LA SIATIE DE VOLTAIRE
Le Siècle raconte pieusement les disgrâces de son Voltaire c< beaucoup éprouvé par les projectiles. » La rédaction est solennellement drôle.
Un boulet plein^ dirigé sans doute contre la barricade postée à 500 mètres environ de la statue^ l'a frappée à la hauteur des bras et la traversée de part en part. Un éclat d'obus a rayé le bras du fauteuil swr lequel est assis le patriardie de Temey. Le piédestal^ lui aussi, a souffert. On assure que les dégâts occasionnés par la canonnade pourront être réparés, et qu'à Vaide de ciment on pourra boucher les trmis de façon à rendra son aspect primitif à ce monument.
Le-Sièclese chargera probablement de réparer les dommages quil signale. C'est lui qui a monté le tu monument, lo c'est à lui de le tenir en bon état. La République ne manque pas d'autres trous à boucher.
Du reste, en raison de Torigine de la statue et des circonstances mémorables qui ont suivi son érec» tion, nous croyons qu'il serait à propos d'enlever ce zinc estropié, et de procéder à son enterrement civil dans le prochain égout.
Pour la statue dé Voltaire, Joseph de Maistre voulait la main du bourreau. Il ne s'en est pas fallu de tant! On y a vu celle du prince des cacographes assisté de plusieurs milliers d'imbéciles, et tous ont eu fortement sur les doigts et ailleurs. Quelles patoches, quelles taloches, quels coups de fouet tombant partout !
Certes, la ville de Paris n'oubliera pas ses noces avec Voltaire, le festin de cheval, le concert d'artillerie, l'entrée des parents de Prusse, la ronde belleviiloise, le bouquet versaillais, la carte à payer ! . . .
Puisque enfin la triste épousée a pu chanter le couplet final : Allez-vous-en^ gens de la noce I ce serait le moment d'appeler le balayeur et dé lui confier les restes du Voltaire cassé. Voilà, selon nous, où l'on pourrait employer le bourreau, par manière de distinction et pour rendre un dernier, hommage à celui que le Siècle nomme toujours <c le patriarche de Ferney. » Le bourreau vient quelquefois place de la Roquette, c'est dans le quartier. A son retour, il prendrait cela, et il ferait ce qui convient.
Telle est notre idée, à nous. Ce n'est pas que nous
y temcniB, et Fidée du Sièck, qui consiste à boucher les troas, peut se trouver meilleiire. En somme. Voltaire conunence maintenant à pnaiiâre 3%, Jbeauté. Il devient sérieuic, et il ned dans Paris, non moins que les demoiselles Garpeanx. Les demoiselles Car peaux font voir si nous savions danser, le Yoltaire-flavin, que Ton peut nommer aussi le Yoltaire-Napoléoo, bit voir si nous savions rire. Il n'est pas seulement monument, il est document, « pièce à conviction, n disent les gens de justice.
CGIIl
9 juin.
M. THIERS £ST POUR 1S. TâtBRS.
M. Thiers a prononcé un grand discours en faveur de la République, et TAssembLée a fait un grand pas vers le rétablissement de la monarcbie. Il paraît assez que c'était convesni. L'on doit imarcher ainsi jusqu'à un certain point que tout le mi)nde doit igno* rer, les mains dans les poches-, l'œil et l'oreille ajux aguets. On votera des lois sur icôci et sur cela ; dBS lois à tuer le temps, et, s'il île faut, le bon sens. Les lois ne se faisant pas avec les mains, mais se frappant par assis et levé, il est entendu que les mains ae 9or* tiront des poches que poicr se donner des étreinées cordiales. Seulement un jour, il y aura des mains qui
FARfS PENDANT LA COMMUNS. tSl
ne voudront pas lâcher. — Pris ! On mera Vm quelque chose, et ce sera fait.
Qu'est-ce qui sera acclamé? (Ju'est-ceqfoi'viTrat D'après M. Thiers, si Ton était sage, bien sage, trèssage, ce serait la République. Mais M. Thiers n'a pas l'air d'y compter beaucoup, vu Tesprit républicain, et il laisse voir percer une disposition à se contenler de la (( monarchie constitutionnelle, » qui lui semble peut-être « la meilleure des républiques. » Alors^ pourquoi n'y entrons-^ous pas tout de suite ? Ah ! c'est que nous avons encore besoin de la dictâtBre du 4 septembre, transformée en gouvernement de la réorganisation nationale. Les hommes du 4 septem*bre ont si bien désorganisé, qu'ils sont évidemment les plus capables de réoi^aniser.
