habitudes,
et c'est en cela OUE 4C0Nai3T« LE VERITABLE «KSPBCT «DE LA PRO*- PRIÉTÉ 1
Il nous semble que TAsse-oiblée de Versailles, em
rétablissant la maison démolie de l'hislorien^ a voulu donner raison à « l'imperturbable faconde » de Tabbé Maury, et non pas seulement ménager les habitudes de M. Thiers. Il nous semble aussi que M. Thiers^ conséquent avec les principes de son histoire, ne de- >Tait pas accepter cette réparation. Il nous semble encore que les habitudes de nos révolutionnaires étant de démolir et de piller les maisons, M. Thiérs devrait respecter ces habitudes-là comme les autres, ou du moins indemniser ceux qui les ont contractées lorsqu'ils sont empêchés d'y céder. Mais M. Thiers sait être inconséquent dès qu'il s'agit de lui.
8 juin.