Si quelqu'un se demande pourquoi le gouvernement enlève, emp(5ntonne et transporte outre-mer les ouvriers de la Commune, au lieu de les employer à rebâtir Paris, c'est que, par extraordinaire, ces incendiaires ne sont point parfaits maçons.
Pour démontrer la nécessité du provisoire, M. Thiers allègue (pie, les passions n'étant point encore calmées, il faut éviter de leur donner des a émotions nouvelles, » et qu'il importe de faire « renaitoe le travail. » Peut-être qu'un meillear moyen de calmer les passions serait de leur ôter l'espoir d'aune reprise ; peut-être qu'on arriverait plus vite à raiiimer le travail en faisant comprendre à ceux des o?avriers qui ne veulent pas travailler, que le travail est désormais la seule manière de se procurer du paia. Mais personne n'en a fait l'observation. Il était ce»*
PARIS PENBÂINT liA COMMUNE.
venu que M. Thiers ne dirait rien que d'irréfutable. Le chef du pouvoir exécutif avait mis à cette condition sa neutralité entre la république et la monarchie.
En efiPet, son discours est nejitre. Il a été applaudi à droite, à gauche et au centre. On le regarde comme une merveille d'équilibre. Va pour merveille d'équilibre ! Véritablement, cela vous laisse l'impression d'une séance de Léotard. Le mérite est moindre à l'âge de M. Thiers. Entre 70 et 78 ans, pour les hommes d'État, c'est le moment . de la grande agilité et de la légèreté suprême : aucun fardeau de principes ne les surcharge plus, ils font les serments en perfection, ils ont l'œil tendre, la peau dure, le cœur sec, et ils isont tout à leur affaire.
Pour direque c'est haut, lumineux,nourrissant, auguste, non! A se représenter la âtuation, et ces combats, et ces crimes, et ces ruines, et ces deux ennemis présents encore, l'ennemi étranger si cruellement vainqueur, l'ennemi intérieur si douloureusement et si mal vaincu, à regarder le noir aveoir où tant de sphinx .nous attendent, on souhaiterait mieux. Le bon plancher, les bons câbles, les bons fanaux des principes, rassureraient plus que ces ficelles. Mais ce n'est pas la manière de notre temps.
Enfin, l'élection des princes est validée, la loi d'exil est abolie, et Bourbon rentre en France. Par ce vote l'Assemblée reconnaît que le suffrage universel est au-dessus de la République et au-dessus de lui-même. C'est un grand pas. 11 eût mérité d'être fait carrément.
i\I. Thiers à stipulé (en couloirs) que les princes ne franchiraient pas le seuil de FAssemblée. On pouvait lui accorder cette satisfaction; c'est assez qu'ils soient aux alentours, et que la France puisse avoir une tête. Alors il ne faudra plus qu'un mouvement républicain et M. Thiers verra remplir son attente : la République sera fondée.
La Républicpie , c'est un homme , un honnête homme, agréé des honnêtes gens : et cet homme est parmi nous.
La fierté républicaine de M. Thiers donne à enten* dre qu'il n'acceptera jamais cet homme pour maître. La France comprend autrement la situation : c'est précisément pour n'avoir plus de maître que la France appelle cet homme, ce roi.
12 juin.
PROJETS POUR l'établissement DE M. JULES FAVRE.
Naguère M. Picard s^était laissé couler dans la Banque de France , à la place de tant de millions qu'il en a fait sortir '^ mais il fut trouvé trop gros et trop lourd, si bien que le conseil a dit non, non, et non ! et l'a fait rebondir dehors, et relancé jusque daoïs les Réservoirs.
"Voilà que M. Jules Favre, peu touché de cet exem-
Mai PAB1& PENDANT LA GOmoiNB..
pter <>M him^ 4itr<rBy songer k\ s^offm la pi^sidence ib la< CoM de cassation* Il y remplaceraii; M. fier tÎMoe^lëquei eerait prié de se démêlée,, pour eausa de ceÉtotBS' petite papiers trouvé» aux. Tuileries ék piiMiés<p«ffleesoiBd du gouvememexit de M« Jules F^Eivrë V dttns le temps cpie M. Jtdes Favse disait : Ni une pierre de nos forteresses ^niunpof»ee de nùtfe ter-
Mais ceÉïkne M. Jules FaVre^ assisté des bommeë de grande valeur'qn'il avait lui-même choisis, a cédé beaucoup phis que lé pién^ et beabboup plus* que le {)^#3ej sans parler^du reste^ l'opiinon estime géuérar lement ^'ii n'y a pas lieu de le récompenser par la pi*emière magistrature du pays.- « Il a gâté assez de choses déjà, dit-on; ne lui donnbns pas à gâter encore la magistrature et la justice plus- cyniquement que personne ne Ta su faire jusqu'ici. »
Nous ignorons si M. le président Devienne s'estime jugé par les papiers en question, et s'il entend se démettre de sa charge. C'est à quoi nous ne l'engagerions pas. Il aurait un autre service à rendre, vu le successeur qili lui semble destiné. Mais^ laissant de côté ce cas encore obscur, nous disons que la Cour de cassation aurait elle-même des mesures à prendre il le Journal officiel yensii un beètu matin lui à'pprendi*e qu'elle a M. Favre pour président. 6on honneur l'^Blîgëi'lBtif à sûivfe Feieiîiple que vient de donner fe cbn^ei^r de lia Banque. Les hommes de justice n'e pfe'ttvèht pas être ihoîùs sctupuleui que les hommes d'argent, ta résistance de la Cour de cassation serait d'au-
taat jflna indispei^abla qu'il ue 3^agU pa» exclusivescuiDide ;poUtk[U6r U y a aussi^ des petite papiers sin* M.. JJulesiEayre : les petits pa^^iess de>£ea.MiUière*
Millièffe a été fusillé sulHteiaenty et^ d'après Ik^ àiefovlf. il n'élait pas,, e& matière privée,, la fleur de la pcolûté humaise. Rochefori^ qui Ta eu^pour caissier,, Tacausait d'avoir volé sa caisse^ Ils disent tous ld6 m^ àeê autres, avec beaucoup d'asstltanoey quel- (|ue ch^se cofiilBe cela* Millière lai-^HÔme^ soutenait qiie Rocbefort était soib propre voleur; Quoi qu'il en dbit, lés papiers de Millière subsistent* Appels tes avair pi»kliésy il est devebii dépulé, coUègôe' de M. Jules Favre, avec qui il avait trafté jadis pour leurs communs intérêts. 11 n'a point désavoué sa pu- Uioationy ^^^ ^^ contraire, et M. Jules Fàvre n'y a répondu que par de beaux dédains, très'-inâuffisants.
Rencontre bizanre! A cette occasion,' Roëhefort, alord sorti' du' gouvernement et redevenu simple lantei^er, protesta violemment contre l'indiscrétion de MiUièrCi En face des terribles petits papiers, il se donna les gants de prodiguer à M. Jules FaVre les témoignages de son estime privée la plus sentie. Mais l'estime privée de Rochefort, non plus que les beaux dédains de M. Jules Favre, ne saurait prévaloir contre des papiers authentiques, et les papiers de feu Millière sont toujours là. Or, ils imputent à M. Jules Favre des délits de droit commun.
Nous admirons bien, en un sens, que M. Jules
Favre se puisse connaître assez de force d'âme pour
' braver le tapage que feraient ces papiers mal endor^
mis, réveillés tout à fait par son élévation à la pre-
ifti . PARIS PENDANT LA COMMUNE.
mière présidence de notre première cour de justice. Nous avons vu des pétroleuses, traversant Versailles, qui montraient cette vertu. Elles levaient la tête et accablaient de hautains sourires les vils réactionnaires qui les regardaient monter à Satory. On leur pardonnait cette arrogance, parce que sur les hauteurs de Satory elles allaient respirer un air austère, et parce qu'elles avaient les mains liées. Néanmoins, rindignation était dans la foule, quelques témoignages en éclataient par-ci par-là. Nous croyons que l'indignation aurait été bruyante et unanime s'il s'était agi de faire asseoir ces dames sur un tribunal où elles auraient jugé le reste des mortels.
Il n'y a pas d'impudence qui tienne : on ne peut se faire à l'idée de voir l'homme de Millière prési- 4iant la Cour de cassation, toutes chambres réunies !
Cachez-vous donc, disparaissez donc, ayez donc une fois pitié de la pauvre conscience humaine ! ' Que voulez-vous que devienne un malheureux peuple condamné à voir de tels scandales ? On finira par trouver qu'en effet tout cela doit être lavé au pétrole. •
FARTS PEKDAjST LA COW^il'NF. 4Go
1 5 juin.
LA YINGT-CINQL'IÈME ANNÉE DE l'IE IX.
Il est arrivé, nous le voyons, ce jour unique dans la suite des siècles chrétiens. Pie IX accomplit aujourd'hui les années romaines de Pierre. La Providence, qui nous Ta marqué de tant de traits augustes et profonds, nous donne encore ce signe incomparable. Sans doute, ce n'est pas un miracle ; mais enfin cela ne s'était point vu, et une tradition des siècles disait qu'on ne le verrait pas : Non videbis annos Pétri. Pie IX les a vues. Dieu a brisé en sa faveur cet oracle qui avait presque pris le rang d'un article de foi. 11 a voulu Tentourer de rayons extraordinaires, le placer dans une lumière faite exprès pour lui. On se rappelle les éclairs du Jouriiaiu et du Thabor, les tonnerres du temple : « Celui-ci est mon fils bien-aimé; écoutez -le ! »
Voilà déjà longtemps que l'amoui des fidèles, pressentant le dessein de Dieu, prenait le contrepied de la tradition et prophétisait que Pie IX achèverait sa vingt-cinquième année. On l'annonçait tout haut dans Rome, il y a un an, à pareil jour. On disait que l'Infaillibilité serait proclamée, et que Dieu II. :^0
4(6 PAblS PENDANT LA COMMUNE.
donnerait au pape de l'Infaillibilité les années de Pierre, comme pour écrire lisiblement, aux yeux de tous, son placet sur le décret de Tinfaillibilité : Visum est Spiritui Sancto , et nobis.
Quelle année ! et il semblait qu elle dût être si tranquillement franchie ! Quelle année pour la France, pour l'Europe, pour l'Église, pour tout le genre bumain ! Elle s'ouvre par la définition de l'infaillibilité ; le Pape la voulait donner au Concile qui, affermissant, développant et éclairant la doctrine, devait procurer la réforme des mœurs, le rétablissement de l'autorité, la pacification du monde. Mais la pauvreté intellectuelle des princes et des peuples séparés de Dieu, la décadence orgueilleuse de la France incrédule, l'ambition inhumaine et sauvage de la Prusse 'hérétique, en ont autrement décidé.
L'fiumée a été remplie de cette guerre qui est notre honte particulière et la honte générale de la civilisation. La France est découronnée du laurier militaire; la civilisation deux fois impuissante a vu s'élever contre elle deux maîtres, deux brigandages, qui défiormais ne la laisseront respirer qu'autant qu'ils voudront. L'un et l'autre ont pris sa capitale ; le premier l'a fouettée et rançonnée; le second l'a rançonnée, fouettée et brûlée. L'humanité se souviendra de la vingt-cinquième année de Pie IX, commencée par la proclamation de l'infaillibilité du Vicaire de Jésus- ChJpist, qui parut le scandale «de la raison humaine, terminée par l'incendie de Paris, qui montra ce que la raison humaine, livrée à elle-même, peut faire poijr procurer la concorde des esprits et des cœurs
et assurer la gloire, le bonheur et la durée des pations,
P{)ieu trcNxvé fidèle en toutes ses menaces!
Mais ce même Dieu a néanmoins laissé parouijious son prêtre, son ange, l'interprète sacré de sa Ipi, l'intercesseur sacré entre lui et le monde. 11 Ta l^i$sé revêtu d'une splendeur rajeunie, second Pitîrre et second Moïse au seuil d'un monde nouveau. Et ,p^ce cpi'il l'a laissé, il sera trouvé fidèle en toutes ges i)romesses et en toutes ses miséricordes.
Ce qui restera des prodigieux événements de la vingt-cinquième année du pape de rinfaillifûlitjé, ,ce ne sera pas le triomphe sauvage de l'orgueil .allemand, ni le délire sauvage de la Commune p^isienne; ce sera l'Infaillibilité, c'est-à-dire l'instrjament de la reconstruction du monde. Quand ces Jpux barbaries, se heurtant ou s'unissant, auront acconipli la dissolution totale à laquelle toute civilisation içapie est réservée, alors sera mûr le fruit que Pie IX a cultivé avec tant de vigilance, dans une attente si sûre et si lumineuse des besoins de la famille humaine. Un nouveau peuple sera prêt pour remplacer les débris corrompus que balaiera un dernier orage, et le Pasteur prendra possessioji du bercail purifié et agrandi.
Lorsque le premier Pierre accomplit sa vingt-cinquième année, il était captif, il allait être crucifié la tête en bas. Dans toute cette immense ftome qvie Dieu lui avait doi^née, rien, selon le jugei?ient du monde, n'était à lui, pas mêjne la p^cqlle de terre
que touchait sa tête, pa*s même le bois de sa croix. Le propriétaire de Rome élait Néron, époux de Poppée ; et Néron et Poppée étaient aussi les propriétaires et les dieux du monde. A son tour, le second Pierre ne possède plus rien dans Rome, et son Vatican même, son calvaire n'est plus à lui. Il est prisonnier, et ses geôliers infimes et honteux, rabaissés de la taille humaine, lui rabaissent l'injure et ne soiit que des misérables qui rêvent de se hausser à la st^.ture des scélérats. Dieu, lui appesantissant l'épreuve en même temps qu'il élève sa gloire, permet que sou supplice soit à l'inverse de sa majesté. Il laisse là ce ménage subalpin, cet Humbert et cette Marguerite, ces avortons royaux, pour nous montrer en quelles mains roulera ce qui veut déchoir des mains du Christ. C'est ce couple ignominieux qui persécute le grand Vieillard, le Fils de la Colombe, le Père du monde chrétien, le Vicaire du (Christ! Mais. }ionj3rœvalebunt! 11 s'élève une race qui voit cet opprobre, qui en sent l'horreur et qui le vengera.
Mais détournons nos regards du Subalpin, de la Marguerite et de leur cour absolument digne de les entourer. Après tout, cette pompe d'insolence et de fange, les pieds dans les épines et le cœur plein d'angoisses, se traîne où elle doit aboutir, et ces gens-là sont sur le chemin du bagne éternel. Comprenons comme nous devons comprendre. D'un regard tranquille et d'une âme inondée de joie, contemplons la sereine beauté du Juste, son pas ferme, le ravissement de son visage tourné vers les hauteurs de Dieu.
J'ai vu les larmes de Pie IX, j'ai compté les gémis-
sements de son cœur, j'ai entendu les accents de sa prière quelquefois désolée. Depuis Thypocrisie des premières trahisons jusqu'aux catastrophes de nos jours lugubres, déterminées par tant d'autres hypocrisies, combien de mensonges, de folies perverses, d'obstinations imbéciles ont accablé cette âme loyale et tendre qui voulait détourner la foudre ! Tota die expandi manus meas ad populum non credentem et contradicentem! Mais, en même temps, j'ai rendu grâces à Dieu des consolations de cette grande vie et de ce grand règne, consacrés au vrai combat, remplis des vrais triomphes de la foi, de la justice, de la charité et de l'honneur. Pie IX a régné vingt-cinq ans, toujours fidèle à Dieu et aux hommes. Il a élevé le dogme de l'Immaculée Conception ; il a bâti autour de l'Église, autour du monde chrétien, autour de l'âme humaine, le rempart de l'Infaillibilité; il a condamné toute l'erreur moderne et il l'a condamnée à jamais; il a jeté le grain de sénevé dans tous les lointains et dans tous les inconnus de la terre ; il a contraint à l'amour de sa personne et au respect de sa fonction ce peuple du monde mécréant et contredisant, il Ta mis en état de connaître qu'il devra croire et cesser de contredire pour continuer d'exister.
Durant vingt-cinq ans, Pie IX a donc fait ces choses, il les a connues, il a su que ses œuvres étaient bonnes, son cœur a savouré ces incomparables délices de faire la volonté de Dieu ; et par lui la grandeur est restée sur la terre.
•Et durant vingt- cinq ans aussi, ceux qui n'ont pas refusé le présent de Dieu et qui ont accepté le guide
470 PABIS PËKDAKT LA COMaOlIfE.
qtill leur donnait, les regards fixés sur Pie îî et le cœttr obéissant, ont eu, grâce à lui, la joie d^aimer, d*^âdmirer, d'espérer , et déjà , des yeux de leur corps, ils ont vu Dieu vainqueur.
18 juin^
LA FÊTË-DIËU.
Les églises de Paris, si insultées par la Commune, mais si protégées de Dieu, sont en fête pour l'octave du Saint-Sacrement. Les prêtres montent à l'autel paré de fleurs et de lumières, les chants retentissent^ les fidèles prient , les enfants de la première communion, le cierge en main, entourent la croix et les bannières délivrées. Il y a quatre semaines, on assas^ sinait les prêtres, on pillait les vases sacrés , on. violait les sépulcres, on étalait les ossements sur le seuil des églises ; on mettait le feu aux portes, on le faisait pleuvoir sur les tours.
La ville ofi^re un autre spectacle de sécurité. H y a quatre semaines, la ville était en proio à la- guerre' sauvage. Elle brûlait. Le sang coulait par les rues, 06 y entassait les morts; le tocsin, le casion^ les explosions, les écroulements^ le râle et le blasphème étaient les seuls bruits €pu6 put eMeRd^e la teirreuf • Changement merveilleux! La vie eireijde bruyante
4it empressée. Les lourdes charrettes ouvrières roulent sur le pavé encore mal rétabli; les boutiques sont ouvertes, le marteau et le blasphème ne se sont pas tus.
J'ai vu une boutique longtemps fermée, où le mar- <^lkaiid tient en vente des bustes de madame Du Barry, reste de ses fournitures en vogue sous le grand gouvernement de Napoléon IIL Sous le grand gouverna* ment de Napoléon I1I> il n'y h. /^ait point d*objet d'art ni de figure historique qui se vendît mieux que le buste de madame Du Barry. La ville bâtie le dimanche, brûlée, se rebâtit le dimanche. L^Églisefait aujourd'hui des prières publiques pour la France ; la ville n'y sera point : les histrions ont relevé leurs tréteaux.
Veuille Dieu écouter les prières et fermier son Oireiille au reste des voix de Bobylone., Non est sanata I
Dans le monde religieux, comme dans l'autre, rien ne finit, et il semble que rien n'a été fait.
Dieu donne le temps au combat des choses humaines.
Quelles épreuves à la patience et à la foi du juste, quels délais à l'erreur et au crime , quelle latitude à la liberté !
Mais il y a une différence : dans le monde po]di;i>que, ks eboses continuent et empirent ; dans le monde ïdigieux, elles renaissent et s'améliorent. Eccksm mseneateibilia, l'invieillissable Eglise T A travers les 4écaideAH}es inévitables de rélémenthmmsnn, quîf entre pour une ai large part dans s» eoavpoaition, l'Église,
47i TARIS PEXL>A.NT LA COiniLNE.
par un effort constamment heureux, consente et fortifie le principe purement divin qui la sauve. Â travers les révolutions, la société politique, avec une obstination vengeresse, s'accroche au principe pure« ment humain qui la perd.
Il y a un an, le Concile du Vatican, en présence de la sédition doctrinale , affirmait pour jamais l'autorite. Aujourd'hui^ en présence de la sédition politique, la société, se trahissant elle-même, se prépare à affirmer l'anarchie. Dans l'édifice religieux assailli par la révolte du seizième siècle, le concile du Vatican rétablit une pierre que le concile de Trente avait cru devoir laisser atteinte et ébranlée, ne croyant pas le moment venu de la raffermir. Dans l'édifice social, plus qu'à demi jeté par terre, l'Assemblée nationale, non-seulement ne répare pas la brèche faite par la Commune, mais l'élargit et la régularise. C'est un fait accompli.
Ainsi ont fait, l'un après l'autre, tous les gouvernements issus de 1789. Ils ont l'un après l'autre élargi et régularisé la brèche. Ils ont donné droit de bourgeoisie à l'assaillant vaincu ; ils l'ont relevé et ils ont légalisé ses armes, parce qu'en effet cet assaillant était leur soldat» et leur disciple. Comment et de quel droit pourraient-ils Je proscrire? Que feraientils et que seraient-ils sans lui ?
Feu Millière n'était si furieux contre M. Jules Favre que parce que M. Jules Favre avait été leur homme de confiance. De même^ Sicard, Urbain, Parisel et les autres, qui ont si bien traité le faubourg Saint-Germain, avaient mis leur confiance dans le
petit Jules, dit Ferry, avec cjui le grand Jules, M. Favre, va très-bien. Les Jules ont eu la chance de tuer ces imbéciles; mais quel droit et quelle volonté peuvent-ils avoir de les trahir et de ne pas se borner à régulariser leurs voies ?
Et ainsi feront les gouvernements, d'accord avec la société, élargissant et régularisant la brèche, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de mur.
Alors viendra le fouet de César, qui sera le mur, puisqu'il en faut un ; et l'Église se rajeunira dans les catacombes. Elle y sèmera le blé sans lequel l'humanité, nourrie uniquement de sa propre chair, périrait tout entière empoisonnée.
19 juin.